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Super-arnaque macroniste. Le dividende salarié, pour ne pas augmenter les salaires

Ce lundi, le parti présidentiel a adopté les principes du « dividende salarié » et de la « super-participation » pour résoudre le débat qui avait émergé au sein de la majorité parlementaire sur fond de crise. Décryptage d’une super-arnaque pour contourner la question des salaires.

mardi 29 novembre 2022

Crédits photo : Ludovic Marin / AFP

Une « solution d’atterrissage » pour le parti présidentiel

 
Ce lundi soir, Renaissance réunissait son bureau exécutif, en présence des ministres Bruno Lemaire et Olivier Dussopt, pour trancher le débat qui avait émergé au sein de la majorité sur la question du « partage de la valeur ».

Ce débat s’inscrit dans l’urgence pour la macronie de répondre à la colère qui gronde, alors que le salaire moyen de base a baissé de 2% sur un an au cours du troisième trimestre et que l’inflation atteint les 6,2% sur un an au mois d’octobre. Comme nous l’écrivions début novembre : « L’objectif est clair pour la macronie : il s’agit de clore la séquence de la grève des raffineurs, qui a mis au centre du débat public l’augmentation des salaires et de leur indexation sur l’inflation, en calmant la colère par des propositions alternatives, acceptables par le patronat. »

Dans ce contexte, au moment du vote du budget, le parti présidentiel s’était divisé autour d’un amendement proposé par le Modem sur la taxation des « super-dividendes ». L’amendement avait été adopté avec le soutien de 19 députés Renaissance contre l’avis du gouvernement, qui avait ensuite retiré cet amendement embarrassant par le biais du 49-3 en expliquant s’opposer à une « super-taxation permanente ».

Ayant missionné, suite à cet épisode, le député européen Renew Pascal Canfin pour lui faire des propositions de mesures en guise de « solution d’atterrissage », la macronie annonce donc avoir enfin trouvé « un point d’équilibre ». Deux principes ont été adoptés au sein du parti présidentiel pour avancer vers une nouvelle proposition, alternative à la « taxation des super-profits » souhaitée par la NUPES : celui du « dividende salarié » et celui de la « super-participation ».

« Dividende salarié » et « super-participation » : la super-arnaque contre la hausse des salaires

Le gouvernement agite le principe du « dividende salarié » depuis plusieurs semaines face à la colère exprimée par les grèves sur les salaires. Présenté comme « le profit pour tous » par le ministre de l’Économie, le « dividende salarié » est expliqué comme suit par Macron : « Quand vous avez d’un seul coup une augmentation des dividendes pour vos actionnaires, alors l’entreprise doit avoir un mécanisme qui est identique pour les salariés ».

À cela, le gouvernement ajoute aujourd’hui le principe de la « super-participation » : « Quand les dividendes versés sont 20 % supérieurs à ceux versés sur les cinq dernières années, alors dans ce cas de figure, il doit y avoir une super-participation versée aux salariés », explique Pascal Canfin dans une conférence de presse ce mardi.

On ne sait pas ce que signifie « d’un seul coup » ni « mécanisme » dans la formule de Macron, ni quel serait le montant de cette « super-participation », dont la grande majorité des salariés ne verra de toute évidence pas la couleur, ne travaillant pas dans les entreprises du très étroit périmètre d’application défini par Canfin. Comme l’explique clairement Sacha Houlié, député Renaissance : « On a besoin de dispositifs symboliques pour donner corps à notre propos ».

Cette nouvelle arnaque est surtout pensée pour éviter d’avoir à augmenter les salaires. A l’image de la prime Macron qui devait permettre de verser au maximum 3000€ défiscalisés aux salariés. Dans la pratique le montant de cette prime s’est élevé à 500€ en moyenne. Le « symbole » que les macronistes veulent masquer ce sont les entreprises comme Sanofi qui propose actuellement 3 % d’augmentation de salaire à ses salariés (pour une inflation alimentaire qui dépasse les 10%) après avoir augmenté les dividendes de ses actionnaires de 16 %. Ce que proposent les macronistes c’est encore une fois un nouveau versement ponctuel, une nouvelle prime.

L’objectif de ce dispositif est de couper court à la revendication de l’indexation des salaires sur l’inflation, qui avait commencé à émerger avec la grève des raffineurs tout en donnant l’impression de faire un geste radical en faveur des salariés. C’est d’ailleurs ce qu’explique Pascal Canfin : « Il fallait éviter deux écueils : d’abord, on ne veut pas d’une grande conférence salariale, car nous ne sommes pas d’accord avec une indexation générale des salaires. L’autre écueil serait de ne rien faire d’obligatoire. »

Mais la manœuvre ne s’arrête pas là. Avec ce dispositif, le gouvernement cherche à faire collaborer les salariés avec le patronat qui les exploite en les associant à l’objectif de générer un maximum de profits pour toucher ce fameux « dividende salarié ». Comme le souligne Romaric Godin dans les colonnes de Mediapart : « ce dispositif de reversement apparaît comme une assurance pour les actionnaires de se voir verser des "superdividendes" puisqu’ils auront, en quelque sorte, payé pour cela. Le dispositif justifiera les dividendes indécents, alors même qu’un des problèmes actuels est bien l’incapacité du système productif à investir. »

Plus profondément encore, ce type de mesure a une fonction idéologique délétère pour notre classe en ce qu’il essaye de faire croire aux salariés que leurs intérêts seraient liés à ceux de leur patron. En gros un remake du « travaillez plus pour gagner plus », quand c’est surtout le patron qui gagne plus et que le salarié peut tout juste espérer obtenir des miettes, alors que c’est lui qui produit toutes les richesses.

Sauf que les salariés n’ont pas besoin d’augmentations seulement lorsque les actionnaires ont obtenu des dividendes exceptionnels, mais doivent vivre de leur travail tous les jours. Ce qu’il nous faut ce sont des augmentations de salaire et que nos salaires suivent l’inflation. Connecter la rémunération aux résultats de l’entreprise est une opération patronale. Car dès qu’il s’agit de payer plus les salariés les entreprises ont toutes les mêmes discours : la situation économique ne permet pas d’accéder aux revendications des salariés.

Le gouvernement va essayer de faire passer ses nouvelles trouvailles dans d’énièmes rounds de « concertations » entre les syndicats et le patronat pour débattre du « partage de la valeur » : dix séances de discussion du 21 novembre au 30 janvier. Mais comme l’a esquissé l’expérience de la grève des raffineurs, seule une riposte d’ensemble sur le terrain de la lutte de classes sera en mesure d’imposer un juste « partage de la valeur » en reprenant aux patrons toutes les richesses qu’ils s’accaparent sur notre dos. La politique des directions syndicales de négociation permanente avec nos ennemis de classe démobilise au contraire les rangs.

Avec la réforme des retraites qui arrive à la mi-décembre et l’urgente nécessité de l’augmentation de 400€ de tous les salaires, les directions syndicales doivent quitter la table des négociations et préparer la bataille : l’heure doit être à la préparation de la grève !



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