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Politique

Les grands perdants du reconfinement

Reconfinement : colère des petits commerçants et hypocrisie du grand patronat

Sans surprise au vu de la gestion catastrophique du gouvernement, l’épidémie de coronavirus est à nouveau hors de contrôle. Le gouvernement totalement dépassé table sur un reconfinement, annoncé ce mercredi par Macron, pour une durée minimale d’un mois. Un nouveau confinement « assoupli » qui une fois de plus se concentre sur l’aide au grand patronat et laisse les petits commerçants et les travailleurs dans une situation critique.

jeudi 29 octobre

Crédits photo : AFP/Joël Saget

Après les annonces d’Emmanuel Macron ce mercredi soir, les réactions des petits commerçants, artisans, restaurateurs oscillent entre colère, résignation et sentiment aigu d’injustice.

Ils sont, avec les travailleurs, les grands perdants de ce nouveau confinement, qui reprend dans les grandes lignes celui instauré au printemps dernier à quelques exceptions près.
Alors que les guichets des services publics, les usines, les exploitations agricoles, le BTP et les établissement scolaires continueront à tourner, les bars, les restaurants, bref tous les commerces « définis au printemps comme non essentiels, les établissements recevant du public  » devront fermer.

Ce confinement nouvelle version aura au moins le mérite d’être clair : faire tourner les grandes entreprises et sauvegarder les profits du grand patronat, coûte que coûte, en laissant les écoles ouvertes pour que les parents puissent aller travailler. Métro, boulot, dodo et ce, quitte à sacrifier tout le reste, dans la droite lignée d’un couvre-feu qui ne laissait déjà plus beaucoup de place à autre chose. Quitte à détruire tous les autres moments de la vie, avec comme victimes collatérales des lieux où ces moments existent, et ceux qui y travaillent.

Si le MEDEF s’est ému de ces fermetures, Geoffroy Roux de Bézieux affirmant que « fermer les commerces est une erreur, ils risquent la faillite  » et que « des centaines de milliers d’entreprises vont disparaître » qu’on ne s’y trompe pas : le deux poids deux mesures et la priorité donnée aux grandes entreprises n’a jamais été aussi clair.

Un terrain explosif

La fermeture des petits commerces à partir de ce vendredi matin est un nouveau coup dur pour des secteurs déjà durement impactés par la crise. Restaurateurs, petits patrons de bars, de salons de coiffure, libraires : tous craignent des faillites en cascade et ne cachent pas leur colère vis-à-vis des nouvelles mesures du gouvernement.

Un sentiment d’injustice plane dans tous ces secteurs, qui devront fermer alors que la grande distribution, elle, continue de tourner sans restrictions. L’U2P (représentants des artisans), qui affirme par ailleurs être « spontanément solidaire du gouvernement dans son action contre le coronavirus  », a ainsi fait part de son «  incompréhension » face à ce qui apparaît clairement comme des mesures à deux vitesses : « Comment accepter que les très nombreux commerces et activités de proximité jugés non essentiels (cafés, restaurants, coiffeurs, fleuristes, opticiens, libraires…), qui se battent depuis des mois pour sauver leur entreprise, soient à nouveau arbitrairement plongés dans l’inactivité et promis de plus en plus sûrement à une fermeture définitive ? Si le motif sanitaire d’une telle mesure est de limiter les interactions sociales, pourquoi les supermarchés et hypermarchés ne sont-ils pas soumis à la même interdiction ? »

Si ce type d’organisation se positionne ainsi, c’est que la colère commence à bouillir de plus en plus chez les petits artisans, indépendants et commerçants. Dans différentes villes à travers le pays, ce qui revient en plus du dépit d’être contraint de fermer à nouveau, c’est le sentiment d’injustice. D’une part, celui d’avoir tout fait pour rouvrir, d’avoir appliqué les mesures les plus strictes, pour qu’au final ces dépenses en plus (en gel hydroalcoolique par exemple) et ces clients espacés n’y fassent rien et qu’ils soient forcés à la fermeture malgré tout. L’impression d’avoir fait « ce qu’il fallait » et de voir ses efforts ignorés par le gouvernement : « On a fait ce qu’on nous a demandé, témoigne ainsi une gérante d’une salle de sport en Bretagne. Mais personne n’est jamais venu contrôler la salle et se rendre compte que tout était respecté. »

Surtout, le sentiment d’être floué par rapport aux grandes surfaces, qui elles ne fermeront pas. Dans la période de fête de fin d’année, cruciale en termes de chiffre d’affaires, elles seront la première source pour toutes les marchandises que ces petits commerces n’auront pas l’occasion de vendre.

Certains interpellent, à juste titre, le gouvernement : «  Comme d’habitude, les GAFA vont se gaver pendant que nous on va crever à petit feu. Plutôt que de donner des hectares à Amazon pour construire des entrepôts, le gouvernement aurait pu s’organiser pour faire des hôpitaux  », proteste la présidente d’une association de commerçants du centre-ville de Montpellier

Le terrain est explosif, et le gouvernement en a bien conscience : il veut éviter de totalement se mettre à dos ces secteurs de la population. D’où le fait que Macron ait laissé entendre des assouplissements possibles d’ici quinze jour, en affirmant que la situation serait « réévaluée » Il a également promis des aides – ou plutôt le maintien de celles déjà en vigueur – et des mesures concernant les loyers des locaux de ces entreprises.

À qui profite la crise… et qui va la payer

La situation des petits commerces est révélatrice de la stratégie sanitaire du gouvernement. Celle de sauvegarder à tout prix l’activité productrice, de faire tout ce qui est en son pouvoir pour que les grosses entreprises de l’industrie, de la grande distribution, du bâtiment ne soient pas contraintes de mettre en pause leur activité. Même si cela veut dire maintenir des clusters importants - lieux de travail à forte concentration, transports écoles. Même si cela veut dire risquer la vie de toutes celles et ceux qui doivent continuer à travailler, ou sacrifier l’emploi de milliers de travailleurs. Car ce sont tous les salariés employés par ces petits commerces, pour certains avec des contrats précaires, parfois même au noir comme dans la restauration ou l’hôtellerie, qui seront en première ligne de ces fermetures. Et pour eux, il n’y aura rien, malgré les promesses d’aides du gouvernement. Ce que signifient les futures faillites, ce sont de futurs licenciements et des milliers de travailleurs jetés hors de leur emploi dans un contexte de crise économique qui prend de plus en plus d’ampleur. En juin, l’Unédic anticipait ainsi pour la fin de l’année 900 000 emplois supprimés et 630 000 chômeurs supplémentaires

Le gouvernement aura donné des milliards au patronat et annonçait le 3 septembre dernier un plan de relance de 100 milliards d’euros. Après les annonces de reconfinement, Castex a annoncé 20 milliards de plus pour soutenir l’économie. Qu’on ne s’y trompe pas : malgré les « PME qui connaissent des difficultés » brandies par le Premier ministre pour les justifier, ces milliards serviront encore une fois en premier lieu aux grosses entreprises, là où les petites n’auront plus qu’à récupérer les miettes.

Dans ce contexte, le positionnement du MEDEF en grand défenseur du petit patronat sonne d’autant plus comme un calcul politique opportuniste : se positionner en représentant de ces secteurs, alors même qu’ils seront les premiers à couler. Pendant ce temps, les grandes entreprises qui elles ont déjà les milliards nécessaires, auront elles les moyens de tenir. Et elles continueront même à profiter de la crise. L’exemple des librairies est en ce sens assez parlant. Les fêtes de fin d’année représentent une énorme part du chiffre d’affaires annuel de ce type de commerce, qui pourra difficilement être rattrapé… Le click and collect (commander les livres en ligne puis venir les récupérer) pourra être une solution de court terme pour certaines d’entre elles, mais ce type de commande représente au mieux 20 % du chiffre d’affaire, et n’est pas adapté à tous les commerces.

Pendant ce temps, le géant Amazon, qui vend entre autres des livres en ligne, a réalisé en avril 83 % de ventes en plus par rapport à l’an passé, et profitera sans doute de la même manière d’un second confinement. Ce système de prédation des grosses entreprises sur les petites, qui finissent par se faire rattraper par une concurrence dans un marché où elles ne jouent pas dans la même cour, est en fait un mécanisme normal du capitalisme. Accentué et accéléré, et rendu douloureusement transparent en cette période de crise.
Lorsque Macron dit vouloir « protéger l’économie », le but est avant tout de protéger les profits du grand patronat. Le reconfinement « allégé » mais pas pour tout le monde adopté cette semaine s’inscrit dans la droite ligne des plus beaux souhaits du MEDEF et du grand capital dont il porte les intérêts qui préconisait d’apprendre à « vivre et travailler » avec le virus. Enfin, surtout travailler.

« Vivre avec le virus » et « revenir à la normale » aura surtout amené l’exécutif à tarder à prendre la mesure de la seconde vague, alors même que les courbes épidémiques repartaient à la hausse et malgré les alarmes des professionnels de santé depuis au moins fin août. La stratégie du couvre-feu, qui de façon prévisible n’a pas permis de réduire un tant soit peu l’épidémie, n’a fait que retarder les mesures de confinement au moment où, manque de chance, les commerces font l’essentiel de leur chiffre d’affaires à savoir l’approche des fêtes.

Reste à savoir si le gouvernement parviendra à calmer le jeu, où si la colère des petits commerçants débouchera sur une mobilisation contre les mesures répressives, à l’image de celle qui a commencé à voir le jour en Italie avec des manifestations qui réunissaient des restaurateurs, des jeunes, et plus largement les classes moyennes urbaines frappées de plus en plus par la crise. Une mobilisation des classes moyennes, de ce que l’on appelle la petite bourgeoisie, qui pourrait être captée par la droite à l’image du président LR de la métropole Aix-Marseille qui a rejoint la manifestation des petits patrons contre la fermeture des bars et restaurants en septembre dernier. Ou qui pourrait, à l’inverse, trouver des débouchés plus progressistes, à la seule condition de s’allier avec ceux qui restent en première ligne de la crise sanitaire, les travailleurs et les travailleuses. Pour que ce ne soit pas à eux de payer la crise, pour de véritables embauches et ouvertures de lit dans les hôpitaux.




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