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Polarisation aux Etats-Unis : Biden investi dans une capitale militarisée

Aux Etats-Unis, Joe Biden a été investi Président hier après-midi. Mais, après une élection mouvementée, marquée par la contestation des résultats et l’irruption historique et violente de militants trumpistes dans le Capitole le 6 janvier dernier, le retour à la stabilité capitaliste que voudrait incarner Biden semble bien illusoire.

mercredi 20 janvier

Crédit photo : afp.com/ROBERTO SCHMIDT

Hier après-midi, Joe Biden a été investi Président des Etats-Unis. Après la prestation de serment de sa vice-présidente Kamala Harris et les interventions musicales de Jennifer Lopez et Lady Gaga, Joe Biden s’est exprimé lors d’un discours d’investiture. Devant un parterre de 2000 personnalités, le nouveau Président Démocrate est revenu sur son projet, celui de tenter de rétablir la stabilité et de relégitimer les institutions du pays. Dans son discours inaugural, le 46ème Président des Etats-Unis s’est présenté en symbole de la « démocratie » attaquée par Trump et de l’« unité », dans la continuité des thèmes de sa campagne. Empilant les lieux communs sur la réconciliation de l’Amérique, la liberté, Joe Biden a multiplié les références à des figures comme Abraham Lincoln, Martin Luther King, s’est félicité d’investir la première femme noire vice-présidente et a fustigé l’irruption des militants trumpistes dans le Capitole le 6 janvier dernier.

Symbole de cette volonté de se présenter comme une antithèse du trumpisme, le Président avait annoncé quelques jours auparavant le passage de quinze décrets visant à « défaire » les politiques de Trump. Parmi celles-ci, l’annulation de la mise en place du projet d’oléoduc Keystone XL entre le Canada et les Etats-Unis, l’amorçage du retour du pays dans l’Accord de Paris, l’abrogation du muslim ban, ou encore la mise en place de nouvelles mesures dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Mais, si Joe Biden a cherché dans son discours à incarner un retour à « l’unité » et à la stabilité en affirmant que « la démocratie l’a emporté », le contexte de la cérémonie incarnait pourtant à lui seul la réalité de la polarisation sociale en cours.

Après l’irruption de militants trumpistes contestant les résultats de l’élection dans le Capitole le 6 janvier dernier, ce sont en effet 25.000 gardes nationaux qui avaient été déployés ce mercredi à Washington. Pour l’occasion, le centre-ville de Washington DC avait été militarisé, le Capitole entouré de barrières et de barbelés et le National Mall, esplanade sur laquelle se rassemblement traditionnellement les milliers de spectateurs venus assister à la cérémonie, fermé au public. Un dispositif d’une ampleur inédite, conçu pour répondre à de multiples menaces. Outre la crainte d’un retour des partisans de Trump, quelques jours avant la cérémonie, des responsables de la Défense expliquaient ces derniers jours à l’agence Associated Press leur volonté de se préparer à l’hypothèse que des membres de la garde nationale ou des services de sécurité puissent perpétrer une attaque contre la cérémonie. Une anticipation qui a conduit le FBI à mettre en place une vérification des profils de l’ensemble des agents engagés dans le dispositif de sécurité. Finalement, la cérémonie s’est déroulée sans encombre à Washington.

De son côté, Donald Trump a refusé de participer à la cérémonie. Et si Joe Biden a voulu afficher dans son discours une prétendue victoire contre l’ancien Président, Trump a quant à lui insisté, lors de son dernier discours tenu dans le Maryland le même jour, sur le fait que : « notre mouvement ne fait que commencer ». Et de fait, en dépit des vœux pieux « d’unité » proférés par Biden, c’est bien les tendances à la polarisation sociale qui continueront de s’imposer dans un contexte de crise sociale, sanitaire et économique historique sur fond de profonde délégitimation des institutions du régime.

Comme le rappelle Jimena Vergara de Left Voice : « Les masses qui ont voté pour Biden ont l’illusion qu’il pourrait mettre en place les mesures progressistes portées par l’aile gauche du Parti démocrate, représentée par Bernie Sanders, et mettre fin aux violences racistes de la police. Or, le Parti démocrate dirigera l’exécutif et contrôlera les deux chambres au milieu d’une crise sociale et économique profonde, et les capitalistes espèrent que Biden appliquera les plans d’austérité pour que la crise soit payée par les travailleurs et les pauvres. En ce moment, les dirigeants des républicains et démocrates ainsi que les militaires sont unis contre Trump, parce qu’il menace d’arracher le masque fragile de la démocratie américaine. Mais c’est la peur qui les unit, pas l’amour. Et le gouvernement Biden devra gérer la crise de l’hégémonie américaine, respecter l’agenda de Wall Street, traiter avec la large base sociale trumpiste et avec les aspirations de ses propres électeurs. »

D’ores et déjà, l’annonce mardi par Anthony Blinken que Joe Biden reconnaîtra Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela et continuera la politique de sanctions rappelle que derrière les appels à la coopération, c’est évidemment la défense des intérêts impérialistes qui restera le centre de gravité de Biden. Et cette même logique heurtera rapidement de millions de travailleurs frappés par la crise. En ce sens, les travailleurs et la jeunesse vont devoir rapidement retrouver le chemin de la rue pour espérer construire une alternative qui refuse de se subordonner à l’impasse que constitue l’alternative réactionnaire du Parti démocrate et du Parti républicain.




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