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Politique

« J’ai pas envie de finir mutilée ou pire »

Redon. « J’ai vu cet homme, l’avant-bras déchiqueté » : Chloé, présente à la rave-party, témoigne

Présente lors des épisodes les plus violents de la répression à Redon, où une teuf était organisée en hommage à Steve, Chloé raconte les horreurs et l'ampleur des violences commises par les forces de police dont elle a été témoin.

mercredi 4 août

Crédits photo : Timour Ozturk pour Radio France

Nous relayons ici le témoignage de Chloé, 23 ans, qui a participé à la rave-party de Redon le 18 juin dernier. À peine arrivée dans les alentours du lieu où la fête était organisée, elle a été rapidement prise au cœur de la répression policière au milieu des charges, des tirs de grenades, LBD et lacrymos. Des violences qui ont duré jusqu’au matin, ayant fait pas moins de 22 blessés sévères parmi les fêtards selon l’association Techno+, et coûté sa main à l’un d’entre eux. Chloé, toujours hantée par les scènes d’horreurs qu’elle a vécues, a raconté à Révolution Permanente ce qu’elle a vu ce soir-là.

«  Je ne sais pas comment formuler tout ça. Je n’ai sans doute pas vécu toutes les horreurs qu’il y a eu mais j’en suis quand même ressortie choquée. C’était la première fois que j’étais confrontée à autant de forces de l’ordre et de lacrymo.  », explique-t-elle.

Dès son arrivée sur les lieux, la gendarmerie lançait ses premiers assauts. «  Au début, je me tenais à l’écart. Puis, au bout d’un moment, tu te dis qu’il faut essayer de lutter, sinon c’est eux qui vont gagner. Alors, je suis la masse. À ce moment-là, un nuage de lacrymo nous encercle, tout le monde fait demi-tour et je perds mes amis. La masse nous empêche de fuir rapidement, on est pris au piège. La lacrymo brûle, on pleure instantanément.

Après quelques minutes, je me retrouve au niveau d’une brèche. Elle donne sur le terrain où a lieu l’affrontement avec les gendarmes. J’étais au téléphone avec une amie, et là j’entends “dégagez le passage, y’a un blessé”. Je me retourne et je le vois, cet homme, avec l’avant bras déchiqueté. Une image digne d’un film d’horreur. Je suis choquée, je n’y crois pas, je détourne le regard. Puis je regarde à nouveau pour m’assurer que c’est bien réel, et il passe juste à côté de moi. Je suis sans voix avec mon amie au téléphone. Je ne réalise pas, je me dis qu’il faut que je retrouve mes amis et je retourne vers ma voiture. J’essaye d’aider un gars à dégager le chemin pour laisser passer la voiture du blessé. Je lui dit qu’en face c’est dégagé, je le sais car c’est là que je suis garé. Arrivée à ma voiture, je suis sonnée. Je vois le véhicule passer devant. Le mec a le bras dans un oreiller...

Ça m’a littéralement scotchée pendant 2h, j’avais des hauts le cœur. Comment tu veux faire la fête après avoir vu ça. Je m’endors un peu, je ne sais pas combien de temps, puis je retrouve d’autres potes. On retourne près du chemin où j’ai vu le gars mutilé. On arrive tout juste à faire passer les camions, et là j’entends “attention ils vont tirer”. C’est la panique, les gens partent dans tous les sens. Je me retrouve encore toute seule. Un truc éclate à côté de ma cuisse, je ne sais pas ce que c’est, mais je tremble. J’ai encore en mémoire les images du gars, ça résonne dans tout mon corps. J’ai pas envie de finir mutilée, ou pire. Je me faufile derrière des voitures en me disant que je vais être protégée. Un peu plus tard, je retrouve mes potes. Je ne les lâche pas. On se fait canarder, ils nous font reculer. On essaye de faire un barrage, on est vingt. On ne lâche pas.

Finalement, on apprend qu’on peut accéder au site. Je passe tout de même une merveilleuse journée devant le son. Mais, une fois rentrée chez moi, samedi soir, je n’ai pas réussi à être seule. Je suis partie avant la charge de samedi aprem, j’ai eu de la chance. J’ai essayé de me changer les idées mais j’ai eu des flash du gars jusqu’à lundi. Au travail c’était horrible : sueur froides, images en boucle, j’ai fait tomber des trucs, j’avais des sursauts qui me prenaient au cœur à chaque fois. Ça restera gravé à jamais. Jamais je n’aurai pensé voir ça de ma vie.  »




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