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Du Pain et des Roses

#Musictoo

Pomme invite #METOO aux Victoires de la musique

Le 12 février dernier, lors des Victoires de la musique, l’auteure-compositrice-interprète Pomme a dénoncé au micro les violences sexistes et sexuelles qui sévissent dans le milieu de l’industrie musicale. Une prise de position publique qui s’inscrit dans la vague MeToo, avec une vague de témoignages lancée cet été et réunis sous le hashtag #MusicToo dans le milieu de la musique sur les réseaux sociaux pour enfin briser l’omerta.

mardi 2 mars

Crédits photo : Alain JOCARD / AFP

Le 12 février dernier, lors de la 36e édition des Victoires de la Musique, la chanteuse de 24 ans a reçu le prix d’artiste Féminine. Au micro, elle souhaite une « industrie [musicale] plus safe pour les femmes » et que ces dernières puissent « s’imposer [...] et renverser les codes » du milieu. Des paroles qui font écho à une lettre ouverte parue la veille sur Mediapart. Intitulée « De là où je suis, j’ai décidé de dire les choses », Pomme y rédige son expérience dans le secteur de l’industrie musicale et manifeste son engagement féministe, précisant qu’elle avait déjà parlé de cette industrie de la musique “traumatisante” pour les jeunes femmes qui y débarquent, mais sans avoir la place qu’elle a aujourd’hui. Car en effet, avec du succès et un public, des centaines de milliers de followers sur les réseaux sociaux, la possibilité de s’exprimer dans la presse et une deuxième victoire de la musique, Pomme est une figure publique qui va donner un positionnement et un signal fort.

Un texte qui s’ancre dans la vague #Musictoo. Ce #Meetoo de l’industrie musicale porte le nom d’un compte Instagram né l’été dernier des mains d’anonymes espérant que « la peur change de camps ». Via cette plateforme, les tenants du compte ont collectés près de 300 témoignages d’individus travaillant dans le milieu de la musique et ayant été victimes de harcèlement ou agressions sexuelles dans ce cadre.

Dès septembre, le mouvement dépasse les limites du réseau social et arrive autrement sur le plan médiatique avec l’enquête judiciaire ouverte à l’encontre du rappeur Moha la Squale. D’autres furent par la suite visés par des accusations. Mediapart et Rue89 Strasbourg ont par exemple mené l’enquête sur le patron du label Deaf Rock, une référence dans le rock français à la suite de l’appel à témoignage initié par #Metoo.
C’est dans ce contexte de libération de la parole que des célèbres figures de la musique se décident à témoigner publiquement. Début octobre, Christine and the Queens utilisait à son tour Instagram pour sensibiliser quant aux violences pouvant prendre lieu dans l’industrie musicale :

« Chacune, nous avons connu une forme plus ou moins ténue de harcèlement, des remarques sexistes, comme toutes nos sœurs qui marchent dans des bureaux, qui rentrent tard la nuit, qui sont de corps de métiers radicalement différents du nôtre ».

Ces prises de positions publiques sont accompagnées de la création de groupes qui s’organisent pour lutter plus efficacement pour la reconnaissance des violences sexistes prenant lieu dans ce secteur, avec par exemple D.I.V.A. infos. créé par la journaliste musicale Lola Levant qui relaye des « Informations et ressources sur le sexisme et les violences sexuelles dans l’industrie de la musique  » . Il y a également Change de Disque, une association créée par Emily Gonneau qui aspire à faire la « passerelle entre les tonnes de collectifs qui existent et pour s’attaquer à un problème systémique ». Cette dernière avait notamment dévoilé sur les réseaux sociaux il a quelques années que sa direction l’avait dissuadée de porter plainte après qu’elle ait été victime d’une agression sexuelle.

« Trente et un pour cent des femmes travaillant dans le secteur musical [artistes ou professionnelles] disent avoir été victimes, au moins une fois, de harcèlement sexuel », selon une étude de 2019 de la Cura (Collectif pour la santé des artistes et des professionnels de la musique) et de la Gam (Guilde des artistes de la musique). Un problème qui est donc loin d’être rare et qui fait partie des points soulevés par Pomme dans sa lettre ouverte.

« Pourquoi les femmes ne portent pas plainte ? Pourquoi dénonce-t-on les coupables sur Instagram ? » (demande Jean-Bernard, 57 ans).

Parce que la justice les acquitte, mesdames et messieurs.
Parce que porter plainte, être entendue est un processus extrêmement douloureux et laborieux, qui n’arrive que rarement à ses fins.
Parce que tout le monde n’a pas le même cheminement vers la guérison.
Parce que malgré les accusations, les plaintes, ils sont en couverture des magazines, ils sont à la télé, ils occupent des postes d’avantages, ils flottent au dessus des lois. »

Elle y décrit son arrivée « traumatisante », à 16 ans, dans le monde de la musique. Une industrie à l’image de l’ensemble de la société patriarcale dans laquelle elle prend forme, profondément machiste, sexiste et violente envers les femmes.

Pomme souligne également la violence d’autant plus grande qui s’exerce contre « les femmes queer, handicapées, racisées » dans les industries culturelles.

« Cet été, @MusicToo a recueilli plus de 300 témoignages de harcèlement, agressions et viols, réalisés dans 98% des cas par des hommes sur des femmes.
Il y a donc un grand nombre d’hommes qui évoluent dans cette industrie en étant des harceleurs, des agresseurs, des violeurs.
[...]
La société, maison mère de la culture du viol, regorge de ces individus [...] Si la justice et le système les protègent, si le gouvernement ne fait rien, il est temps que nous parlions.
 »

Pomme aborde ainsi explicitement le caractère systémique des multiples violences qui visent les femmes dans notre société. A cela s’ajoute ainsi la singularité des milieux artistiques. De la même façon dont on a pu le voir concernant le cinéma, d’où avait démarré la vague #MeToo en 2017 avec l’affaire Weinstein, avoir « accès à l’argent, à l’exposition et au pouvoir [font] le cocktail parfait pour être des criminels en toute impunité. » déclare elle.

Dans un paysage culturel et artistique où l’intériorisation de la culture du viol reste pesante, avec des figures comme celles de Catherine Deneuve ou de Maïwenn qui ont publiquement, sous couvert de droit à la séduction, apporté leur soutien au maintien de ce statu quo de violences faites aux femmes, cette médiatisation du caractère systémique de ces violences est salutaire, à l’image de celle d’Adèle Haenel lors de la dernière cérémonie des Oscars. Elle reflète la prise de conscience et la politisation sur ces sujets de toute cette jeunesse qui se lève aujourd’hui contre les agressions, réclame haut et fort justice pour les victimes, et qui veut pousser à remettre en cause les institutions qui reproduisent et alimentent ces agressions.

Au-delà de ces prises de position courageuses, pour répondre à cet enjeu systémique cela nécessite précisément de poser sérieusement la question du sexisme. Pour cela, il y a un véritable combat politique pour renverser le système. Car comme le dit bien l’artiste dans sa lettre sur Mediapart il faut que les femmes aient “Le droit de rêver, le droit de vivre, le droit d’être. Intégralement. Sans peur.” Cela ne sera possible sans remise en cause globale du système capitaliste patriarcal, qui repose sur et se nourrit des oppressions.




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