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Culture et Sport

Diviser pour mieux régner

Prolongation de l’année blanche pour les intermittents : une concession pour éteindre le mouvement

Roselyne Bachelot et Elisabeth Borne ont réuni les membres du Conseil National du spectacle (CNPS) aujourd'hui. L'occasion pour les ministres de préciser les modalités de réouverture et d'annoncer une mesure surprise de soutien aux intermittents. Une annonce qui ne cache pas la volonté du gouvernement de faire pression sur la mobilisation actuelle, en poursuivant sa politique de division du mouvement.

mardi 11 mai

Crédits photo : AFP

La prolongation de « l’année blanche » de quatre mois (jusqu’au 31 décembre 2021), afin de maintenir l’indemnisation des intermittents le temps que l’ensemble des activités ait retrouvées leur niveau normal, a été annoncée par la ministre de la culture Roselyne Bachelot lors du CNPS du 11 mai. Cette mesure, que beaucoup attendait, est pour autant en deçà des revendications des travailleurs du monde du spectacle, qui réclamait une prolongation d’un an.

Bien que cette concession faite au large mouvement d’occupation des théâtres ayant cours depuis quelques mois constitue un soulagement pour bon nombre de travailleurs, elle ne concernera pas tout le monde. En effet, les travailleurs les plus précaires du monde de la culture ne pourront pas bénéficier de cette prolongation. C’est le cas par exemple des primo-entrants ayant commencé leur activité en 2020 et n’ayant pas pu faire le nombre d’heures nécessaires lors de l’année 2020, ou bien des contrats précaires qui concernent certains artistes et techniciens, ou encore les métiers d’accueil du public.

Rien n’a été donc pensé pour un certain nombre de travailleurs devant se contenter du peu que le gouvernement a bien voulu concéder l’année dernière.

Une concession partielle qui ne doit pas affaiblir le mouvement

Cette annonce intervient en plein dans la campagne de communication du gouvernement visant à faire oublier sa gestion criminelle de la crise sanitaire. En effet le gouvernement a besoin du soutien des acteurs de la culture pour le déconfinement à venir, et sur qui il compte pour mettre en place sa promesse de retour des « jours heureux » après les avoir laissé sur le carreau pendant près d’un an.

Cette concession vise donc à donner un gage à certains travailleurs de la culture pour les pousser à abandonner le mouvement d’occupation des théâtres et leurs autres revendications, et en premier lieu celle concernant la réforme de l’assurance chômage qui fait l’unanimité contre elle dans le milieu de la culture (https://www.revolutionpermanente.fr/Manifestations-nationales-contre-l-assurance-chomage-construisons-un-plan-de-bataille-qui-permette). Autrement dit, « diviser pour mieux régner ».

Face à cette concession, il est impératif de ne pas céder au chantage du gouvernement et continuer de maintenir la pression afin qu’il cède aux revendications du mouvement d’occupation des théâtres, avec en premier lieu le retrait de la réforme de l’assurance chômage. Face à l’attaque que représente la loi sur l’assurance-chômage, il est fondamental de réussir à agréger non seulement les travailleurs du monde de la culture encore mobilisés, mais également des secteurs du mouvement ouvrier traditionnel et de la jeunesse. En ce sens, il ne faut pas prendre les annonces d’aujourd’hui comme un gage de bonne foi pour les travailleurs de la culture, mais comme une concession du gouvernement faite au mouvement social pour diviser les travailleurs et continuer leur agenda de destruction des acquis sociaux des secteurs les plus précaires du monde du travail.




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