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Police nationale... milice de l’éducation nationale ? Quand la police fait cours à vos enfants

Maia de Abril Ces derniers temps, certains établissement scolaires du centre de Paris s'arrachent des « modules » proposés par la Police Nationale et censés remplir un rôle de prévention auprès des plus jeunes. Drogue, sécurité routière, mais aussi « lutte contre les incivilités », c'est donc désormais dès la primaire que les représentants des forces de l'ordre viennent expliquer à vos enfants ce qu'est le vivre ensemble. Attention, hypocrisie citoyenne.

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Un habile mécanisme pour faire passer la répression pour de l’éducation

A chaque rentrée, la Préfecture de police propose un programme annuel de « modules d’intervention » aux écoles primaires, collèges et lycées de toute la France sur des thématiques allant de la consommation de stupéfiants jusqu’au racisme en passant par la sécurité routière et la « prévention des incivilités », qui constitue en quelques sortes le complément soft des contrôles au faciès. Ces « sensibilisations » sont dispensées par des policiers volontaires et en uniforme évidemment, dans le cadre des « MPC », comprendre Missions de prévention et de communication, qui servent à redorer le blason des commissariats de quartier.

Dans un rapport tout en couleurs, avec des titres en écriture ronde et enfantine et illustré de photos de bambins souriants, la Préfecture de police de Paris – celle-là même qui fait en ce moment la chasse aux migrants – se flatte que « chaque année, près de 100 000 élèves [soient] ainsi sensibilisés grâce aux 4 000 interventions menées par les MPC et la brigade des stupéfiants dans les établissements du premier et du second degré. Il faut savoir que ce programme de prévention fait partie d’une initiative plus large qui consiste à développer des actions et autres missions en direction du public organisée par les services de police, soutenue par un réseau institutionnel et associatif.

Le chef d’établissement, les enseignants et les parents d’élèves peuvent ainsi solliciter ces « formateurs » – selon le vocabulaire officiel – pour intervenir dans les classes. C’est donc l’équipe pédagogique qui détermine et choisit les modules, pouvant être réalisés sur une heure de cours. La Préfecture de police propose également une « prévention hors temps scolaire » avec une offre de loisirs pour les jeunes en situation « de rupture » – car l’État des classes dominantes n’est jamais trop prudent avec les classes dangereuses. Parmi l’offre d’activité, on trouve par exemple les « concerts citoyens », où la musique sert de support pour aborder « les notions de droit, de civisme et l’explication de symboles comme le drapeau ou l’hymne national ». Les inscriptions s’effectuent auprès du commissariat...


Mais qui nous protège de la police ?

Un commissariat où n’existe pourtant ni la prévention ni la sécurité. Où l’on meurt même assez régulièrement, comme encore le 6 mars dernier quand Amadou Koumé, 33 ans et père de deux enfants, a été battu à mort au commissariat du 10e – celui-là même que la série TV PJ cherche à faire passer pour une petite structure bon enfant. Discriminations, arrestations musclées, injures racistes et sexistes, violations des droits de l’homme... « MPC » ou pas, c’est tout cela que des milliers de jeunes lycéens, étudiants ou salariés avaient dénoncé, il y a bientôt un an - après l’assassinat de Rémi Fraisse par des gendarmes sur le site du barrage de Sivens. La mise à nu du véritable rôle de la police a également pris une dimension internationale ces derniers mois, avec le mouvement #BlackLivesMatter aux Etats Unis, ainsi que l’immense mobilisation qui a suivi l’assassinat des 43 étudiants mexicains d’Ayotzinapa.

Avec ce programme de sensibilisation et d’intervention auprès des jeunes au sein des établissements scolaires, les classes dominantes cherchent donc à mener la bataille de l’image pour leurs forces de répression, et à faire oublier ce que le langage officiel appelle des « bavures » pour laisser penser qu’il ne s’agit que d’exceptions ou d’accidents.


Encadrement de la jeunesse

Et, si les forces de l’ordre – le leur – s’efforcent de tisser des liens particuliers avec les établissements scolaires, c’est aussi dans la perspective de renforcer l’encadrement de la jeunesse. En cette rentrée, cours de morale et contrôle de la radicalité ont d’ailleurs inauguré le nouveau lycée « post Charlie ». Et depuis 2007, pour les « incivilités ne relevant pas du domaine pénal et les infractions les moins graves », a été établie une « convention originale » entre la Préfecture de police, l’académie de Paris et le parquet, qui permet au chef d’établissement d’opérer un signalement auprès des services de police. Cette démarche est supposée éviter les condamnations après un rappel à l’ordre au commissariat en présence des parents. Les équipes sont donc encouragées à déléguer à la police la gestion des tensions qui, dans les établissements, reflètent la violence des contradictions à l’extérieur, dans la société. Et le contexte de réduction des budgets ne fait qu’aggraver le phénomène.

De fait, ces missions s’inscrivent dans la continuité de la police de proximité, instaurée en 1998 sous Lionel Jospin, et supprimée en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, les deux ailes politiques de la bourgeoisie Cinquième républicaine entretenant un savant débat sur la meilleure manière de contenir et réprimer la jeunesse notamment populaire. Côté « socialiste », le projet est d’améliorer la réputation de la police alors que les statistiques marquent une augmentation claire des violences policières ces dernières années et qu’un grand flou est maintenu sur ce qui reste un tabou : le nombre de décès causés par celles-ci. Réprimer d’une part et illusionner de l’autre, donc.


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