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Réforme patriarcale

Retraites : une étude du gouvernement confirme que les femmes seront davantage touchées par la réforme

Pour vendre sa réforme, Dussopt n’hésite pas à expliquer qu’elle va « protéger » les femmes. Mais l’étude d’impact réalisée par le ministère du Travail lui-même montre que c'est un mensonge.

Cécile Manchette

23 janvier

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Crédits photo : AFP

Après la mobilisation massive de jeudi dernier, le gouvernement a recalibré son discours. Olivier Dussopt a ainsi défendu, dans un entretien pour le Journal du Dimanche hier, une « réforme redistributive » qui ne « fera pas de perdants ». Le ministre du travail avait déjà déclaré à l’Assemblée nationale le 17 janvier dernier que la réforme allait « protéger les femmes ».

Lors de la présentation du projet de loi au conseil des ministres ce lundi, l’enjeu est fort pour le gouvernement de parvenir à présenter sa réforme comme « juste ». Une étude d’impact de la loi, rendue obligatoire depuis 2008 et fournie par les petites mains du ministère, est censée servir d’appui au ministre du travail pour démontrer les « effets redistributifs » de la réforme.

« Travailler plus, pour gagner plus » : le mantra du gouvernement

L’étude, consultée par Les Echos, a pourtant du mal à cacher les effets négatifs du report de l’âge de départ sur les femmes. Le report de l’âge légal et l’augmentation de la durée de cotisation, ne peuvent en effet qu’obliger les femmes à devoir travailler plus longtemps pour rassembler tous leurs trimestres. L’étude d’impact le formule d’ailleurs très explicitement dans son rapport : « avec le décalage de l’âge de départ, elles vont plus prolonger leur activité que les hommes ».

En contrepartie d’un allongement du temps de travail, l’étude affirme fièrement que les pensions des femmes devraient, elles, globalement augmenter. Le ministre revendique ainsi depuis dimanche une étude qui montre bien que l’augmentation de la pension des femmes « sera deux fois plus importante que celle que les hommes connaîtront (+ 2,2 %, contre + 0,9 %) ». Ainsi, selon l’étude si « l’augmentation plus rapide que prévu de la durée de cotisation a tendance à tirer les pensions à la baisse, car les assurés ayant une carrière incomplète verront leur pension calculée au prorata d’une durée de référence plus importante » cela sera rééquilibré par l’augmentation des minimas sociaux : « les femmes sont plus nombreuses à bénéficier de la hausse des minima de pension (60 % des bénéficiaires) et vont pouvoir comptabiliser, pour en bénéficier, des périodes passées en congé parental ».

Le gouvernement promet aux femmes que si elles travaillent plus longtemps, à temps complet, et font des enfants, elles partiront certes à 64 ans mais avec plus de trimestres, et sûrement une surcote. C’est le célèbre adage : « travailleur plus, pour gagner plus ». En guise d’illustration, prenons le cas d’une femme née après 1965 qui doit cotiser 43 ans et partir à 64 ans avec la nouvelle réforme.

Si elle commence à travailler à 20 ans, qu’elle travaille à temps complet et qu’elle a un enfant, elle aura tous ses trimestres à 61 ans, en prenant en compte les trimestres (jusqu’à 8) liés aux congés maternité et parental. Elle doit donc continuer à travailler 3 ans de plus pour atteindre l’âge légal c’est-à-dire en tout 46 ans (!) avec en guise de récompense la possibilité de transformer ses trimestres « en trop » en une augmentation de sa pension de retraite

Ce « projet de vie » offert par le gouvernement en plus de ne pas être enviable est loin de la réalité de ce à quoi sont confrontées des millions de femmes tout au long de leur vie. Le gouvernement se galvanise de « protéger » les femmes, et notamment les plus précaires, en revalorisant les minima de pension mais les mieux loties devraient se contenter de partir, usées par le travail, avec 1 200 euros pour finir leurs jours, et toutes celles qui ont une carrière hachée, travaillent en temps partiels, tout en étant mal payées, discriminées sur le marché du travail (et ce souvent en lien avec leurs grossesses), devraient se résoudre à travailler plus longtemps pour gagner des miettes.

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Les femmes, grandes perdantes de la réforme

La majorité des femmes restent donc quoiqu’ils en disent les grandes perdantes de cette réforme tout comme les travailleurs immigrés. Olivier Dussopt le reconnaissait lui-même sur CNews ce lundi : « Les inégalités de retraites que l’on constate entre les hommes et les femmes ne sont pas liées au système des retraites en lui-même, mais aux différences de carrières professionnelles entre les hommes et les femmes ». Le ministre assume donc d’une part l’allongement des carrières, et d’autre part qu’il existe bien des problèmes structurels qui impactent les retraites des femmes.

Mais, pour résoudre ces inégalités à la racine, il faudrait augmenter les salaires et les indexer sur l’inflation, partager le temps de travail entre toutes et tus pour en finir avec les temps partiels subis, donner des moyens massifs pour la prise en charge et les soins dans la petite enfance etc. C’est-à-dire toucher aux profits de ceux qui se sont enrichis pendant la crise sanitaire. Évidemment, pour le gouvernement il n’en est pas, et il n’en sera jamais, question !

Cependant, ce sont toutes ces questions qui sont in fine soulevées quand le gouvernement s’attaque aux retraites… et dont il faut se saisir ! Pour cela, il est essentiel de faire de la mobilisation contre la réforme des retraites un mouvement qui aille plus loin que le simple combat contre une réforme scandaleuse.

Pour cela, il faut imposer la construction d’une grève reconductible large, basée sur l’auto-organisation à la base, qui revendique une retraite à 60 ans pour toutes et tous, et à 55 ans pour les métiers pénibles, financée entièrement par les profits du patronat, mais également des augmentations de salaires indexés sur l’inflation, ou encore le partage du temps de travail. Pour que les femmes et tous les opprimé.es puissent vivre dignement, et ce tout au long de la vie !


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