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Amérique latine

Sommet de la Celac : tensions régionales sur fond de soutien au coup institutionnel au Pérou

Le sommet de la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes se tiendra le 24 janvier à Buenos Aires, dans un continent convulsé par les actions putschistes de l'extrême droite au Brésil, et par les grandes mobilisations au Pérou contre le coup d'État institutionnel. Parmi les chefs d'État présents, nombreux sont ceux qui, à l'instar de Lula, Boric et Fernández, ont apporté leur soutien public au gouvernement putschiste de Boluarte au Pérou.

Rédaction internationale

24 janvier 2023

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Crédits photo : AFP

Le VIIe sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) a lieu le 24 janvier à partir de 10 heures à Buenos Aires. Ce sera la première fois dans l’histoire de l’organisme que des représentants des 33 États de la région seront présents, puisque le Brésil revient à la CELAC après que Bolsonaro ait quitté l’organisme en 2020. Un représentant de l’impérialisme américain envoyé par Joe Biden participera également à la réunion.

Outre le choix du pays qui succédera à l’Argentine dans la direction de la Celac, un des points essentiel de ce sommet concerne la discussion sur la défense de la démocratie, un point défendu et justifié (de manière plus ou moins démagogique) par de nombreux dirigeants de la région, compte tenu de la situation qui affecte le continent. Il est en effet important de noter que le sommet a lieu quelques semaines seulement après la tentative de coup d’État de l’extrême droite au Brésil, et à un moment où des milliers de manifestants sont dans les rues du Pérou pour affronter le gouvernement putschiste de Dina Boluarte, qui a déclaré qu’elle resterait en fonction malgré la grève nationale et les manifestations exigeant sa démission.

Le sommet se tient donc pendant que le Pérou est en proie à un mouvement insurrectionnel : les manifestants exigent la démission immédiate de la présidente putschiste et la fermeture du Congrès national illégitime, et revendiquent de nouvelles élections pour 2023, avec la convocation d’une Assemblée constituante ; une demande gagne de plus en plus de soutien au sein de la population. Les mobilisations populaires, massives et confrontées à la répression — qui a coûté la vie à des dizaines de manifestants — montrent la volonté de rejeter le coup d’État institutionnel et contrastent avec la position des dirigeants « progressistes » de la région.

Lula, Boric, Férnandez et d’autres dirigeants soutiennent le gouvernement putschiste de Boluarte

En effet, le sommet sera marqué par les tensions régionales et par la crise au Pérou. Dans ce contexte, la modération d’Alberto Fernández et du leader colombien Gustavo Petro — qui ont fini par reconnaître l’actuel gouvernement péruvien illégitime — abouti in fine à s’aligner sur la position de Luiz Inácio Lula da Silva, qui a souhaité le succès de Boluarte et souligné que sa tâche était de « réconcilier le pays ».

Afin de justifier cette décision, le ministère brésilien des Affaires étrangères a assuré que « la décision de Lula vise à préserver les institutions au Pérou, c’est ce qu’il doit faire pour diriger », assumant de défendre un gouverment putchiste et anti-ouvrier.

Un position qui reflète les agissements de Lula sur le plan intérieur, lui qui après les actions de coup d’État des secteurs pro-bolonaristes a ordonné l’utilisation d’un dispositif réactionnaire (l’intervention fédérale) dans les postes de commandement de la sécurité publique à Brasilia et a confirmé son ministre de la défense pro-Bolsonaro à son poste.

La ministre chilienne des Affaires étrangères, Antonia Urrejola, a exprimé le soutien du gouvernement de Boric au gouvernement putschiste du Pérou, qui a répondu à travers sa ministre des affaires étrangères : « j’apprécie le soutien du gouvernement chilien à l’investiture constitutionnelle du président Boluarte exprimé par la ministre des Affaires étrangères Antonia Urrejola, qui m’a exprimé sa position critique sur la rupture de l’ordre démocratique survenue le 7 décembre ».

Ce sommet de la CELAC expose ainsi l’hypocrisie de ceux qui se prétendent progressistes. Du gouvernement Boric, entré en fonction après l’immense soulèvement qui a secoué le Chili en 2019, au péronisme d’Alberto et Cristina Fernández qui ont soumis le pays au FMI, en passant par le Brésil de Lula, de retour à ce sommet, tous coïncident dans leur soutien au gouvernement putschiste et assassin de Dina Boluarte.

Si au début des années 2000, ces secteurs de la gauche gouvernementale cherchaient à avoir une rhétorique sur l’unité latino-américaine et avançaient dans leurs discours une certaine confrontation avec l’impérialisme, il est clair que ce n’est plus le cas aujourd’hui Cette attitude offre un contraste évident avec la volonté du peuple péruvien, qui a fait face à la répression dans tout le pays, exigeant la démission du gouvernement et réclamant la nécessité d’une Assemblée constituante pour commencer à en finir avec le régime néolibéral et autoritaire hérité de Fujimori, et continué par tous les gouvernements depuis les années 1990

A travers les vœux de réussite à Boluarte exprimés par le président du Brésil, la modération du président argentin ou la reconnaissance que lui accorde le président colombien Gustavo Petro, ces dirigeants s’opposent honteusement à la lutte héroïque du peuple péruvien. C’est pourquoi le Front de Gauche Unité, dont fait partie le Parti des Travailleurs Socialistes, notre parti frère en Argentine, appelle à une manifestation de soutien à la lutte du peuple péruvien devant le lieu du 7e sommet de la CELAC.

Aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel d’accompagner la lutte de l’ensemble des travailleurs latino-américains, indépendamment de la droite réactionnaire et de ces « progressistes » qui n’offrent d’autre alternative que le maintien de la dépendance et de l’arriération sur le sous-continent.


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