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Automobile

Près de 700 intérimaires virés à Stellantis Sochaux : « c’est un véritable carnage social »

Suite à la suppression de l'équipe de nuit, la direction de Stellantis Sochaux laisse sur le carreau près de 700 intérimaires. Un véritable scandale alors que le groupe automobile affichait en 2022 des profits records.

Vincent Duse

3 avril 2023

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Suite à une réunion de CSE (comité social et économique) fin mars, le site Stellantis de Sochaux (ex-PSA) a décidé d’arrêter l’équipe de nuit qui produisait des modèles 3008 et 5008 depuis six ans. Selon les termes de la direction, il s’agit de s’adapter « au programme de production ». Concrètement, l’usine de Sochaux qui produisait 1200 véhicules par jour baisse sa production à 800 par jour. Une baisse de production dont les premières victimes sont les salariés les plus précaires.

En effet, la suppression de l’équipe de nuit représente 750 postes, dont 90% d’intérimaires. Si la direction assure que les quelques postes en CDI seront basculés sur les équipes de journées, pour près de 700 intérimaires, cela signifie une fin de contrat. Comme nous l’explique Jérôme Boussard de la CGT PSA Sochaux, l’opération se résume à « virer les intérimaires pour que le groupe fasse toujours plus de profits. C’est une véritable variable d’ajustement pour le patron. On est le premier site PSA qui connaît une attaque de cette ampleur sur la période récente, on s’inquiète pour les autres aussi. »

Une véritable casse de l’emploi qui aura des conséquences bien au delà de l’usine de Stellantis Sochaux avec en première ligne les sous-traitants. « Les sous-traitants qui produisent les pare-chocs, les sièges ou autre vont être fortement impacté. Un emploi en moins à Stellantis, ce sont trois postes en moins chez les sous-traitants, c’est un véritable carnage social. Et ça avec en première ligne les intérimaires » dénonce Jérôme.

De plus, si le nombre de véhicules produit par jour diminue, les cadences ne vont pas baisser pour autant. Dans ce sens, le syndicaliste CGT alerte sur « des cadences qui ne seront pas plus tranquille au contraire, ce qui est perdu en équipe de nuit, la direction va essayer de le récupérer en montant au maximum la production sur les autres équipes. Ça passe aussi par nous faire travailler les samedis sans même que ce soit payés en heures supplémentaires à cause du système de modulation ». Sans surprise, la logique du PDG de Stellantis, Carlos Tavares, se résume à toujours faire plus avec le moins possible toujours dans une logique de maximiser ses profits au détriment de l’emploi et des conditions de travail.

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Une casse de l’emploi qui se rajoute à la colère sur les salaires

La suppression de l’équipe de nuit à PSA Sochaux constitue donc une véritable casse sociale. Une attaque contre les travailleurs qui intervient dans un contexte de forte colère sur la question des salaires. En effet, fin septembre 2022, c’était près de 5 000 salariés qui avaient participé à de nombreux débrayages sur les 11 sites du groupe automobile en France. Une mobilisation jamais vue depuis 1989 pour exiger 400 euros d’augmentations pour tous les salariés qui s’était prolongé les semaine suivante.

Plus récemment, la colère des plus précaires de Stellantis s’est aussi exprimée sur la question salariale. En effet, face au non-versement de la prime de participation de 4 300 euros pour les intérimaires, ces derniers ont menés plusieurs débrayages comme cela a été le cas sur le site de Vesoul le 28 février dernier. Un symptôme de l’énorme colère qui existe chez les intérimaires qui habituellement ne font pas grève du fait de leur statut précaire et l’instabilité de leur contrat.

Une précarité que dénonce Jérôme Boussart :« les intérimaires doivent être payé pareil, c’est totalement dégueulasse qu’ils ne touchent pas les primes alors qu’ils participent tout autant à la création des richesses de l’entreprise. Ce n’est pas possible qu’on les prenne pour 18 mois et qu’on les fout dehors pour des questions d’organisation de la production ».

Mais derrière cette question de la prime se cache un profond malaise sur la question des salaires. En effet, l’accord des NAO (négociations annuelles obligatoires) de décembre 2022 qui a donné la maigre augmentation de 4,40 % (soit environ 40 euros pas mois) est loin d’être suffisant surtout si l’on compare aux 23,5 millions d’euros touchés par le PDG Carlos Tavares sur l’année 2022.

Plus largement, les 16,8 milliards d’euros de bénéfices net du groupe automobile en 2022 (plus de 26 % par rapport à 2021) montrent qu’il y a de l’argent pour financer les salaires et garder les emplois. « Il y a les moyens pour des meilleurs salaires et des embauches quand on voit les milliards de bénéfices faits avec la sueur des travailleurs. Cet argent doit nous revenir, c’est pour ça qu’on réclame l’embauche des intérimaires, la hausse de 400 euros pour tous et l’amélioration de nos conditions de travail » insiste Jérôme Boussard.

Contre la casse sociale que mène le groupe Stellantis il est donc nécessaire de revendiquer le CDI pour tous et l’interdiction des licenciements pour qu’aucun travailleur ne finisse sur le carreau, intérimaire comme CDI. Un combat qui va de pair avec la revendication d’une baisse du temps de travail et sa répartition entre tous et toutes sans diminution de salaire, seule solution pour répondre concrètement aux besoins des travailleurs.


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Vincent Duse

Ouvrier PSA-Stellantis Mulhouse, militant CGT

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