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Surpopulation carcérale. Un taux d’occupation des cellules à plus de 200% à la maison d’arrêt de Gradignan

La maison d'arrêt de Gradignan dans l'agglomération bordelaise est connue depuis longtemps comme l'une des plus surpeuplées de France. Elle compte au dernier recensement 850 personnes détenues alors que sa capacité d'accueil n'est officiellement que de 434. Un taux d'occupation des cellules à plus de 200%, au-delà des conditions particulièrement vétustes de l'infrastructure. Un scandale qui vient souligner plus en général le rôle inhumain des prisons en elles-mêmes, et d'une justice qui n'a fait que renforcer son caractère autoritaire et répressif ces dernières années.

mardi 5 avril

© T. Chantegret / CGLPL

Alors que la loi elle-même impose une personne par cellule dans les prisons, la situation à la maison d’arrêt de Gradignan est particulièrement critique. C’est SudOuest qui révèle que les détenus sont actuellement entassés pour la majorité à trois dans une cellule de 9 mètres carrés avec des matelas à même le sol. Selon les matons interviewés par SudOuest, il y aurait 120 « triplettes », c’est-à-dire des chambres à 3 détenus et plus de 100 matelas au sol. Une situation inacceptable qui porte gravement atteinte à la dignité des personnes détenues.

Selon SudOuest, au 21 mars, 850 personnes étaient détenues au centre pénitentiaire de Gradignan, alors que la capacité actuelle est de 434 places. Un taux de surpopulation de plus de 200% qui lui donne le triste record de la maison d’arrêt la plus surpeuplée. Des chiffres qui donnent le vertige, autant dans les bâtiments pour hommes, où ils sont 545 pour 233 places, que dans le bâtiment pour les femmes, où elles sont 30 détenues pour 24 places. Une tension extrême qui se matérialise également dans l’édifice destiné aux fins de peines, qui est submergé avec 170 détenus pour 95 places. D’autre part, il faut noter que la moitié des prisonniers seraient des prévenus, c’est-à-dire des personnes en attente d’un jugement.

Cette situation est și difficile pour les détenus que certains en viennent au suicide comme le raconte un article de France Bleu en décembre dernier, où une détenue d’à peine 19 ans s’est donné la mort à la maison d’arrêt de Gradignan.

En pleine période de campagne présidentielle, les candidats annoncent tour à tour leurs promesses sur la justice, dans une logique, de l’extrême droite à la gauche institutionnelle, de surenchère sécuritaire et répressive. Le discours majoritaire est celui de la construction de plus de prisons pour enfermer les prisonniers, permettant de renforcer l’étau répressif du système capitaliste. La preuve en est que cette même maison d’arrêt de Gradignan doit être agrandie de 200 places d’ici à 2026-2027.

Selon un communiqué de la section française de l’Observatoire International des Prisons les chiffres de places et de tauxd’occupation rendus publics par la direction de l’administration pénitentiaire (DAP) sont faussés : « Des chiffres qui traduisent souvent une surpopulation carcérale alarmante, mais qui sont en réalité biaisés. En effet, les taux d’occupation des quartiers réservés aux hommes majeurs ne sont pas communiqués. ». Ce même observatoire dénonce : « Alors que la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme en janvier 2020 pour sa surpopulation carcérale et les traitements inhumains et dégradants auxquelles elle soumet les personnes détenues, l’OIP demande la publication de chiffres mensuels transparents sur l’occupation réelle des quartiers hommes des établissements pénitentiaires. »

Mais au-delà d’exiger la transparence sur la réalité des chiffres, il faut dénoncer le système pénitentiaire dans son ensemble qui tend à ne donner qu’une réponse répressive et carcérale. En effet, la majorité des personnes aujourd’hui écrouées le sont pour des peines de moins d’un an. À la maison d’arrêt de Gradignan, les détenus sont bien souvent en attente de leur jugement ou bien incarcérés pour de courtes peines. Pour ces raisons, la position tenue par Lutte Ouvrière dans une brève publiée ce 1er avril dénonçant simplement les taux de surpopulation est difficilement tenable, dans la mesure où au-delà des conditions indignes dans lesquelles vivent les détenus, c’est la politique et la justice autoritaire et répressive sans cesse renforcée qu’il s’agit de dénoncer.

Si on assiste à une véritable inflation carcérale, c’est en particulier dû à des choix politiques de plus de répression des gouvernements successifs, qui ont augmenté la pénalisation en général et le développement des procédures de jugement rapide comme la comparution immédiate, qui aboutissent à un taux plus important de condamnation à de l’emprisonnement ferme. Un climat sécuritaire qui n’a fait que s’accentuer avec le quinquennat Macron. Dans ce sens, Sud Ouest rapporte les propos d’un maton du centre pénitencier de Gradignan illustrant le renforcement de cette politique : « Ça explose partout, à Bordeaux, comme ailleurs. Les magistrats sont frileux, ont peur d’être traités de laxistes. Ils incarcèrent à tour de bras. [...] En quatre jours, on a reçu une cinquantaine de nouveaux détenus à Gradignan »

Une situation de surpopulation qui met d’autant plus en lumière les violences du système carcéral dans son ensemble, au-delà de la spécificité de la maison d’arrêt de Gradignan et du cadre légal.



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