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Jeunesse

Journée de mobilisation dans l'ESR

Six raisons de manifester ce vendredi

Ce vendredi 16 octobre, une large intersyndicale appelle à se mobiliser pour défendre l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) face aux attaques contre l’université qui se multiplient depuis une dizaine d’années. Voilà au moins six raisons de participer à la manifestation. Renan Granger

mercredi 14 octobre 2015

Pour lutter contre la rigueur à l’université
Derrière la fausse augmentation du budget des universités annoncée récemment par Manuel Valls, la situation de pénurie budgétaire continue en réalité de s’aggraver. Il faudrait, au bas mot, 200 millions d’euros de rallonge budgétaire pour équilibrer les budgets des universités, et encore bien davantage pour garantir des conditions d’étude décentes. Le groupe Jean-Pierre Vernant, qui selon sa propre page web « regroupe cinquante-neuf universitaires proches de la gauche de gouvernement », a même calculé qu’entre annulation de la « réserve de précaution » des universités, contribution au plan Etat-régions, coups de rabots et autres coupes budgétaires, un milliard d’euros avait été prélevé sur le budget de l’ESR rien que pour l’an dernier ! Au final, nous constatons toutes et tous la dégradation de nos conditions d’étude côté étudiants, et de nos conditions de travail côté personnels. Les cours surchargés jusqu’à saturation, les horaires impossibles, les universités délabrées sont désormais le quotidien de chacun.e d’entre nous. Et la logique actuelle ne risque pas d’améliorer les choses.

Parce que la sélection illégale se banalise dans les facs

Alors même que l’université est censé être accessible pour tout bachelier sans sélection à l’entrée, la réalité est désormais bien différente. Outre la précarité des étudiants, ainsi que les frais d’inscription et le coût global de la scolarisation dans l’ESR qui ne cessent d’augmenter et qui constituent autant de frein à l’inscription des étudiants, les facs refusent désormais d’accueillir tous les étudiants qui le souhaitent. Cette année, des milliers d’entre nous se sont vus refuser l’entrée à l’université, ceux et celles qu’on appelle maintenant les « sans-fac ». De plus, de nombreux statuts juridiques particuliers, comme celui de « Grand Etablissement », ainsi que la multiplication des parcours d’excellence ou encore des bi-licences, permettent aux universités de pratiquer une sélection officielle, bien qu’illégale en principe. Aujourd’hui, selon l’UNEF, 76% des établissements pratiquent cette sélection à l’entrée.

Parce que les contre-réformes vont continuer
Et la situation des universités ne va pas aller en s’améliorant, loin de là, comme le prouve la multitude de rapports qui préconisent de continuer les contre-réformes. Les classes dominantes cherchent en effet à faire face à leur manière à la crise structurelle que traversent les universités, aujourd’hui débordées par l’arrivée de 300.000 étudiants supplémentaires depuis 8 ans alors que les budgets sont en baisse. Dernièrement, l’un de ces rapports recommandait d’augmenter par cinq les frais d’inscription, rien que ça ! Les contre-réformes qui s’annoncent, tout comme celles qui sont déjà en cours d’application (par exemple l’instauration de regroupements d’universités), iront toujours dans le même sens : la mise en place d’une concurrence accrue entre les établissements, de facs toujours moins démocratiques et toujours plus soumises aux intérêts du patronat. Et pour nous, la dégradation des conditions de travail et d’étude. S’il faut se mobiliser, et massivement, c’est donc pour imposer un autre programme : celui d’une fac ouverte à toutes et à tous, ce qui implique une hausse immédiate des budgets, et des embauches massives de profs et de personnels.

Pour une université critique et ouverte aux classes populaires

Dans la même logique que la cure d’austérité drastique imposée aux universités, les différentes contre-réformes imposées par les gouvernements de droite comme de gauche ont accentué la logique d’autonomisation des universités, visant à construire une concurrence entre des établissements qui ressemblent de plus en plus à des entreprises. Chacune est censée s’adapter aux désidératas du patronat local, pour lui fournir la main d’oeuvre la plus adaptée. La logique de marchandisation directe des conditions de production et de diffusion du savoir réduit peu à peu la possibilité de faire émerger une pensée critique. De plus, les contrôles des cartes à l’entrée des établissements ainsi que la sélection galopante réduisent les possibilités d’accès pour l’ensemble de la population. Face à cette situation, nous devons revendiquer un savoir réellement utile à la société, c’est-à-dire qui doit pouvoir être produit et diffusé librement, et surtout orienté pour favoriser l’émancipation des travailleurs et de la population.

Pour faire converger les revendications des étudiants, des enseignants et des personnels précarisés
Face à cette situation, les mobilisations des usagers de l’université existent, qu’il s’agisse des étudiants, des personnels ou des enseignants. Mais jusqu’à maintenant, toutes ces luttes sont restées isolées et n’ont pas permis d’établir un véritable rapport de force avec le gouvernement. Ce vendredi 16 octobre ne sera qu’un début, mais il peut être une première étape pour enfin commencer à construire une unité plus grande entre les différentes colères que chacun constate dans son établissement. Il est clair que les problèmes rencontrés par la communauté universitaire sont communs : si les inscriptions sont si difficiles pour les étudiants, c’est que le travail administratif qu’elles nécessitent est confié à des salariés qui font le travail de trois personnes, ce qui les confine à la crise de nerf. Les TDs surchargés sont vecteurs de sélection sociale, dégradent les conditions d’études, mais écrasent aussi les enseignants. Les exemples de ce type sont légions.
Manifester puis lutter ensemble est donc la seule façon grâce à laquelle nous pourrons mettre un coup d’arrêt à la série de contre-réformes qui s’abat sur les universités depuis de nombreuses années. En ce moment, c’est la communauté universitaire de Paris 8 qui montre l’exemple, avec un bras de fer qui s’est ouvert au sein de l’UFR de science politique et qui va s’étendre aujourd’hui même avec une assemblée générale de toute la fac.

Les étudiants font partie intégrante de la société : solidarité avec les migrant-e-s et les salarié-e-s, comme celles et ceux d’Air France
Enfin, dernière raison et non des moindres de se mobiliser : les étudiants et les personnels peuvent faire converger leurs luttes avec les autres secteurs de la société. De nombreuses fois, le mouvement étudiant a prouvé combien il pouvait anticiper sur des batailles plus générales, et modifier le rapport de force quand il se mettait du côté des travailleurs et des opprimés. Récemment, la mobilisation de nombreux étudiants en faveur des migrants à Paris 1 a prouvé qu’il était possible d’organiser cette solidarité. A nous de la consolider et de la développer en allant par exemple soutenir les [salariés d’Air France arrêtés pour avoir arraché la chemise de ceux qui voulaient supprimer leurs emplois (http://www.revolutionpermanente.com/Air-France-cinq-jugements-pour-une-chemise] ! Ainsi la manifestation de vendredi pourrait se transformer en contribution à une colère plus générale, latente et parfois bien visible mais qui peine jusque là à s’exprimer collectivement et dans la rue.



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