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Offensive LGBTI-phobe

« Poison wokiste » : le RN lance un lobby anti-LGBT au Parlement

Le mois dernier, le parti de Marine Le Pen a créé une « association parlementaire transpartisane » contre le « wokisme » visant à systématiser les propositions de lois LGBTphobes. Une offensive réactionnaire qui s'appuie sur les jalons posés par le gouvernement.

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Mercredi 12 avril, une quarantaine de députés, sénateurs et eurodéputés du Rassemblement National ont acté la création d’une « association transpartisane » pour « agir sur le plan législatif » contre le « poison du wokisme ». Un véritable lobby anti-LGBT, initié par les députés RN Roger Chudeau et Philippe Olivier, et destiné à rassembler des élus d’extrême-droite et de droite. Deux élus Reconquête auraient déjà rejoint l’association.

Comme l’expliquait Roger Chudeau sur Twitter dès le 7 avril, l’objectif est de formuler des propositions de loi « contre les pires dérives du wokisme », « cette entreprise idéologique de déconstruction de notre civilisation » qui serait instiguée aux enfants à l’école par le biais d’une « propagande LGBT », notamment via l’écriture inclusive, les « réunions racialisées et genrées » ou encore la participation d’élèves trans aux compétitions sportives. L’association a également pour but d’organiser « des colloques et des tribunes » pour « alerter sur ce danger mortel pour notre civilisation ».

Le 21 avril, une première échéance de ce type était organisée par la Fondation Identité et Démocratie, le « think tank » du groupe parlementaire européen dont fait partie le RN. Devant des dizaines de militants et sympathisants RN, Jordan Bardella (président du RN), Olivier Vial (président de l’UNI) ou encore François Bousquet (rédacteur en chef de la revue d’extrême-droite Éléments) ont présenté leur croisade contre le wokisme - « ce mouvement qui nous entraîne dans une régression générale et civilisationnelle » - appelant à « mener ce combat pour la République ».

Un changement de ton et de priorités du RN

La création de cette association n’est pas surprenante, venant d’un parti qui porte la haine des LGBT dans son ADN, depuis les sorties de Jean-Marie Le Pen qui considère l’homosexualité comme une « anomalie biologique et sociale » jusqu’à l’opposition de Marine Le Pen à la PMA, en passant par son opposition au mariage homosexuel au nom de la lutte contre le prétendu « lobby LGBT ».

Seulement, dans son processus de « dédiabolisation », le RN avait mis en sourdine ses sorties les plus virulentes sur la question de l’identité de genre afin de se rendre plus respectable et, plus récemment, de se distinguer du parti de Zemmour, allant jusqu’à mettre en avant l’homosexualité de certaines de ses figures pour présenter un « nouveau visage » aux électeurs. À l’initiative de ce projet d’association parlementaire, Philippe Olivier, beau-frère et conseiller de Marine Le Pen connu pour avoir tenu des propos suprémacistes, est d’ailleurs un fervent défenseur de cette stratégie.

Si la création de cette association parlementaire ne marque pas de rupture sur le fond, il s’agit donc d’un changement de ton et de priorités du côté du RN. Après avoir été à la remorque dans la séquence des retraites, où le mouvement social l’avait balayé à l’arrière-plan, le parti de Le Pen fait le test d’une campagne offensive contre les droits des LGBT pour s’imposer sur le devant de la scène. Une tentative de s’adresser à la jeunesse d’extrême-droite qui, comme on l’a vu pendant les élections présidentielles avec le phénomène « Génération Z », tend à se montrer davantage séduite par la radicalité de Zemmour que par le parti lepéniste. L’opération consiste donc pour le RN à afficher un profil plus radical sans pour autant remettre en cause ses acquis sur le terrain institutionnel.

Le résultat de la politique du gouvernement

Pour assurer cet équilibre, le parti de Le Pen peut profiter des jalons posés par le gouvernement sur ce terrain. Celui-ci a lui-même « dédiabolisé » les thèmes de l’extrême-droite, à commencer par celui de « la lutte contre le wokisme ». Il y a plus de deux ans, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche ouvrait le bal en dénonçant « l’islamogauchisme qui grangrène nos universités », cherchant à assimiler les étudiants et les enseignants qui questionneraient le système d’exploitation et les oppressions à des terroristes. S’en sont suivies un certain nombre de polémiques, notamment sur l’usage de l’écriture inclusive ou sur les réunions en non mixité dans les campus.

Très vite, Blanquer déclinait cette politique au sein de l’Éducation nationale, à travers la création d’un « laboratoire de la république » pour « lutter contre le wokisme » - terme emprunté à l’extrême-droite américaine pour désigner la jeunesse féministe, antiraciste et écologiste. Quelques mois plus tard, il organisait un « colloque contre le wokisme » à l’université de la Sorbonne. Un discours qui s’est matérialisé par la loi séparatisme, ou encore par la circulaire Blanquer qui a conditionné le droit des élèves transgenres d’être reconnus comme tels à l’école à leur outing forcé auprès de leur parents.

Cette continuité n’empêche pas l’extrême-droite de formuler l’idée que le gouvernement de Macron serait complice d’un « lobby LGBT », qui menacerait l’intégrité physique et morale de la nation en mettant la main sur l’éducation des enfants. Pour l’extrême-droite, il s’agit de jouer la surenchère réactionnaire au Parlement et d’aller au bout des discours réactionnaires qui ont déjà cours.

Une campagne LGBT-phobe inspirée des campagnes de l’extrême-droite à l’international

Ce positionnement répond par ailleurs à l’offensive que mène l’extrême-droite à l’échelle international sur ce terrain. C’est le cas en Italie où la dénonciation du « lobby LGBT » a fait le succès de Meloni, ou en Espagne, où le parti d’extrême-droite Vox a profité du vote de la loi dite « trans » pour dénoncer « une augmentation alarmante de l’homosexualité et de la transexualité » due à « l’endroctrinement » que le gouvernement « impose aux mineurs ».

L’exemple le plus abouti de cette offensive est cependant sans aucun doute celui des États-Unis, où l’extrême-droite a fait de cette thématique son principal cheval de bataille. Si Biden a fait de la défense de nos droits la thématique principale de sa campagne, c’est sous son gouvernement qu’a été adoptée une série de lois LGBTphobes, centrées sur l’éducation : loi « Don’t Say Gay » en Floride ; interdiction des dragshows dans l’espace public dans certains États ; restrictions des droits des enfants transgenres au Kentucky ; et dernièrement, légalisation de facto de la possibilité d’exclure des élèves trans des compétitions sportives au niveau fédéral. Des attaques qui inspirent évidemment le parti de Marine Le Pen.

Dans la lutte pour nos droits, aucune confiance dans l’État et ses institutions

En France comme à l’international, ces politiques réactionnaires qui puisent dans le registre de la panique morale fonctionnent sur le complotisme et le déni total de réalité. Un simple regard à la situation réelle des LGBT à l’école dément tous les fantasmes de l’extrême-droite. En 2019, d’après SOS Homophobie, 18% des lycéens ou étudiants LGBT déclaraient avoir été insultés au cours des 12 deniers mois ; les signalements d’actes homophobes et transphobes en milieu scolaire avaient augmenté de 38%. Seuls 15 % des élèves en général et 20 % des collégiens bénéficient du nombre de séances d’éducation sexuelle prévu par la loi de 2001, raison pour laquelle trois associations ont récemment attaqué l’État en justice.

C’est dans ce contexte que, il y a peine quelques semaines, Lucas se suicidait suite au harcèlement homophobe dont il était victime dans son collège et du fait du manque de moyens pour y faire face. Avant lui, Fouad, Dinah, et d’autres jeunes anonymes ont connu le même drame. S’il existe un « danger mortel » à l’école, c’est bien celui de la haine anti-LGBT qui y prospère, et dont l’extrême-droite entend aujourd’hui faire une campagne officielle par le biais de son « association parlementaire ».

Pour lutter contre l’offensive LGBTphobe qui s’exprime au niveau international, émergeant de la crise du capitalisme et de la polarisation sociale qu’elle engendre, il est fondamental que le mouvement LGBT tire des bilans de la situation américaine : la défense de nos droits ne passera pas par des institutions taillées par et pour la classe dominante, qui les utilise comme promesses de campagne avant de nous les retirer quand cela n’est plus dans son intérêt. En France, nous n’avons rien à attendre d’un Parlement qui, après avoir entériné le passage en force d’une réforme rejetée par 94% de la population, sert aujourd’hui de tribune à l’extrême-droite et ses idées nauséabondes contre les LGBT et les immigrés. Partant de l’immense mouvement qui s’est déployé contre la réforme des retraite et son monde, questionnant le rôle des institutions bourgeoises, il est urgent de construire une réponse par en bas, la seule à même d’imposer une sortie progressiste et féministe à la crise.


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