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Culture et Sport

Mourir ? Plutôt crever....

Siné est mort. Ah le con...

Nous avons la tristesse de vous annoncer la mort de Siné, dessinateur, militant et grand cœur. Il aurait probablement détesté le principe d'un article faisant son éloge funèbre. Mais on devait te dire que tu vas nous manquer. Léo Valadim

jeudi 5 mai 2016

Chacun a sa propre version de Siné. D’abord parce qu’il était accessible. Malgré sa bouteille d’oxygène qui l’accompagnait un peu partout depuis trop d’années, il restait là, avec les militants, les prolos, les curieux, ceux qui pensent, qui luttent. On pouvait le voir dans la place de cinéma à côté de soi, en manif dans son fauteuil, derrière l’écran dans de rares documentaires et reportages, à nous parler, à nous dessiner, nous et nos contemporains. Des dessins au trait droit et rond à la fois, un peu comme lui. Des chats, parce qu’il les aimait, mais aussi des cons, des généraux, des cléricaux, des gouvernementaux, des flics. Siné avait un don pour dessiner les cons. Avec la provoc, mais une provoc gentille et intelligente, oui, ça paraît difficile mais c’est ce qu’il faisait.

C’était un esprit comme on les aime, pas seulement parce qu’il était de notre côté de la barricade, mais parce qu’il avait ce cœur et cette justesse. Pour les gens de ma génération qui sont nés avec le PS au pouvoir, il incarnait l’esprit de Mai 68. Il était par exemple Régent du Collège de pataphysique, mais aussi militant engagé de la cause palestinienne depuis très longtemps. Ce qui lui valut de se faire virer de Charlie Hebdo par l’immonde Val, à qui il ne manque qu’un « s », avec des accusations d’antisémitisme. Un comble quand on sait qu’il fut un militant antiraciste toute sa vie. Il suffit de voir ses dessins pour savoir que c’était un mensonge éhonté. Mais à Charlie Hebdo personne ne le défendit ou presque. On savait qu’il était trop à gauche pour les nouveaux actionnaires qui arrivaient avec du pognon venu on ne sait d’où.

Viré – il avait l’habitude – pour sa radicalité à dire des vérités qui dérangent, il a fondé Siné Hebdo, qui vit encore sous la forme de Siné Mensuel, notamment grâce à l’aide de sa famille, ses amis et de son entourage. Qui n’aurait pas voulu aider Siné ? Viré de nombreuses fois, à chaque fois il avait continué la lutte, fondé Siné Massacre dans les années 60, mais aussi L’Enragé, dessiné dans Action, avant de participer à Charlie Hebdo à partir de 1981.

Anticolonialiste et donc antisioniste, anticapitaliste, anticléricale et anarchiste, Siné était à la fois inclassable et foncièrement un membre de notre camp : un révolté contre ce monde pourri. Un homme qui n’a jamais baissé les bras, qui a toujours dit ce qu’il pensait haut et fort. Brimé dans ses dessins par le FLN lorsque l’Algérie devient indépendante, il préfère partir, alors qu’il avait participé à la lutte du peuple algérien pour son indépendance. C’était un homme dont l’humour n’était pas caché et il en était de même pour son honnêteté. Incorruptible et imbattable quoi. Tu nous manqueras. En attendant on trinque comme tu l’aurais voulu, on continue le combat et on va relire quelques-uns de tes éditoriaux et revoir tes dessins. Ils sont toujours d’actualité.

On voudrait terminer en te citant : « mourir plutôt crever », mais aussi sur la couverture du dernier numéro de Siné mensuel : « Plus jamais couchés ! - Grève générale ». Merci camarade.