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International

Un an après le bombardement d’Al Jazeera à Gaza

Shireen Abu Akleh, la voix de la Palestine assassinée par un tir israélien

Tôt dans la matinée, ce mercredi 11 mai, deux journalistes d’Al Jazeera couvrent une opération de police menée par l’armée israélienne, contre un camp de réfugiés, à Jénine, en Cisjordanie occupée. Tous deux portent des casques et des gilets pare-balles avec le mot « Press ». Ils sont néanmoins l’objet d’une première rafale, qui les force à chercher un abri, mais il est trop tard. Si Ali Al-Samoudi est blessé par une balle dans le dos, sa collègue, Shireen Abu Akleh est touchée au front. Elle meurt dans la foulée.

mercredi 11 mai

Pour des dizaines de millions de foyers arabes, où Al Jazeera est la principale chaîne d’information, Shireen Abu Akleh était « la voix de la Palestine ». Rompue à l’exercice du journalisme dès avant son entrée à la chaîne qatarie, en 2000, elle était devenue depuis le début de la seconde Intifada l’un des principaux relais, sur place, d’Al Jazeera. Couvrant depuis plus de vingt ans maintenant la situation, de Gaza à Ramallah en passant par Jérusalem ou Bethléem, c’est son visage qui apparaissait à l’écran dès lors qu’il s’agissait de Palestine occupée. Âgée de 51 ans, reconnue internationalement pour son courage et sa déontologie, y compris par les moins va-t-en-guerre et ultra-sionistes des journalistes israéliens, Shireeen Abu Akleh dénonçait inlassablement à l’antenne la politique terroriste de l’Etat d’Israël, les crimes de son armée, mais également les faux-semblants et les manquements de l’Autorité palestinienne ou encore la complicité de certains Etats arabes avec Israël. De quoi en faire une journaliste vedette, extrêmement suivie et très populaire, partout dans le monde arabe, mais également la bête noire des autorités sionistes, et pas uniquement.

L’armée sioniste mène depuis le 22 mars dernier une série « d’opérations anti-terroristes » dans plusieurs camps et villes occupées de Cisjordanie après une série d’actions contre Israël menés par des commandos armés faisant suite aux affrontements du mois de Ramadan entre police et armée israéliennes et manifestants sur l’esplanade des Mosquées. Parmi les groupes de combattants palestiniens, plusieurs seraient originaires de Jénine, où se situe l’un des plus importants camps de réfugiés de Cisjordanie. C’est ce qui explique l’opération de ratissage de mercredi que couvrait Abu Akleh au moment de sa mort.

Les autorités israéliennes ont eu le culot d’accuser les factions palestiniennes comme étant « à l’origine des tirs contre les journalistes ». Non seulement Al Samoudi, le collègue de Abu Akleh, a reporté qu’ils n’y avaient eu aucun coup de feu côté palestinien, mais le mode opératoire de l’exécution de la journaliste d’Al Jazeera, une balle en pleine tête malgré son équipement, est une quasi signature de l’armée israélienne et de ses tireurs d’élite. Par ailleurs, l’assassinat de Shireen Abu Akleh a eu lieu quasiment un an jour pour jour après que la tour Jalaal, abritant les locaux d’Al Jazeera à Gaza, a été détruite par un bombardement de l’aviation israélienne dans le cadre de l’opération « Murailles Protectrices » qui a duré plus d’un mois, l’an passé, et a conduit, en outre, à l’assassinat de 248 Palestiniens et à la destruction partielle de 53 écoles, six hôpitaux et de dizaines de constructions civiles. Une façon, pour Israël, de célébrer son crime, par-delà les changements de gouvernements en place.

En effet, le cabinet de Naftali Benett, constitué d’une coalition allant de la droite laïque à la « gauche » en passant par le Parti travailliste, ne vaut pas mieux que celui du criminel Benyamin Netanyahou. Déjà, il prépare l’opinion à de nouveaux crimes et assassinats ciblés, allant jusqu’à laisser entendre qu’il pourrait préparer une opération pour tuer Yahya Sinwar, le chef politique du Hamas dans la Bande de Gaza. L’assassinat de Shireen Abu Akleh, néanmoins, risque de générer un certain nombre de tensions, y compris avec le principal parrain de l’Etat sioniste, la journaliste ayant également la nationalité étasunienne, ce qui a obligé l’ambassadeur en place à Tel Aviv à se fendre d’un communiqué. Il y a des morts qui comptent plus que d’autres, pour Washington, en fonction de la couleur du passeport.

Avec près d’une cinquantaine de Palestiniens tués, en représailles, depuis fin mars, le meurtre de Shireen Abu Akleh vient rappeler le caractère criminel de l’Etat sioniste. Mais nombreuses et nombreux sont ceux qui, en Cisjordanie et à Gaza, dans la rue arabe et ailleurs dans le monde réaffirment dès aujourd’hui, en son honneur, qu’il en faudra plus pour museler la voix de la Palestine et briser la résistance à l’occupation et aux crimes du sionisme.



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