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Témoignages

Saint-Denis. « Des proches du maire PS nous ont menacé de mort » : une association dénonce un calvaire

L'association MaMaMa d'aide aux enfants et aux femmes isolées, visée par une procédure d'expulsion à Saint-Denis, dénonce des « menaces de morts », des « insultes » et des « agressions sexistes » de la part de proches du maire PS Mathieu Hanotin.

Lisa Mage

5 janvier 2023

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L’association MaMaMa était convoquée le 8 novembre dernier dans le cadre de la procédure d’expulsion menée à son encontre par la mairie PS de Saint-Denis. Suite au report d’audience, cette association d’aides aux enfants en bas âge et aux femmes isolées est à nouveau convoquée au tribunal de Bobigny le 13 janvier.

Tout a commencé durant l’entre deux tours de la campagne municipale, en mars 2020 : « Des proches de Mathieu Hanotin, candidat PS aux élections municipales, sont venus nous voir en nous proposant des dons de produits alimentaires. Ces produits étant pour adultes, cela ne rentrait pas dans nos besoins, nous avons donc refusé. On était aussi conscientes que c’était dans le but de promouvoir sa campagne municipale. Et cela s’est confirmé lorsqu’on a discuté avec d’autres associations ayant reçu la même proposition et s’étant retrouvées affichées sur les réseaux de la campagne de Mathieu Hanotin avec l’équipe de campagne et ces produits ! », témoigne Inès, bénévole au sein de l’association depuis plus d’un an.

Par la suite, durant l’été 2021, Mathieu Hanotin, devenu maire de Saint-Denis, autorise l’installation de cinq autres associations dans le local où se trouve MaMaMa, alors que cette dernière est la seule association à être inscrite sur la convention du local. Les membres de l’équipe MaMaMa comprennent vite que cette décision, posant problème en termes d’espace et de règles sanitaires, est liée à la campagne électorale de Mathieu Hanotin. En effet, la première association, Dessine moi Pleyel est présidée par le deuxième adjoint au maire Shems El Khalfaoui. La seconde, Ma petite liberté, est présidée par Thierry Durieux, le père de Christophe Durieux, anciennement conseiller municipal à la mairie de Saint-Denis.

Si les bénévoles de MaMaMa ne sont pas en soi opposés à cette cohabitation au sein de mêmes locaux, les relations se dégradent entre ces associations. Rapidement, de nombreuses remarques et pressions viennent entacher leur quotidien. « Le but était clairement de nous mettre la pression et de nous faire comprendre qu’on n’était pas la bienvenue dans le local », explique Inès. Elle nous raconte par exemple que dans le courant de l’année 2021-2022, suite à un incendie, Thierry Durieux serait venu entreposer le matériel privé de son entreprise de BTP dans le local, censé être réservé à des activités associatives. Quand la présidente de l’association de MaMaMa aurait confronté ce dernier, il l’aurait menacée à plusieurs reprises, allant jusqu’à lui dire « je vais t’étrangler ».

« Depuis l’élection de Mathieu Hanotin, on a petit à petit subi des attaques de plusieurs hommes à qui les élus ont donné accès à notre local, ils ont fait régner la terreur », déclare la présidente de l’association Magali Bragard à actu.fr. En effet, au cours de la fin d’année 2021 et le début de l’année 2022, les tensions s’accentuent avecles autres associations. Inès raconte : « On nous disait qu’on n’était pas légitimes, qu’on était des sorcières ou des vipères, qu’on surfait sur la vague #MeToo, que ce n’était pas normal qu’on ait eu un local alors qu’eux avaient participé à la campagne de Mathieu Hanotin. Un homme est même allé jusqu’à nous montrer sa carte d’électeur ». Thierry Durieux, entre autres, leur aurait notamment tenu des propos tels que : « Les meufs comme vous, on sait comment vous obtenez ce que vous voulez ».

« On est une équipe de femmes, jeunes, engagées contre les violences sexistes et sexuelles parce qu’on est aussi, comme toutes les femmes, touchées par ces questions », poursuit Inès. Elle évoque aussi le fait que le pneu de leur vélo électrique aurait été crevé alors même qu’il se trouvait à l’intérieur du local. À cette époque, les bénévoles refusent de porter plainte, de peur des représailles - les assaillants ayant les clefs de leur local.

Inès nous raconte s’être fait agresser verbalement : « En janvier dernier, un dimanche, Thierry Durieux est venu me demander les clefs de manière agressive. Je suis dans un endroit isolé et je suis seule face à lui. Et, parlant d’une palette bloquant un peu ses affaires, il me dit alors que la prochaine fois qu’il vient et que quelque chose bloque ses affaires, il "pète la gueule au premier, ou à la première qu’il voit" ». Et Inès n’est pas la seule à dénoncer de tels faits.

Une autre membre de l’équipe raconte ainsi dans un article de France Inter : « Il était vraiment énervé, il a crié sur moi, sur les bénévoles. À un moment donné, il a commencé à mettre des coups de poings sur le camion, moi j’ai mis ma main entre la sienne et le camion et là, il m’a encore menacé il a mis sa main devant ma bouche, m’a dit ‘je vais te péter les dents’ ». Cécile aurait alors fait une crise d’angoisse, éclaté en sanglots et serait allée se réfugier dans les toilettes. L’homme l’aurait alors poursuivi jusque dans les toilettes et lui aurait répété en hurlant : « Je vais te péter les dents », « tu ne sais pas à qui tu parles », « je vais t’envoyer mes enfants pour que ce soit eux qui te pètent les dents ».

Au mois de juillet, les choses s’accélèrent puisque les bénévoles font une vidéo pour dévoiler la menace d’expulsion, et l’affaire obtient une couverture médiatique assez importante. Thierry Durieux serait alors venu fréquemment au local pour insulter et menacer les bénévoles : « Il nous dit qu’il va nous détruire, qu’on aurait mieux fait de ne pas s’en prendre à la mairie et à Mathieu Hanotin. On avait peur tout le temps, on prenait soin les unes des autres, on ne se laissait jamais seule au local, ce n’était plus vivable », raconte Inès.

Ce n’est que le 2 novembre dernier, après des mois endurés dans cette situation, que l’association décide de porter plainte contre le maire PS de Saint-Denis Mathieu Hanotin et contre son deuxième adjoint Shems El Khalfaoui pour « corruption passive », « trafic d’influence » et « non-dénonciation de crime ou délit ». En réaction, Mathieu Hanotin porte plainte contre l’association pour diffamation.

Face à l’offensive subie par les membres de l’association MaMaMa, nous leur apportons notre soutien. Les témoignages recueillis en disent long sur les méthodes employées par certaines mairies contre des militantes associatives, alors que les pouvoirs publics se sont largement reposés sur les associations pendant la crise sociale qui s’est ouverte avec la pandémie. Un constat d’autant plus marquant qu’il s’agit d’une mairie qui s’affiche à gauche et qui est dirigée par un élu membre de la NUPES. Une mairie qui après avoir armé sa police municipale menace d’expulsion une association locale.

Face aux manœuvres politiques et à cet acharnement, nous apportons tout notre soutien aux membres de l’association MaMaMa, qui doivent pouvoir disposer librement du local pour mener à bien leurs activités en toute sécurité. Nous dénonçons également la récupération de la lutte contre les violences faites aux femmes à des fins purement électorales par des forces politiques qui, à l’instar du maire PS de Saint-Denis, n’hésitent pas à menacer d’expulsion les associations qui militent au quotidien.


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