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Une jeunesse qui se tient sage ?

Toulouse. La direction de l’INSA prépare la répression des futures mobilisations dans l’école

Alors que l’INSA a connu une mobilisation inédite contre la réforme des retraites, la direction est passée à la contre-offensive. En refusant de mettre à disposition des salles pour des réunions « de nature politique », elle espère contenir la colère des étudiants et légitimer la répression de futures mobilisations.

Arno Gutri

27 mai 2023

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Toulouse. La direction de l'INSA prépare la répression des futures mobilisations dans l'école

Crédits photo : Dorian M

Ces derniers mois, dans le sillage de la mobilisation nationale contre la réforme des retraites, le quotidien des étudiants de l’INSA, a été rythmé par des AG, des journées d’occupations et des manifestations. Un mouvement inédit dans cette école d’ingénieurs dont les dernières secousses remontent à 2006 et la lutte contre le CPE. Conséquence de la stratégie de l’intersyndicale, qui poursuit ses appels à des journées isolées et retourne au « dialogue sociale » avec un gouvernement radicalisé, conjuguée aux examens de fin d’année, la mobilisation à l’INSA ne concerne plus qu’un noyau d’étudiants déterminés. Une période d’accalmie qu’a saisie la direction pour passer à la contre-offensive.

Jeudi 11 mai, la direction a accepté « la dernière validation d’une utilisation de salle de l’INSA pour un regroupement de nature politique ». Selon le directeur de l’école, les AG de l’INSA expriment des positions politiques « trop colorées politiquement » et il regrette la proximité entre le nom choisi par les étudiants pour communiquer sur les réseaux sociaux (« INSA en lutte ») et celui choisi par les comités de mobilisation du Mirail ou de Sciences Po Toulouse, deux établissements où la contestation s’est massivement exprimée. Afin d’y remédier, il propose aux étudiants de délocaliser les AG hors de l’INSA, d’ « envisager un rattachement de l’organisation des débats à un club de l’Amicale » et, selon un témoignage, d’engager une dizaine d’agents de sécurité supplémentaire.

Cette attaque de la direction de l’INSA s’inscrit dans un tournant répressif à l’échelle nationale qui vise à contenir la colère qui s’est exprimée dans la jeunesse contre la réforme des retraites, contre l’autoritarisme du gouvernement et contre les institutions anti-démocratiques de la Vème République. En agitant ainsi l’épouvantail de la jeunesse politisée, le directeur de l’INSA emboîte le pas aux journalistes de La Dépêche et aux présidences d’université qui veulent « faire apparaître le mouvement étudiant comme irresponsable et dangereux » pour mieux légitimer sa répression. Rappelons qu’à Bordeaux, trois jeunes mobilisés ont été perquisitionnés à leur domicile et placés en garde à vue pour avoir participé à l’occupation de leur université et qu’à Toulouse, la présidente de la fac du Mirail menace d’appeler la police lors des prochaines occupations et a déjà déposé plainte contre X.

« Changer un système dont la direction fait partie »

Cette offensive doit également être comprise comme une tentative de tuer dans l’œuf la contagion d’un mouvement de politisation en cours à l’INSA. Selon un étudiant, « sous couvert de prétendue neutralité politique, la direction de l’INSA cherche à étouffer n’importe quel mouvement étudiant qui chercherait à changer le système en place et dont la direction fait partie ».

Le témoignage de Mahault, étudiante à l’INSA que nous avons interrogée au cours de la mobilisation, allait dans ce sens : « Il y a un sujet de discussion qui revient souvent à l’INSA : la question de notre rapport au travail dans cette société. On est formés à être ingénieurs, mais quand on sera en poste on n’aura pas notre mot à dire sur ce qu’on va produire car on sera soumis aux logiques du capitalisme. Il y a un master de l’INSA où le 2ème employeur des étudiants c’est Total… Dans ma classe plus personne ne veut devenir ingénieur ! Parce qu’on ne sait ni à quoi ni à qui va servir notre travail ».
Lassés du discours de la direction qui vante la figure conservatrice de « l’ingénieur humaniste », les étudiants de l’INSA ne veulent plus que leurs savoirs soient détournés par des multinationales qui sont responsables du réchauffement climatique et de l’exploitation la plus féroce de leurs salariés. Afin de dénoncer cette situation, un groupe d’étudiants avait dénoncé la liste des entreprises ayant accueilli au moins un stagiaire de l’INSA de Toulouse ces dernières années et affichée par la direction (Amazon, Airbus, BNP Paribas, Sanofi, Vinci, TotalEnergies…) en dénonçant leurs pratiques polluantes et antisociales.

Une action qui fait écho aux centaines de signatures recueillies par la pétition, lancée à l’initiative du Poing Levé, contre l’intrusion de Total dans les cours du Master « transition énergétique » de l’Université Paul Sabatier. Alors que le directeur de l’INSA souhaite ne pas voir le nom de l’école associé à la jeunesse qui relève la tête, les étudiants de l’INSA refusent d’être associés à toutes ces multinationales dont l’activité ne sert qu’à gonfler les profits d’une petite minorité tandis qu’elle dégrade les conditions de vie de l’immense majorité.

Malgré une période de reflux de la contestation, la crise politique que traverse Macron est loin d’être refermée. De nouveaux affrontements éclateront rapidement et la jeunesse aura un rôle à y jouer. Contre un régime toujours plus autoritaire, contre une crise climatique qui s’approfondit ou contre la précarité, la jeunesse a de multiples raisons de rejeter ce système. Pour les étudiants de l’INSA, cela commencera par une opposition ferme aux menaces de leur direction et une organisation en toute indépendance de celle-ci. Ce n’est qu’en refusant les conditions imposées par la direction que les étudiants pourront continuer d’exprimer leurs positions anticapitalistes.


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