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Extrême-droite

Raciste, sexiste et pro-patrons : qui est Giorgia Meloni, candidate au poste de 1ère ministre en Italie ?

Ce 25 septembre auront lieu les élections législatives en Italie. Elles pourraient sonner l’arrivée au pouvoir d’une alliance conservatrice et réactionnaire avec à sa tête la nouvelle égérie de l’extrême droite italienne, Giorgia Meloni.

jeudi 22 septembre

Crédits photo : Reuters

Ce dimanche 25 septembre, les élections législatives se tiendront en Italie, deux mois après la démission de Mario Draghi. La chute de sa coalition large allant du centre gauche à l’extrême droite de Salvini a réouvert une profonde crise politique en Italie, structurelle dans le pays ces dernières années.

Alors que Draghi représentait une garantie pour de larges secteurs de la bourgeoisie italienne et internationale, notamment en ce qui concernait la réception des fonds de 200 milliards d’euros de la part de l’Union Européenne durant la crise Covid, son départ ouvre la voie à une forte instabilité dans un contexte économique particulièrement difficile. Avec une hausse de 44,9% du prix de l’électricité et du gaz combinée à une inflation atteignant les 8,4%, les travailleurs et les secteurs populaires subissent de plein fouet les conséquences de l’inflation.

Or, jouant sur le mécontentement face à la situation et sur la méfiance envers les élites politiques traditionnelles italiennes, c’est l’extrême-droite qui pourrait rafler la mise ce dimanche. En effet, l’alliance entre les partis de droite et d’extrême droite de Berlusconi, Salvini et Meloni est créditée de 40% d’intention de vote dans les sondages. Or, grâce à l’acutelle loi électorale italienne, ce score pourrait suffire à offrir la dirigeante du parti Fratelli d’Italia (FdI) la Présidence du Conseil des Ministres, qui obtiendrait 70% des sièges à la Chambre. Une victoire potentielle pour la politicienne ultra-réactionnaire, qui a su tirer son épingle du jeu politique de la péninsule et exploiter le climat politique explosif du pays.

Une femme politique façonnée par la nostalgie mussolinienne

Avec son projet réactionnaire et ultra-libéral qui va s’attaquer en premier lieu aux migrants et aux secteurs populaires, la dirigeante de FdI entend incarner un renouveau politique dans un pays en crise. Meloni est pourtant une politicienne de longue date. Elle commence son ascension politique à 15 ans en adhérant au Fronte della Gioventù (Front de la jeunesse), une organisation rattachée au Mouvement Social Italien (MSI), parti néofasciste fondé en 1946 par des fidèles de Benito Mussolini.

A la suite de la refondation du MSI et sa transformation en Alleanza Nazionale (Alliance nationale), gagner en respectabilité et pouvoir gouverner avec la droite, Meloni continue sa carrière. Très vite, elle devient responsable nationale d’un collectif de jeunesse rattaché à Alleanza Nazionale, pour lequel elle est élue en 2002 conseillère municipale dans la province de Rome. En 2006, elle devient sous les mêmes couleurs députée et vice-présidente de la chambre, devenant l’une des plus jeunes femmes parlementaires italiennes. Deux ans plus tard, elle est nommée ministre de la Jeunesse dans le gouvernement Berlusconi à seulement 31 ans. Puis en 2012, elle refonde le MSI avec un noyau dur de nostalgique du Duce et prend sa tête en 2014.

Elle se présente en 2019 comme « une femme, une mère, une italienne, chrétienne », promettant de défendre « Dieu, la famille, la patrie » contre « l’islamisation du pays ». C’est sur cette ligne politique que Giorgia Meloni espère, depuis la création de son parti en 2012 arriver au pouvoir. Tout en cherchant à gommer les aspects les plus ouvertement néofascistes dans l’objectif de dédiaboliser son image et son parti pour incarner une extrême-droite alternative, elle n’a pas hésité pas à revendiquer ouvertement les racines fascistes de son parti. « J’ai un rapport serein avec le fascisme » a-t-elle notamment déclarée.

Cependant, même si Meloni conserve une ligne politique d’extrême-droite, elle sait que pour accéder au pouvoir elle doit donner l’impression d’avoir coupé avec les héritages fascistes de son parti. C’est dans cette optique que, début août, elle a adressé un message vidéo en quatre langues (français, italien, anglais et espagnol) afin de rassurer les partenaires européens ainsi que le grand patronat Italien. «  Il y a plusieurs décennies que la droite italienne a relégué le fascisme à l’histoire » scande-t-elle dans la vidéo. Une volonté de dédiabolisation qui va de pair avec des évolutions programmatiques de son projet.

Fratelli d’Italia : un tournant programmatique pour s’assurer des soutiens

La création de Fratelli d’Italia a été le premier coup de poker de Meloni. Alors que la droite s’effritait suite à la déchéance de Berlusconi, elle décide de créer son propre parti autour du noyau dur néo-fasciste de l’Alliance Nationale. La ligne que FdI voulait incarner était le retour à un ultra-conservatisme assumé centré sur la famille, le catholicisme et la culture italienne, tout en faisant de l’immigration et l’« assistanat » la principale raison de la crise italienne. Sur le plan international, elle adopte une ligne souverainiste, attaquant l’Union Européenne dès qu’une occasion se présente. Dans un premier temps, Elle essuie plusieurs revers et ce durant de nombreuses années et n’arrive jamais à dépasser les 5% lors des élections.

C’est à partir de 2021 qu’un changement s’opère. Meloni décide un virage politique qui portera ses fruits. Son choix de ne pas rentrer dans le gouvernement Draghi et de se poser comme seule opposition lui permet de s’ériger comme l’incarnation d’une nouvelle droite, à contre-courant des gouvernements technocrates qui se sont succédés ou des groupes politiques qui ont failli dans la gestion des crises successives des dernières années. Cette position lui permet de capter une partie de l’électorat de Salvini et de la droite conservatrice incarnée par la figure de Berlusconi, en profitant du fait qu’elle n’a jamais été au cœur du pouvoir, quand bien même elle est une politicienne complètement intégrée au régime.

Ce tournant est passé par une épuration interne, éjectant tous les cadres du parti qui revendiquaient un peu trop ouvertement leur nostalgie du Duce. Cependant, même si son choix tactique a été une réussite auprès d’une grande partie de la population italienne, Meloni a également dû rassurer la bourgeoisie italienne. Meloni promet ainsi de multiples cadeaux au patronat italien autour d’un discours néo-libéral classique. Son programme annonce par exemple un élargissement de la flat tax, un cadeau au capital financier et immobilier. Cette réforme fiscale permettrait en effet de revoir à la baisse le taux d’imposition global des entreprises tout en remontant celui des classes populaires. De plus, le programme revient aussi sur un allègement des charges patronales couplé à des cadeaux fiscaux selon la rentabilité des entreprises.
Sur le terrain de l’immigration, sa ligne politique xénophobe et ultra-conservatrice reste quant à elle évidemment inchangée. Ses projets de création de camps de migrants hors de la frontière de l’union européenne ou le blocage militaire des côtes nord-africaines. À l’image de son slogan « Dieu, famille, patrie », Meloni souhaite également s’en prendre aux droits des femmes et des personnes LGBTI, mais également à l’ensemble des travailleurs qui subiraient une répression accrue.

Pour séduire ces derniers, elle table sur la colère contre la classe politique et couple à son programme ultra libéral et réactionnaire des promesses populistes et démagogiques. Comme Marine Le Pen durant la campagne présidentielle, le programme de FdI propose quelques mesures économiques pour les secteurs populaires, comme l’augmentation de la retraite ou la mise en place d’un minimum social pour les mères isolées.

Un tournant international vers des positions atlantistes

Le tournant opéré par FdI se manifeste de façon claire sur le plan international. Meloni, qui auparavant critiquait vivement « les technocrates de Bruxelles », appelle maintenant dans son programme à une « adhésion totale au processus d’intégration européenne ». Elle s’est également démarquée de Berlusconi et Salvini par une ligne atlantiste bien plus prononcée.

Depuis la guerre en Ukraine, Meloni a toujours suivi la ligne de l’OTAN, en défendant l’envoi d’armes comme les sanctions avec plus de force que Berlusconi et Salvini. Le but de cette politique est de présenter la dirigeante de FdI comme une potentielle alliée des États-Unis dans un contexte de recomposition et de durcissement des alliances internationales.

Cela n’empêche pas de forts liens internationaux avec l’extrême-droite. Depuis 2019, Meloni a su créer des liens avec d’autres forces et figures d’extrême droite tels que Orban en Hongrie ou encore Morawiecki en Pologne. Mais récemment c’est surtout avec Vox en Espagne que Meloni a tissé une alliance. Lors du congrès de Vox en 2022, elle réaffirme sa ligne politique : « Il n’y a pas de voie moyenne possible, c’est oui ou non : oui à la famille naturelle, non au lobby LGBT, oui à l’identité sexuelle, non à l’idéologie du genre, oui à la culture de la vie, non à la culture de la mort, oui aux valeurs chrétiennes universelles, non à la violence islamiste, oui à la sécurité des frontières, non à l’immigration massive. », comme le rapporte le Figaro.

Vers une arrivée au pouvoir de l’extrême-droite à l’issue des élections ?

Si rien n’est encore fixé, l’arrivée potentielle de l’extrême droite à la tête de la troisième puissance économique du continent après les élections de dimanche pourrait bouleverser l’échiquier politique européen. D’autant plus que l’Italie est un pays qui aura un rôle central à jouer dans la recomposition de l’approvisionnement en gaz, lui donnant un poids politique important.

Si cette perspective est éminemment réactionnaire, rien n’assure cependant à Meloni qu’elle puisse s’imposer politiquement au vu des différentes crises passées et de la fébrilité du système parlementaire italien. Son arrivée au pouvoir pourrait en effet représenter un facteur d’instabilité important pour la bourgeoisie à l’échelle nationale et Européenne, qui aimerait s’épargner un gouvernement imprévisible et source de tensions inutiles. De plus, même si l’union de la droite présente un front uni, cette alliance s’est faite sur fond de tensions et désaccords politiques, notamment entre Salvini et Meloni, qui pourrait fragiliser le gouvernement.

Dans un moment de crise profonde, les perspectives qui s’annoncent pour les travailleurs et classes populaires italiennes à l’issue des élections sont profondément réactionnaires. Dans ce cadre, seule une lutte déterminée de la classe ouvrière, en alliance avec l’ensemble des secteurs opprimés, menacés directement par la politique raciste, sexiste et LGBTphobe de Meloni, peut permettre d’ouvrir une autre voie, et de refuser de payer leur crise.



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