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« Revenu d’engagement ». La nouvelle trouvaille du gouvernement pour baisser les aides à la jeunesse

Selon Le Parisien, le « revenu d’engagement » annoncé par Macron lors de son discours le 12 juillet comportera un palier de 300€ pour les jeunes rattachés au foyer fiscal de leurs parents, soit près de 200€ de moins que la Garantie jeunes, qu’il vient remplacer. Ou comment précariser toujours plus la jeunesse.

mercredi 28 juillet

La Garantie jeunes, mise en place en 2013 et généralisée en 2016, était déjà une réponse pro-patronale à la précarisation de la jeunesse : pour toucher une aide de 497 euros - soit une aide ridicule au vu des loyers et du coût de la vie lorsqu’on est étudiant -, il fallait effectuer un stage intensif en mission locale de 12 à 18 mois. En janvier, la ministre du travail Élisabeth Borne avait annoncé souhaiter élargir ce dispositif pour doubler son nombre de bénéficiaires et atteindre les 200 000 jeunes concernés. Finalement, le gouvernement a trouvé encore mieux : le « revenu d’engagement », un nouveau dispositif qui va remplacer la Garantie jeunes et faire faire des économies au gouvernement.

Si les critères d’accessibilité de ce nouveau dispositif annoncé par Macron le 12 juillet vont être élargis « pour intégrer des profils de travailleurs précaires » selon les dires du ministère du Travail au Parisien, en réalité, les jeunes travailleurs précaires y perdent au change : un palier de 300 euros sera en effet fixé pour les jeunes rattachés au foyer fiscal de leurs parents, c’est-à-dire un nombre non négligeable de jeunes, contre 497 euros au temps de la Garantie jeunes. Soit une baisse de près de 200 euros. La couleur est annoncée : toujours plus d’insultes et de mépris pour la jeunesse, à coup de discours méritocratiques sur les « droits » et les « devoirs ».

Philippe Brousse, le délégué général adjoint de l’Union nationale des missions locales, qui s’est efforcé de faire des pieds et des mains pour légitimer la nouvelle trouvaille du gouvernement, affirme que « cette aide est devenue essentielle avec la crise du Covid et l’augmentation croissante de jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation », aura eu raison sur un point : le nombre de jeunes au chômage, sans études ou formation, soit 1,5 millions de 15-29 ans selon l’Insee, est déjà alarmant et ne fait qu’augmenter de jour en jour. Mais ce qu’il oublie d’ajouter, c’est que c’est bien le gouvernement qui est responsable de cette situation dramatique.

La gestion pro-patronale de la crise sanitaire, entre confinements made-in-Medef et fermeture des universités n’aura en effet fait qu’exacerber une situation déjà alarmante. Depuis longtemps, les 18-25 ans sont ainsi le secteur de la population qui vit le plus sous le seuil de pauvreté et la moitié d’entre eux sont obligés de travailler en plus de leurs études pour subvenir à leurs besoins. Travailleurs au black, travailleurs précaires, auto-entrepreneurs, la jeunesse forme un réservoir de travailleurs, bon marché et sans sécurité de l’emploi, et une armée de réserve pour les patrons, quand il est normalisé que vie étudiante rime avec fins de mois difficiles et pâtes dans le placard. Alors que la crise économique s’intensifie, les emplois jeunes sont les premiers à sauter. Pour les capitalistes, ces salariés très faciles à mettre à la porte (il suffit de ne pas renouveler leurs contrats – quand ils en ont un) constituent une réelle variable d’ajustement dans les périodes de crise. En ce sens les chiffres actuels sont catastrophiques pour la jeunesse, près d’un jeune sur cinq a été mis au chômage, plus de 20% vivent sous le seuil de pauvreté et près de 74% déclarent avoir été en difficulté financière ces derniers mois.

Face à un gouvernement qui n’a que faire de la situation de la jeunesse et qui n’hésite pas à faire payer la crise économique et sanitaire aux plus précaires, il est temps pour la jeunesse de prendre ses affaires en mains. Alors que pour le gouvernement, le nouveau revenu d’engagement constitue bien une porte de sortie au débat sur le RSA jeunes, il est urgent de revendiquer un revenu étudiant à la hauteur du SMIC, qui ne soit conditionné à aucune forme quelconque de travail ou de stage intensif, et qui soit financé par un impôt sur les grandes fortunes, ces mêmes fortunes qui n’hésitent pas à licencier leurs employés jeunes quand besoin il y a de faire des économies.




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