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Procès de Valeurs Actuelle : entre caricatures racistes et falsification historique

S’ouvre le procès de Valeurs Actuelles après les caricatures racistes de la députée LFI Danièle Obono, et le torchon d’extrême-droite persiste en falsification historique concernant l’esclavage comme ligne de défense.

jeudi 24 juin

Ce mercredi a débuté au tribunal judiciaire de Paris le procès opposant la députée LFI (La France Insoumise) Danièle Obono et le journal ultraréactionnaire Valeurs Actuelles qui l’année passée s’est amusé à la grimer odieusement en esclave dans une de leurs fameuses « fictions » dont ils ont le secret. Le journal est jugé pour « injure publique à caractère raciste ». La ligne de défense du journal continue à être une soi-disant intention de « rétablir » la vérité historique concernant la responsabilité des Africains dans la traite esclavagiste.

Un petit saut dans le passé s’impose, pas aussi téméraire certes que celui accompli par la rédaction de Valeurs Actuelles le 27 août 2020, mais toutefois nécessaire. Ce jeudi-là, sort dans la sinistre rubrique « politique fiction » du journal, une description lugubre de la députée qui laisse de ligne en ligne l’indignation remplacer la stupeur. Réduite en esclavage – par des « Arabes », forcément – et illustrations racistes à l’appui, son personnage se voit reconsidérer sa condition de femme politique, préférant sa condition d’esclave finalement libérée par un missionnaire français (cela ne s’invente pas...).

Essayant tant bien que mal de voiler leur aversion pour tout ce qui n’est pas « occidental », les représentants de la rédaction de Valeurs Actuelles et notamment l’auteur de cet article révulsant ont eu pendant l’audience recours à l’arsenal classique trouvé dans le manuel du parfait petit réac’ ; des arguments que l’on retrouvait quelques mois plus tôt dans leur lettre de réponse aux indignations face à leur papier : « Là où les indigénistes et les déconstructeurs de l’Histoire veulent faire payer le poids de cette insoutenable traite aux seuls Européens, nous voulions rappeler qu’il n’exista pas d’unité africaine, et que la complexité de la réalité, sa dureté, était à raconter. Nous avons choisi cette élue car elle participe selon nous, par ses prises de position répétées, à cette entreprise idéologique de falsification de l’Histoire ».

Ce discours de manipulation historique, dépeint les Africains comme complices actifs de la colonisation et de la gigantesque machine à broyer l’individu qu’a été l’esclavagisme. Il est cependant avéré que c’est justement l’inverse qui s’est en réalité produit. La complicité de certains rois et chefs africains ayant activement participé à la traite négrière n’était que le triste résultat de plusieurs siècles d’endoctrinement et de conditionnement souvent extrêmement brutaux opérés par les colons européens, couplés à l’appât du gain que représentait ce commerce florissant à l’époque ; l’immense majorité de cette traite était organisée par des Européens, pour des Européens.

L’opération idéologique de Valeurs Actuelles, et de tout un secteur réactionnaire de la bourgeoisie française, consiste en relativiser la responsabilité des puissances européennes sur la traite négrière. Ils entendent mettre sur un pied d’égalité les quelques rois ou chefs africains et les colons européens. Même si le nombre d’esclaves africains ayant été amenés de force en Amérique est difficile à établir certains parlent de près de 30 millions de personnes victimes de l’esclavage, un chiffre qui peut aller jusqu’à 100 millions de personnes si l’on compte les « victimes collatérales » des conquêtes européennes sur le continent. Un trafic d’être humains destiné au travail dans les mines, les champs et les tâches domestiques des colonies européennes en Amérique. Autrement dit, que des Africains aient collaboré avec les puissances européennes dans l’esclavagisme ne relativise en rien la responsabilité de ces derniers ; au contraire, ces phénomènes de collaboration des élites des peuples opprimés est très courante et existe même aujourd’hui où des dictateurs africains sont complices des puissances impérialistes.

Malgré les gesticulations de l’auteur de l’article, affirmant bon gré mal gré que ses « valeurs chrétiennes sont opposées à toute forme de racisme », la rédaction de Valeurs Actuelles agite pendant toute l’audience l’épouvantail du mouvement des « indigénistes », évoquant le contexte « racialiste » de l’époque et la soi-disant instrumentalisation de certaines parties de l’Histoire dont l’esclavage avec pour objectif avoué de « culpabiliser universellement l’Occident ». Le déni de réalité concernant la réelle implication des Européens dans le mouvement esclavagiste et la critique ridicule des politiques décoloniales sont un lieu commun dans ces affaires de diffamation, se cachant souvent derrière la liberté d’expression et la bataille contre le « politiquement correct » pour propager des idées nauséabondes.

Cette offensive idéologique de Valeurs Actuelles coïncide avec les intérêts des multinationales françaises et plus en général de l’impérialisme français qui se trouve sous une grande pression concurrentielle de la part d’autres puissances internationales et régionales en Afrique. En effet, tacler les mouvements politiques antiracistes et les études critiques postcoloniales sert à légitimer la présence et la politique oppressive et de spoliation actuelle de la France en Afrique. Ce n’est pas un hasard que le propriétaire de Valeurs Actuelles, Iskandar Safa, milliardaire franco-libanais, soit impliqué dans des affaires de corruption et de ventes d’armes illégales au Mozambique. Ce n’est pas un hasard non plus que CNews soit l’une des chaînes françaises les plus impliquées dans la lutte contre les mobilisations antiracistes et la critique du néocolonialisme français en Afrique quand on connaît les diverses affaires de son propriétaire dans le continent ainsi que ses casseroles.

Dans ce contexte, les mots de soutien à Danièle Obono de la part de Macron et ses ministres sont bien hypocrites quand on sait comment leur gouvernement participe activement à la criminalisation des mouvements antiracistes et des études postcoloniales critiques, les qualifiant « d’islamo-gauchisme ». Il va de même pour la Justice qui même en cas de condamnation de Valeurs Actuelles, elle reste une institution profondément réactionnaire et raciste qui s’occupe au quotidien de réprimer les racisé.e.s.

Pour notre part nous réitérons notre totale solidarité avec la députée Danièle Obono face à cette attaque raciste dont elle est la cible.




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