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Jeunesse

Le "Grand 8" ou l'hypocrisie d'une "journée d'accueil"

Paris VIII : Les étudiant-e-s de Sciences Politiques manifestent dans l’université

vendredi 9 octobre 2015

Correspondants

Alors que Paris VIII s’apprêtait à donner cours au “Grand 8”, sa fête de rentrée et “d’accueil”, des étudiant-e-s du département ?de sciences politiques se sont saisis de cette occasion pour se faire entendre. Banderoles, mégaphones, tracts à la main, ils et elles ont manifesté entre les bâtiments et les stands recouvrant l’université, agglomérant rapidement une centaine d’étudiant-e-s qui marchaient avec eux et elles. Manifestation qui s’est terminée à l’estrade du concert de HK, où la nécessité d’une université ouverte à toutes et tous et d’une mobilisation à échelle nationale, a été réaffirmée, embrayée ensuite naturellement par les notes des indignés de HK et les Saltimbanques,appuyant la mobilisation naissante.

De l’Assemblée Générale à la manifestation

Après s’être réunis en Assemblée Générale,les étudiant-e-s de Sciences Politiques ont décidé de faire une manifestation à l’occasion de l’ouverture du « Grand 8 ». Leur objectif ? Se faire entendre. Par l’ensemble de la communauté universitaire, et surtout la Présidente, qui devait faire l’ouverture de cette fête de rentrée par un discours.

Interviewé-e-s par Révolution Permanente, quelques étudiant-e-s nous ont parlé de leur initiative et de leurs revendications :“Après l’AG de mardi on s’est dit que les problèmes ce n’était pas que pour les ? étudiant-e-s en Sciences Politiques. Il fallait généraliser, et c’était même toute la fac Paris 8”, expliquait une étudiante en L2.“Même tout l’enseignement supérieur et la recherche”,s’apprêtait à compléter son camarade de classe.“On est là pour faire entendre nos revendications”.Concluait, d’un air décidé, une dernière étudiante.{}

Le « Grand 8 » ayant ouvert ses portes le matin même, les étudiant-e-s nous ont fait part du choix particulier de ce jour :“c’est le moment où on a la meilleure visibilité auprès de la présidence comme du public extérieur. Notamment tous les partenaires de l’université qui sont tous représentés ici. C’est aujourd’hui ou jamais pour se faire entendre”,s’exclamait un des étudiant-e-s.{}Les critiques, par ailleurs, ne se sont pas faites attendre sur le « Grand 8 » :« C’est surtout un cache-misère. Là on montre les bons côtés et nous on a le droit de montrer aussi les mauvais côtés, c’est aussi ce qui se passe dans la fac ».« J’espère qu’elle puisse faire son discours pour qu’elle puisse entendre nos revendications”, ajoutait une étudiante, consciente de la nécessité de l’interpellation, et s’anticipant aussi au déroulement des ?événements.

Non, la présidente n’est finalement pas venue. Mais cette absence, toute aussi dommage que révélatrice n’a pas du tout empêché aux étudiant-e-s de mener leur action jusqu’au bout.

Le Grand cri

Depuis quelques jours, rhabillée, maquillée, on ne voyait que des affiches bleu/violettes à Paris VIII. Des flyers distribués tous les jours s’empilaient sur les stands, par terre, partout. La fête s’annonçait. Mais pour qui ?

Le rendez-vous était à 15h. Une vingtaine d’étudiant-e-s, au début, puis une trentaine, sortaient leur matériel : « Univ’Paris 8- Refugees Welcome », la banderole qui avait accompagnée le cortège de Paris VIII lors de la manifestation en soutien aux migrant-e-s de dimanche dernier était au rendez-vous.Car si le combat revendique de meilleures conditions d’études et de travail, il ne s’arrête pas là. C’est bel et bien pour tout le monde que ces conditions sont défendues, et notamment les migrant-e-s qui ont fait la une des médias ces derniers temps. Une université ouverte à toutes et à tous, y compris étranger-e-s, y compris sans-papiers.

Une deuxième banderole devait synthétiser les revendications discutées en AG. Budget, transparence, délocalisation, ouverture, mobilisation : « Paris 8 mobilisée : plus de moyens (pour étudier) » a ainsi ouvert le cortège du groupe d’étudiant-e-s qui dépassait déjà la soixantaine.

« On veut du fric pour étudier et pas pour nous fliquer »

Mégaphone à la main,ce slogan{}répondait à l’établissement permanent de contrôles de cartes à l’entrée de l’université dans la suite duplan vigipirate post-Charlie Hebdo, qui a coûté pas moinsde800 000 euros à l’université, et qui continue d’être maintenu à Paris VIII à différence du reste des universités et alors qu’il n’est plus obligatoire. Mais la présidente s’est saisie de cette opportunité pour mettre en place ce contrôle dont elle rêvait depuis un moment déjà.Les vigiles, présents quotidiennement depuis un an, étaient en ce jour aux abonnés absents, montrant ainsi une université ouverte…à tous ces partenaires privés !

 ?Le cortège grandissait, soixante-dix, quatre-vingt, passaient maintenant entre les stands aux cris de« Fac ouverte aux enfants d’immigré-e-s et fac fermée aux intérêts privés », faisant une pause bien opportune à côté du stand de la Caisse d’Épargne. Le stand le plus grand du « Grand 8 », la plus grande hypocrisie aussi. Ils et elles étaient une centaine maintenant à traverser les bâtiments A, B, C, en direction de l’esplanade où allait se tenir le concert de HK. Les slogans réussissaient à s’imposer malgré les essais musicaux qui résonnaient. Tartakowski, la présidente et plus grande absente, ne l’a pourtant pas été dans les slogans.« Paris 8 en colère, on ne va pas se laisser faire »,« Transparence financière, au sein de Paris VIII »,"Tarta, Tarta, la fac n’est pas à toi, le budget, à nous de ’décider"et« ce n’est qu’un début, le combat continue »sont, sans le moindre doute, parvenus jusqu’à ses locaux dorés.

Regroupé-e-s à l’esplanade, accordé-e-s par leur voix, regards déterminés et sourire aux lèvres, c’est fier-e-s de ce qu’ils et elles venaient d’accomplir qu’ils et elles ont laissé la parole à un étudiant en Licence 2 qui rappelait les raisons de leur mobilisation ainsi que leurs revendications : « Parce qu’on nous promet la précarité et le chômage, aujourd’hui on revendique l’embauche et la titularisation de profs et de personnels et la construction urgente de salles ». Une mobilisation, qui ne peut par ailleurs se comprendre sans continuité et dans un cadre bien plus large que celui de Paris VIII : « Ce problème il est national, depuis les réformes sous Sarkozy et continuées sous Hollande, le budget de l’université ne fait que diminuer et nos conditions d’études, elles, se dégradent. Et c’est pour ça que vendredi 16, nous allons tou-te-s manifester avec toutes les facs de région parisienne ».

Les applaudissements du public sont venus se joindre à la centaine de manifestant-e-s. Et lorsque l’esplanade commençait à être bien remplie, et le concert sur le point de commencer, c’est une étudiante qui monta sur l’estrade, prit le micro, et interpella une dernière fois la foule pour rappeler que cette université devait être « ouverte à tous et à toutes, pour les étrangers, pour les sans papiers, pour les travailleurs, pour tout le monde ».Et les rendez-vous :« On vous attend tous à l’amphithéâtre X, jeudi 15 octobre à 12h et pour la manifestation du 16 octobre où il y aura tout l’enseignement supérieur ». À vos agendas, donc. "Ce n’est qu’un début, le combat continue".



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