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Débats

Les Gilets Jaunes et les difficultés de l’opposition bourgeoise

Qui pour construire un bloc contre-hégémonique face aux plans de Macron ?

Bien que, pour reprendre l’expression du "Monde Diplo" de février, le soulèvement des Gilets Jaunes marque le retour « de la lutte de classes en France, la recomposition du champ politique ne le reflète aucunement, du moins si l’on en croit les dernières enquêtes d’opinion. Un véritable paradoxe. Ce résultat est l’expression des difficultés à construire un nouveau bloc dominant, de même que des difficultés structurelles de la gauche à exprimer la colère ouvrière et populaire.

samedi 9 février

Un président minoritaire, mais une opposition parlementaire fragmentée

Malgré un léger rebond, dernièrement, souligner que la cote de popularité de Macron est au plus bas relève de l’évidence, mais c’est insuffisant. Il ne se situe pas seulement, aujourd’hui, au même niveau que François Hollande au même moment de son quinquennat. Macron est le chef d’Etat français le plus détesté depuis Philippe Pétain. L’énorme paradoxe, cependant, c’est qu’il pourrait gagner, par défaut, les élections européennes au mois de mai.

En effet, bien que le bloc bourgeois qui gouverne soit minoritaire, sa force provient des difficultés et de l’énorme fragmentation de l’opposition. Comme le souligne le politologue Pascal Perrineau, dans les colonnes du Figaro, « traditionnellement, sous la Ve République, lorsque le pouvoir en place connaissait l’impopularité, l’opposition reprenait de la force et se construisait en alternative crédible. Tel a été le cas pour la gauche sous Valéry Giscard d’Estaing, de la droite sous François Mitterrand et encore de la gauche sous Nicolas Sarkozy. L’alternative a pu parfois se construire à partir de transfuges plus ou moins critiques des majorités en place (Nicolas Sarkozy sous Chirac, Emmanuel Macron sous Hollande). La grande nouveauté aujourd’hui est qu’aucune alternative issue de l’opposition ou des marges de la majorité ne semble se dessiner. Un pouvoir profondément affaibli peut alors tirer sa force de cette incapacité de l’opposition à s’ériger en alternative crédible. La force d’un camp n’est plus alors due à ses propres talents mais plutôt à la faiblesse de ses adversaires. Tel semble bien être le cas en ce début d’année 2019 où pourtant le pouvoir a été soumis à de rudes assauts de la part de la rue et de la démocratie d’opinion ».

Ainsi, alors que les coalitions historiques de gauche et de droite qui ont structuré l’histoire du bipartisme Cinquième-républicain continuent à être en crise, les « émergents », à savoir Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon conservent une forte emprise sur leur base électorale traditionnelle – cela vaut davantage pour le Rassemblement National (RN) que pour La France Insoumise (FI), comme nous le verrons après-. Ils se trouvent néanmoins en grande difficulté pour constituer des alliances sociales suffisamment larges pour se transformer en alternatives cohérentes et soutenables face au macronisme. Comme le rappelle Perrineau, « face à Valéry Giscard d’Estaing, les forces de gauche s’étaient unies dans une "union de la gauche" qui deviendra majoritaire en 1981. Face à François Mitterrand, les partis de droite et du centre s’étaient unis pour constituer une force d’alternance majoritaire en 1993 et 1995. Face à Nicolas Sarkozy, le PS, les radicaux de gauche et les écologistes avaient rassemblé leurs forces pour permettre la victoire de François Hollande en 2012. En 2019, l’opposition est totalement éclatée et aucun pôle de celle-ci n’est en position d’agir comme élément fédérateur d’une coalition pouvant prétendre rassembler une majorité. Nombre de Français sont capables de se mettre d’accord sur ce qu’ils rejettent, mais les mêmes n’ont pas pour l’heure la capacité à soutenir une dynamique de rapprochement des oppositions entre elles ».

Les difficultés pour constituer un nouveau bloc hégémonique et les brèches que cela ouvre

Cette situation, absolument inédite sous le régime de la V° République, est l’une des matrices du puissant retour de la lutte de classe en France. En effet, sans opposition forte et sans corps intermédiaires reconnus, le pouvoir se retrouve très souvent soumis à la pression de la rue et sous le feu des critiques de la population.

Cette fragmentation, le manque de crédibilité des oppositions parlementaires de même que la crise historique des syndicats dont nous avons déjà parlé laisse place à l’expression de formes radicales. C’est ce que pointe, inquiet, le politologue Jérôme Sainte-Marie, toujours dans les colonnes du Figaro : « de leur côté, dit-il, les oppositions parlementaires n’ont pas trouvé pour l’heure de formule de rassemblement en faisant, si l’on en juge par ce qu’en disent les Français dans les études d’opinion, des formules d’alternance crédibles au pouvoir actuel. Dès lors, les Gilets jaunes forment ce que l’on appelait dans les années 1970, notamment en Italie ou en RFA, l’opposition extra-parlementaire. Son territoire privilégié est la rue, complété aujourd’hui de manière originale par les ronds-points et les péages ».

Cette situation de crise hégémonique bourgeoise, c’est-à-dire de période longue au cours de laquelle les forces du grand capital n’ont pas encore trouvé la combinaison adéquate qui donnerait au pouvoir de l’Etat une capacité d’établir un consensus majoritaire –et quand bien même le pouvoir macronien actuel est bien plus homogène, en termes de défense de ses intérêts, que les coalitions précédentes-, tout ceci laisse des brèches ouvertes dont peut tirer profit le mouvement de masse. Mais si brèche il y a, elle doit être mise à profit de façon consciente par les forces de gauche afin que, sur la base de l’expérience des masses en mouvement, ces dernières avancent et évoluent pour dépasser les énormes obstacles qui leur font face, non seulement en termes de mobilisation mais également de façon à se transformer en forces contre-hégémoniques. C’est en ce sens que nous nous opposons radicalement à la position abstentionniste, voire même parfois carrément hostile aux Gilets Jaunes, défendue par une partie des organisations se réclamant de l’extrême gauche marxiste révolutionnaire. En se basant sur des contradictions bien réelles ou largement fantasmées des Gilets Jaunes, ces mêmes organisations se sont opposées au phénomène, ou alors ne sont intervenues que très à la marge de ce phénomène vivant de la lutte des classes. [1]

La crise de la gauche institutionnelle : les difficultés de la France Insoumise

Il faut en trouver les raisons du côté de la crise historique de la social-démocratie ou du centre-gauche qui, au cours des dernières décennies et dans la plupart des pays européens, est passée avec armes et bagages dans le camp du « progressisme » européen, partageant avec la droite traditionnelle le même agenda de réformes néolibérales. C’est ainsi qu’un véritable espace s’est ouvert à gauche. C’est ce que semblait avoir confirmé le score des insoumis aux présidentielles, le meilleur pour une formation de gauche depuis celui du PCF en 1969. Après l’arrivée de Macron à l’Elysée, une situation idéale semblait se présenter à Mélenchon : la crise de Marine le Pen, après son échec cuisant lors du débat de l’entre-deux-tours puis au du second tour, avec un Macron occupant tout l’espace à droite et un PS moribond, voilà qu’un boulevard s’offrait aux insoumis. Au début du quinquennat, la FI apparaissait comme la première opposition à Macron, pour 42% des sondés, contre 22% en faveur des lepénistes. Aujourd’hui, 35% des sondés donne le Rassemblement National comme étant la meilleure opposition à la macronie contre 30% pour la FI. [2] A un niveau électoral, il est probable que les Verts rognent sur une bonne part de l’électorat insoumis de classe moyenne lors des prochaines européennes.

En plein soulèvement des Gilets Jaunes, donc, la FI recule, même si les causes de cette perte de vitesse de même que ses contradictions sont à chercher en amont. Comme le souligne l’économiste Stefano Palombarini dans L’Humanité, « c’est une tentative de reconstruction de la gauche, mais elle rencontre de grosses difficultés objectives. Parce que la construction européenne est un profond facteur de division à gauche, et ce n’est pas un hasard si la position de FI sur ce thème se prête à des lectures contradictoires. Les noms rayés de la liste de la FI aux européennes témoignent de la tension entre, d’une part, un populisme visant le dépassement du clivage gauche-droite et, d’autre part, la reconstitution d’une perspective de gauche. Il y a à la FI une perspective populiste, au sens d’une base sociale renouvelée, qui ne serait plus celle, traditionnelle, de la gauche. Qui en particulier renoncerait au soutien des pro-européens, c’est-à-dire la partie la plus diplômée de la gauche, liée au secteur public, aux professions intellectuelles, etc. Jean-Luc Mélenchon entend aller chercher des électeurs issus des classes populaires, non seulement parmi les abstentionnistes, mais aussi parmi ceux qui votent extrême droite. Sauf que, pour parler à des classes populaires qui ne sont pas culturellement liées à la gauche, voire y sont hostiles, il ne suffit pas de leur dire que "la gauche, c’est fini" : il faut leur donner des gages, par exemple sur la question migratoire ».

Les concessions de la FI sur cette question de même que ses silences sur la délicate question de l’accueil des migrants, ses hésitations et ses ambiguïtés, ne sauraient en aucun cas être confondus avec les positions xénophobes du RN. Néanmoins, toutes ces concessions de la FI renforcent le pendant d’extrême droite de l’option populiste et non sa version à gauche. Plus généralement, le fait que Mélenchon soit un ancien ministre de Lionel Jospin, à savoir d’un gouvernement de cohabitation sous la V° République mais également qu’il ait été sénateur pendant près de vingt ans corsette sa capacité d’affrontement avec le régime bourgeois. C’est d’ailleurs ce qu’il a montré tout au long du soulèvement des Gilets Jaunes. Ainsi, comme le dit l’ancienne secrétaire d’Etat (et ancienne militante de la LCR jusqu’en 1981) et actuellement sénatrice socialiste, Laurence Rossignol, « Jean-Luc Mélenchon refuse de céder un pouce du terrain des Gilets Jaunes à l’extrême droite et se bat pour éveiller la conscience politique de ceux qui ont renoncé à voter ». Néanmoins, toujours selon Rossignol, deux éléments empêchent Mélenchon de prendre la main : « Quoi qu’il fasse, il fait partie d’un système rejeté. Et il a beau mettre du charbon dans le moteur antiparlementaire, antimédia et anti-oligarchie, jamais il ne pourra aller assez loin pour piloter la machine vu qu’il reste républicain ». Dans les moments clefs d’une situation donnée, le populisme de gauche de la FI n’est jamais qu’une version amendée de la vieille stratégie réformiste.

Stratégie populiste ou alliance stratégique de la classe ouvrière avec les secteurs exploités et opprimés

De par son origine, la direction qu’elle prend et sa dynamique propre, la mobilisation des Gilets Jaunes n’est pas identique à celle qui a présidé à l’émergence du Mouvement Cinq Etoiles (M5S) en Italie. Nombreux sont les analystes, néanmoins, qui prédisent aux Gilets Jaunes une évolution populiste quasi obligatoire sur la droite, à l’instar de celle qui a caractérisé, au fil du temps, le mouvement de Beppe Grillo, aujourd’hui aux responsabilités, en Italie, avec la Ligue d’extrême droite de Matteo Salvini.

Que signifie, concrètement et en termes d’alliances, une politique populiste de droite ? Pour Palombarini, si l’on prend le cas du M5S, sa base « est l’exact opposé du bloc bourgeois. Elle repose à la fois sur des secteurs populaires qui étaient marquées à gauche et des secteurs populaires qui votaient à droite. Sur la question du rapport au travail les attentes sont parfois antinomiques. D’un côté, les salariés les moins qualifiés demandent des augmentations de salaires, des protections plus fortes contre les licenciements et des contrats moins précaires. Mais il y a, de l’autre côté, des artisans, de tout petits patrons ou des commerçants qui appartiennent également aux catégories populaires mais qui étaient liées à la droite. Dire à un petit patron qu’il ne doit plus rien payer au noir à ses employés, qu’ils doivent tous passer en CDI ou qu’il doit augmenter leurs salaires, sa réponse serait bien entendu "absolument pas !". Ce genre de secteurs populaires ont des intérêts opposés à ceux issus du salariat peu qualifié. Pour les garder ensemble, à l’intérieur d’un même mouvement, on ne peut pas parler de CDD, de règles sur les questions de licenciement, de l’article 18 [du Statut des Travailleurs, vidé de son contenu et qui protégeait les salariés contre les licenciements], des indemnités de licenciement. Le M5S, pendant un temps, a parlé de l’article 18. Mais s’il venait à le remettre en selle, aujourd’hui, alors qu’il fait 32% aux élections, cela satisferait une partie de sa base mais il perdrait immédiatement l’autre moitié ».

Ce genre de stratégie ne peut conduire qu’à rogner sur les intérêts fondamentaux du prolétariat. Au final, cela n’est pas simplement fonctionnel aux mécanismes de collaboration de classe. Cela fait également le jeu de la continuité du néolibéralisme, mais d’un « néolibéralisme autoritaire et compatissant », pour reprendre une expression de Palombarini, qui est la marque de fabrique de l’actuel gouvernement impérialiste italien. Cette politique peut conduire, à défaut d’un consentement plein et entier, à une sorte de résignation du monde du travail face à un « néolibéralisme illibéral » comme le montrent les Etats-Unis de Donald Trump ou encore la Hongrie de Viktor Orban, celui-ci étant néanmoins très sérieusement contesté ces dernières semaines au sujet de sa réforme du marché du travail.

Cette politique de collaboration de classe s’exprime, à sa façon, dans le mouvement actuel des Gilets Jaunes. Il ne prend pas pour cible l’ensemble du patronat -si ce n’est les très grands groupes et les GAFA, parce que ne payant que peu ou pas d’impôts- mais les riches. Comme le souligne un Gilet Jaune ex-délégué CFDT à Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire, reflétant à sa façon la ligne « réformiste » de son ancienne centrale, « si on critique les chefs d’entreprise, on mélange tout : les TPE, les PME, celles du CAC40 ou les multinationales. Alors que nous n’avons pas vocation à embêter les boîtes qui paient leurs impôts en France ».

Le prolétariat ne peut tourner le dos aux secteurs les plus en difficulté de la petite bourgeoisie. Ce serait la meilleure façon pour que, sous le coup du désespoir, elle passe dans le giron de l’extrême droite. Mais le prolétariat ne doit pas non plus cacher ses revendications de classe pour maintenir l’unité du mouvement. Ce serait courir le risque de se retrouver, à terme, dans l’impasse du populisme de droite. Défendre, de concert, un programme spécifique de revendications pour imposer les grandes fortunes, pour liquider tous les impôts indirects qui affectent les intérêts des classes populaires, mais également pour répondre aux revendications démocratiques des masses, cela devrait permettre de démontrer que le programme de transformations radicales mis en avant répond au désir de réformes en profondeur de la majorité qui appuie les Gilets Jaunes [3] mais n’affecterait aucunement les intérêts des petits propriétaires. Loin de là. Il permettrait de leur porter secours.

Comme le soulignait, dans les années 1930, Léon Trotsky dans le Programme d’action pour la France à propos de la nationalisation des banques, des industries clés, des assurances, des moyens de transport ou encore du monopole du commerce extérieur [4],« cette nationalisation doit se faire sans aucune indemnisation des grands capitalistes qui se sont enrichis en saignant les prolétaires pendant des dizaines d’années, et qui n’ont pu engendrer que la misère et l’anarchie économique. Mais la nationalisation des grands moyens de production et d’échange ne signifie absolument pas l’étouffement des petites entreprises paysan¬nes, commerciales et artisanales. Au contraire ce sont les grands mono¬poles privés qui étranglent les petites économies. Non seulement les petites entreprises seraient laissées libres, mais les travailleurs ayant nationalisé les grandes entreprises pourraient leur venir en aide. L’économie dirigée, appuyée sur les immenses richesses accumulées par les banques, trusts, sociétés anonymes, etc... permettrait d’établir un plan de production et de distribution qui offre aux petits producteurs privés des commandes directes de la part de l’État, des matières premières et des crédits à des conditions absolument favorables. Ainsi la paysannerie recevrait à bon marché des machines agricoles et engrais ». Sans toutefois nier les extrêmes difficultés auxquelles ont à faire face les petits producteurs agricoles et éleveurs, spoliés par la grande distribution, le prolétariat doit avancer dans la structuration d’un programme capable d’unifier une alliance avec les secteurs exploités et opprimés de toute la France, sorte d’adaptation du Programme d’action au XXI° siècle, où les questions périurbaines et des banlieues occupent un espace plus important que la question des campagnes dans les années 1930.

Pour une gauche de classe, révolutionnaire et internationaliste

L’éclatement du bloc de gauche hégémonisé par le PS ouvre un espace politique pour celles et ceux qui se proposent de représenter le monde du travail et les secteurs populaires. C’est la condition nécessaire à ce que se réaffirme une politique de classe et internationaliste. Le « raccourci » populiste de gauche n’est pas une solution face à l’impasse dans laquelle le mitterrandisme et la « deuxième gauche rocardienne » a mené la gauche en général, en sabordant les intérêts de la classe ouvrière et des secteurs populaires, des salariés du privé comme du public. La « révolution citoyenne » que prône Mélenchon est totalement imprégnée des idéologies petite-bourgeoises et de toutes les illusions qui ont pu caractériser, de par le passé, les différentes versions du réformisme : l’adaptation au cadre de la légalité, la confiance illimitée dans les institutions parlementaires bourgeoises et l’abandon de la lutte des classes. Il s’agit d’autant de conceptions qui entrent en collision avec l’expérience subversive des Gilets Jaunes, quels que soient les efforts de Mélenchon à raccrocher les wagons et de participer au mouvement. Ce n’est certainement pas par ce chemin citoyenniste qu’il nous sera possible de répondre à la colère profonde et à la haine sociale des Gilets Jaunes.

Face à cette impasse, à ceux qui souhaitent fédérer le peuple en remisant son identité de gauche, il s’agit, à l’inverse, de réaffirmer de façon consciente les tendances à l’unité de la classe ouvrière à l’œuvre de façon embryonnaire au sein du mouvement des Gilets Jaunes, malgré ses limites. Ce serait l’unique façon de créer une alliance hégémonique en direction du reste des classes subalternes. Nicolas Duvoux, sociologue et spécialiste des classes populaires souligne combien « ce mouvement a aussi fait réémerger la frontière principale entre le "eux" des élites et le "nous" du peuple. La stigmatisation des assistés ou des immigrés s’est peu fait entendre sur les barrages, comme si la conscience de classe se réunifiait. La question est désormais de voir si les tensions internes entre les segments les plus stables et les assistés, apparues ces dernières années, vont reprendre le dessus ou si un bloc populaire unifié face aux élites va se reconstituer. La perspective de cette réunification peut inquiéter, et l’on comprend que les politiques cherchent à recréer des clivages au sein du monde populaire, comme l’a fait le président de la République en stigmatisant "ceux qui déconnent" en ouverture du grand débat national ». Ou encore en réintroduisant, parmi les thèmes à « discuter », la question de la laïcité et de l’identité nationale, à l’image d’un mauvais Sarkozy sur le retour.

La journée d’action du 5 février, bien qu’encore inefficace comme moyen de lutte pour battre en brèche Macron, a montré un début de convergence entre les GJ et le mouvement ouvrier organisé. Contre le caractère routinier du syndicalisme et l’obstacle que représente la bureaucratie syndicale, il faudrait approfondir cette tendance en unissant le radicalisme et la détermination des Gilets jaunes avec un programme de revendications de l’ensemble de la classe ouvrière, notamment de ses secteurs les plus exploités, capable également d’apporter une réponse aux revendications de tous les secteurs opprimés par le grand capital.

Pour mener à bien, et jusqu’au bout, ces tendances à l’unité prolétarienne contre les faux clivages populistes, la gauche doit ouvertement déployer son drapeau contre le chômage et la cherté de la vie, pour des conditions de logement, de transport et de travail pour les masses laborieuses, pour l’accueil des migrants ; face à la perspective traumatisante et le chacun-pour-soi que représente le Brexit, le programme devrait également défendre la solution d’une rupture collective, à l’instar de ce que serait une Europe des travailleurs et des travailleuses, c’est-à-dire une Europe ouvrière et socialiste pour en finir avec l’Union Européenne mais aussi avec l’Europe des capitalistes nationaux. Il faut définitivement tourner la page du social-libéralisme et parier sur la renaissance d’une gauche véritablement révolutionnaire qui avec constance et détermination saura se frayer un chemin en direction des masses. Seule une politique de ce type peut éviter que l’énergie déployée jusqu’à présent par les mouvements sociaux et par les travailleurs ne se dissipe et donne lieu à un scénario aussi sombre que celui qui prédomine, aujourd’hui, en Italie. Il n’y a qu’une gauche de ce type qui saurait, dans le temps, représenter une véritable alternative à ces deux versions du néolibéralismes que sont Macron et Merkel, d’un côté, et Le Pen, Salvini et Orban, de l’autre.




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