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Mouvement des retraites

Plus de 50.000 manifestants à Toulouse, « on a de l’or dans les mains, maintenant il faut un plan de bataille »

Grande journée de mobilisation à Toulouse, qui rappelle celle du 5 décembre 2019 pour la précédente réforme des retraites. De nombreux secteurs du public comme du privé étaient en grève, il faut maintenant renforcer le rapport de force pour la construction d’une grève reconductible.

Joël Malo

19 janvier 2023

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Crédits photo : Dorian M

Dès le départ de la manifestation en ce matin du 19 janvier à Toulouse, le même sentiment domine que dans la plupart des autres lieux de manifestation, celui des marches qui marquent le début d’un grand mouvement. C’est en effet une véritable marée humaine qui s’est emparée des boulevards toulousains. La CGT a annoncé « plus de 50.000 manifestants », bien que de l’aveu de tous ceux qui ont participé aux deux, il est difficile d’affirmer que la manifestation d’aujourd’hui ait été plus petite que celle du 5 décembre 2019 contre la précédente réforme des retraites qui avait rassemblé autour de 100.000 personnes.

Santé, éducation, transports et aéronautique : de nombreux secteurs mobilisés

La colère contre la violente attaque anti-sociale du gouvernement a mobilisé dans de nombreux secteurs. Dans la santé, dans les transports (SNCF, Tisséo, RRT31), dans l’éducation, mais aussi dans des secteurs que l’on a moins l’habitude de voir dans les manifestations. Ainsi, bien que dispersés dans la manifestation, de nombreux salariés de l’aéronautique se sont mobilisés. Les ateliers de Latécoère ont ainsi connu une grève extraordinaire. En particulier, à Airbus, près de 5000 salariés se seraient mis en grève.

Mais cette réforme a aussi mobilisé dans des petites entreprises du bâtiment, secteur extrêmement usant et accidentogène où la réforme sera subie particulièrement brutalement par les travailleurs.

La jeunesse était également mobilisée. Très tôt ce matin, le lycée Saint-Sernin a été bloqué malgré l’envoi de policiers par le proviseur. Le cortège de jeunesse a également rassemblé des étudiants, notamment de l’université du Mirail.

La massivité du cortège exprime nettement le rejet de cette réforme par les travailleuses et les travailleurs. Dans de nombreuses entreprises, les informations qui remontent font mention de salariés qui font grève pour la première fois, déterminés à ne pas laisser passer cette énième attaque de Macron.

Ce phénomène est particulièrement visible avec les chiffres de mobilisation des plus petites villes de la région, où de mémoire de syndicaliste ou de journaliste on évoque partout des records. 12.000 personnes à Rodez (pour une ville de 26.000 habitants), « en 25 ans de présence », le journaliste de France Bleu, « n’a jamais vu ça », 15.000 à Albi, 10.000 à Foix, 6000 à Montauban, 5000 à Castres etc.

Pourtant, cette mobilisation massive de travailleurs qui ne font pas grève d’habitude ne s’est pas forcément traduite dans la manifestation toulousaine par des cortèges d’entreprise visibles. La manifestation était plutôt répartie en blocs syndicaux, chaque confédération essayant de construire son cortège. Au contraire, il serait intéressant que tous ceux qui ont à lutter ensemble, ont à convaincre les mêmes collègues des suites de la mobilisation, se mobilisent ensemble dans des cortèges inter-syndicaux d’entreprise. De tels cortèges donneraient à voir la massivité de la mobilisation dans certaines boîtes et travailleraient à unir, dans l’action, les travailleurs sur tous les lieux de travail.

« On a de l’or dans les mains », affirme ainsi Gaëtan Gracia, syndicaliste CGT aux Ateliers de la Haute-Garonne et militant à Révolution Permanente, « on a une intersyndicale unie, on a du monde dans la rue, on a des grèves, c’est un bon point de départ, maintenant qu’est-ce qu’on en fait ? »

Construire un plan de bataille à la hauteur de l’attaque de Macron

« Beaucoup de monde se pose la question de la suite » témoigne à notre micro, Patrick Brisset, secrétaire du syndicat CGT Airbus Toulouse, « pourtant quelque chose me dit que si on laisse faire les confédérations, on va au-devant d’une défaite ». Dans la manifestation, beaucoup de travailleuses et de travailleurs sont bien conscients que pour gagner face à Macron, il faudra plus qu’une journée de grève et surtout plusieurs journées d’affilée. Les grands mouvements nationaux de 2010, de 2016, de 2018, de 2019 nous l’ont bien montré, faire des journées saute-mouton espacées de deux ou trois semaines ne permettent pas de gagner. C’est ce qu’exprimait un syndicaliste de Tisséo ce matin : « il faut des mobilisations continuelles : un jour par-ci, un jour par-là, à part épuiser les gars on fera rien d’autre… Il faut monter crescendo jusqu’à arriver à arrêter toute l’économie ! »

Et justement les raffineurs proposent un plan de bataille qui consisterait à faire 24 heures de grève ce 19 janvier, puis 48 heures le 26 janvier avant de faire 72 heures de grève le 6 février et de chercher à partir en grève reconductible. « L’intersyndicale doit suivre ce plan ! » insiste Gaëtan Gracia, « interpellez vos directions de fédération, vos confédérations, l’intersyndicale ne doit pas faire des temps forts isolés de deux ou trois semaines ! »

Cette proposition de plan de bataille des raffineurs devraient être discutée dans tous les secteurs, entre tous les salariés, dans des assemblées générales.

Cela a notamment été le cas dans une Assemblée générale inter-établissements de l’Éducation Nationale. Celle-ci s’est tenue à 15 heures, à la Bourse du Travail et les profs et personnes de l’Éducation Nationale ont discuté des modalités pour durcir le rapport de force. A notamment été adopté le fait de pousser à ce que l’intersyndicale rejoigne le plan des raffineurs.

A Toulouse, comme ailleurs, les manifestations ont été absolument massives. Il est plus qu’urgent que les salariés construisent des assemblées pour discuter des suites du mouvement, pour trouver les moyens de convaincre leurs collègues hésitants, pour remplir des caisses de grève à même de permettre de tenir sur la durée et que l’intersyndicale appelle à rallier le plan des raffineurs. « Il faudrait que les salariés débordent tout le monde, bouscule les syndicats » estime Patrick Brisset, de la CGT Airbus. Une chose est sûre, nous avons la possibilité de défaire Macron et sa réforme !


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