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Travail de nuit : le gouvernement temporise sous pression de la colère sociale

Le projet de réforme des conditions de travail de nuit a du mal à passer, et la crainte d'un mouvement social de grande ampleur à partir du 5 décembre a poussé le gouvernement à reculer sur cette mesure et à adopter une stratégie plus « douce ».

mercredi 13 novembre

Depuis Janvier dernier, l’idée de détruire le statut de travailleur de nuit trotte dans la tête du gouvernement, qui invoque pour justifier cette casse la nécessité de « sécuriser les ouvertures en soirée des commerces alimentaires ». Le texte devait être présenté ce mercredi au conseil des ministres mais le gouvernement a reculé et annonce une concertation de 6 mois sur ce sujet. La raison de ce revirement soudain ? La crainte du gouvernement que cela étende la contestation sociale et que l’appel à la grève le 5 décembre ne se renforce.

Le texte prévoit la non compensation des heures de travail de nuit effectuées jusqu’à minuit pour les établissements commerciaux, alors que le code du travail considère actuellement que le travail de nuit commence à partir de 21h. En d’autres termes, les travailleurs de nuit dans ce secteur subiraient une baisse directe de leur salaire pour les heures de travail entre 21h et minuit, puisqu’elles ne seraient tout simplement plus comptabiliser comme travail de nuit. Cette réforme concernerait dans un premier temps les commerces mais il ne fait nul doute que la généralisation de cette précarisation du travail de nuit à d’autres secteurs est l’un des objectifs du gouvernement.

De plus, les défenseurs de ce projet qu’ils soient du gouvernement ou de grands patrons qui en bénéficieraient, avancent le fait que le travail de nuit n’est pas imposé aux salariés, mais que c’est au contraire au bon vouloir de ce dernier. Or, il est clair que la précarité grandissante dans toutes les couches de la population ne laissent que peu de place au choix, et les travailleurs et travailleuses de nuit ne font souvent ces horaires que pour sortir la tête de l’eau. D’autant plus que le travail de nuit peut provoquer de sérieux troubles de santé, allant de problèmes cardiaux-vasculaires au développement accru de cancer. Autant dire que la précarité toujours plus forte fait le choix pour nous.

Cette mesure de précarisation du travail de nuit souffre déjà du poids des multiples annulations données par la justice à des accords d’entreprises qui dégradaient les conditions de travail de nuit dans certaines branches. Et surtout, elle fait face à une contestation importante des principales organisations syndicales. A cela s’ajoute le contexte social national très explosif, ce qui a poussé le gouvernement à temporiser la mise en place de cette réforme. Le gouvernement n’entend pas abandonner et mise sur une stratégie plus « douce », contrastant avec le bulldozer à réformes qu’incarne Macron depuis le début de son quinquennat. En effet, l’annonce d’une concertation de 6 mois sur le projet, avec les organisations syndicales notamment, a pour but de calmer la colère qui monte afin de faire passer le projet en douce, avec appui sur les corps intermédiaire.

Ainsi, alors que le gouvernement a déjà cassé le statut de chômeur et tente de nous faire travailler jusqu’à 70 ans, cette casse des conditions de travail de nuit est un nouveau pas en avant dans la précarisation des travailleurs et des travailleuses. Une précarité aux conséquences plus que grave lorsque l’on voit la tentative de suicide d’un étudiant Lyonnais vendredi dernier. Alors contre cette mesure et contre l’ensemble de la casse sociale qui nous ait promis par le gouvernement, il est nécessaire de s’organiser et de se battre pour une vie digne.

Crédit photo : Thomas Samson. AFP




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