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Tremblement de terre

Syrie : après le séisme, le régime de Bachar Al-Assad entre gestion catastrophique et répression

Les opérations de sauvetage se poursuivent en Turquie et en Syrie pour le septième jour consécutif, après un séisme d'une magnitude de 7,8 suivi de plus d'une centaine de secousses qui ont dévasté les deux pays. Le chaos peine à se dissiper, dans des conditions climatiques qui rendent difficile la recherche de survivants. Pendant ce temps, Bashar Al-Assad cherche à profiter de la situation pour mieux réprimer son peuple.

Mariam Amel

13 février 2023

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Crédits photo : Molham Team. Traduction : « On est morts. Merci pour la déception. »

À ce jour, plus de 35 000 personnes sont mortes en Turquie et en Syrie, selon un bilan provisoire, qui ne cesse d’augmenter. En termes de pertes matérielles, l’organisation des Casques blancs syrienne a annoncé que le nombre de bâtiments complètement effondrés dans le nord-ouest de la Syrie est passé à 418, sachant qu’une série de répliques entraîne dans le même temps l’effondrement de bâtiments déjà fissurés en raison du tremblement de terre.

La crise en Syrie s’aggrave sous l’impéritie du gouvernement

Le séisme a frappé le nord-ouest de la Syrie, principalement les gouvernorats d’Alep, Lattaquié, Hama et Idlib. La zone se trouvant dans des zones sismiques, un séisme de cette ampleur ne devrait pas être une surprise, pourtant, il semble que le régime syrien avait d’autres priorités au cours de ces dix dernières années. Au lieu de se préparer matériellement pour une telle catastrophe, le gouvernement d’Al Ba’th (le parti politique de Bashar Al Assad) a continué à s’en prendre aux peuples syrien et kurde.

Le lendemain du séisme, le régime n’a pas déclaré de deuil pour les victimes ni d’état d’urgence, il ne s’est même pas adressé à la population ni a évalué les dégâts. Les zones atteintes souffrent déjà depuis 2011 de conditions tragiques. Le tremblement de terre a eu lieu dans des zones où près de la moitié de la population vit dans des camps improvisés, tandis que l’autre moitié vit déplacée de sa ville d’origine ou est retourné dans des maisons détruites par les bombardements, dans des lieux construits sur les lignes de faille avec une urbanisation anarchique. Le peuple Kurde, déjà marginalisé et opprimé par des politiques de discriminations et d’appauvrissement par les deux régimes voisins, est fortement touché par cette situation.

À cette scène de dévastation s’ajoute la fragilité du secteur médical et la quasi-absence de capacités d’intervention dans les zones contrôlées par le régime. Dans les zones contrôlées par l’opposition, les secours bénévoles experts dans l’élimination des décombres comme la Défense civile syrienne (Casques blancs) et Molham Team ont été présents sur place dès les premières heures du séisme. Ces deux groupes ont été mis en place ces dernières années, pour venir en aide aux déplacés et aux citoyens qui s’enfuient des bombardements. Aujourd’hui, le régime syrien n’hésite pas à accuser ces groupes de terrorisme et à les harceler lorsqu’ils tentent de pénétrer dans les zones sous contrôle du régime pour venir en aide à leurs concitoyens, qui souffrent d’une pénurie aiguë de matériel de forage et de matériel médical. Si des aides humanitaires en provenance de l’Irak, l’Algérie, Oman, Inde, etc. ont été envoyés, elles ont commencé à tomber dans les mains du régime dès le lendemain, les victimes et les blessés dans les zones sous contrôle du régime n’en recevant que des miettes. Un grand nombre de témoins affirment qu’il y a une distribution aléatoire de l’aide, en plus de l’existence de monopoles qui reçoivent l’aide et la revendent en toute impunité, alors que le régime est présent partout dans les villes via son appareil sécuritaire.

L’ambassadeur du régime syrien auprès des Nations unies, Bassam Sabbagh, avait demandé au secrétaire général des Nations unies António Guterres, que toutes les aides soient acheminées en coordination avec Damas et livrées à travers le territoire syrien et non à partir de la frontière turque. Le ministre des Affaires étrangères du régime, Fayçal al-Miqdad, avait souligné la même position, lorsqu’il a confirmé que son pays était prêt à autoriser l’entrée de l’aide dans toutes les régions, y compris le nord, à condition qu’elle n’atteigne pas l’opposition syrienne, qu’il a qualifiée de « terroriste ».

Le régime syrien contrôle aujourd’hui le seul point de passage de Bab Alhawa, corridor d’où est acheminée l’aide vers le nord de la Syrie, après que plusieurs points de passage ont été fermés les uns après les autres sous pression de la diplomatie russe. Ce passage se trouve principalement dans la zone d’opposition et a été gravement endommagé par le tremblement de terre. Le régime a empêché l’entrée de l’aide à travers ce passage et l’évacuation des blessés, dont la plupart sont des personnes déjà déplacées de leurs villages et leurs villes d’origine pour se réfugier des bombardements syriens et russes depuis le début de la guerre . Selon le dernier communiqué fourni samedi par la défense civile syrienne (les Casques Blancs), le bilan s’élève à 2167 morts et 2950 blessés dans le nord-ouest de la Syrie.

La gestion de crise réactionnaire du gouvernement syrien

Aujourd’hui, le régime tente d’échapper à sa responsabilité dans les pertes humaines qui augmentent avec le temps, affirmant que son impuissance face au tremblement de terre et son manque de ressources sont causés par les sanctions occidentales contre le pays, en particulier le Caesar Act adopté par le congrès américain en 2019. Bien que les États-Unis aient indiqué que les sanctions imposées au régime d’Assad n’incluent pas l’aide humanitaire, que cette dernière vienne des États-Unis ou de tout autre pays, et que l’aide effective de plusieurs pays arrive sans aucun obstacle, les partisans du régime syrien considèrent aujourd’hui le passage des aides comme une victoire dans la bataille pour briser le blocus international.

La gestion inefficace de la catastrophe par le régime, qui se traduit par une augmentation continue du nombre de victimes et une intervention lente et retardée, semble ne pas susciter de réponse significative de la part des autres pays. Au contraire, depuis le début de la guerre en Syrie, l’aide prodiguée par l’ONU a été détourné par le biais d’une série de transactions qui ont rempli les poches d’une partie de la bourgeoisie syrienne. Asma al-Assad, l’épouse du président, a notamment détourné près de 1,4 million de dollars pour le Syria trust for développement. Malgré cela certains pays, notamment les pays arabes, n’hésitent pas a à centraliser les aides humanitaires via le régime de Damas qui les a détourné pour financer davantage ses offensives autoritaires. De leur côté, les pays occidentaux prétendent adopter une position en apparence plus morale en refusant de donner une aide directe au régime, mais maintiennent les sanctions économiques qui étouffent le peuple syrien tandis que le gouvernement avale les aides sur leur dos et justifie son impéritie dans la gestion de la catastrophe du fait des sanctions.

Le mouvement ouvrier syrien sous les décombres

Après 12 ans de révoltes, guerres, et catastrophes, plus de 90 % du peuple syrien vit sous le seuil de pauvreté. Les travailleurs ruraux marginalisés, fonctionnaires et indépendants qui étaient en première ligne des révoltes en 2011 ne possèdent pas d’outils politiques et stratégiques leur permettant de remettre en premier plan la défense de leurs intérêts de classe. Une notion devenue lointaine pour la classe ouvrière syrienne, à la suite des conflits religieux et régionaux, des affrontements armés et des flux migratoires qui ont vidé le pays de ses travailleurs.es et de sa jeunesse. Si les évènements tragiques depuis 2011 ont eu un grand impact sur la potentielle auto-organisation de la classe ouvrière syrienne, cela s’inscrit dans le long héritage anti-ouvrier du régime, depuis les années 1960. En prenant le pouvoir dans les années 60, Hafez Al Assad a en effet commencé à mettre des bâtons dans les roues du mouvement ouvrier, il a réduit la représentation politique et le pouvoir des travailleurs au sein des syndicats, et imposé aux syndicalistes l’affiliation à son parti Al-Ba’th. Le rôle influent accordé par le régime aux syndicats ouvriers et paysans ne visait pas à promouvoir les intérêts de ces groupes, mais plutôt à renforcer les réseaux, l’influence et le contrôle du parti au pouvoir. Les syndicats sont devenus ainsi progressivement un outil aux mains du régime, l’aidant à s’ouvrir au libéralisme de l’époque. Depuis lors, les mouvements syndicaux ont commencé à décliner peu à peu. Les initiatives ouvrière alternatives en Syrie se sont souvent confrontées à l’inimitié et à la répression, même après la prise du pouvoir de Bashar Al Assad. Ainsi, le parti Ba’th a réussi progressivement à diviser les luttes et affaiblir le mouvement ouvrier, qui restera le seul espoir des Syriens pour sortir des décombres.


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