^

Jeunesse

Étudiants réfugiés d'Ukraine

Paris 8 ouvre enfin des inscriptions aux réfugiés mais les modalités d’admission restent obscures

Suite à deux mois de mobilisation de plus d'une centaine d’étudiant.e.s réfugié.e.s de la guerre en Ukraine et de collectifs, parmi lesquels Le Poing Levé, l’Université Paris 8 a enfin accepté d’inscrire plusieurs dizaines de réfugiés. Cependant, elle maintient une opacité totale sur les critères d'admissions, et même sur le nombre exact d'étudiants inscrits. Un court retour sur le déroulé des événements.

samedi 28 mai

Suite à la mobilisation de plus d’une centaine d’étudiant.e.s réfugié.e.s de la guerre en Ukraine et de collectifs l’Université Paris 8 a inscrit quelques dizaines d’entre eux pour la fin d’année 2021-2022, leur délivrant ainsi un certificat de scolarité qu’ils peuvent présenter à la Préfecture pour espérer être régularisés. Cette avancée s’inscrit dans une série de victoires arrachées dans d’autres universités comme à Bordeaux Montaigne, Sorbonne Université et Aix-Marseille., toutes obtenues par la pression que la mobilisation a exercé sur les présidences d’Université. A Paris 8, le bras de fer a été particulièrement long pour arracher cette première concession.

Dès le 25 mars en effet, nos élus du Poing Levé ont proposé une motion en Commission de Formation et de Vie Étudiante (CFVU) visant à garantir l’inscription de tout.e.s les étudiant.e.s réfugié.e.s, sans distinction de nationalité. La majorité de la commission a rejeté la motion, invoquant le fait qu’elle ne pourrait pas garantir leur inscription car elle n’aurait pas une capacité d’accueil suffisante et que le problème serait d’ordre national, dépassant le cadre de la commission. De cette manière, la présidence refusait d’apporter un réel soutien aux étudiant.e.s réfugié.e.s.

Le 6 avril, une trentaine d’étudiant.e.s réfugié.e.s se réunissaient avec des militants du Poing Levé et des avocates du comité juridique de Révolution Permanente, dans le but de s’informer sur leurs droits. La discussion a débouché sur un plan d’action pour obtenir l’inscription et la régularisation de tou.te.s les étudiant.e.s réfugié.e.s, face à des institutions qui organisaient jusqu’alors un tri raciste. L’Union Européenne et le gouvernement français avaient en effet refusé d’accorder la protection temporaire aux réfugiés n’ayant pas la nationalité ukrainienne et les universités ne donnaient aucune suite quant à leur demande d’inscription. Or, dans ce combat, la première étape était l’obtention de leur inscription dans une université, pour pouvoir justifier de leur présence sur le territoire français et ainsi empêcher les risques d’expulsion.

La semaine d’après, 150 étudiants réfugiés et étudiants de Paris 8 se réunissaient en Assemblée Générale pour organiser la lutte. Les prises de parole ont alors pointé la responsabilité de la présidence et exigé leur inscription. L’Assemblée Générale s’est ensuite rendue devant les bureaux de la présidence pour exiger de la voir et a obtenu un rendez-vous plus tard dans la journée. La présidence s’est alors déresponsabilisée, expliquant à la délégation que la situation n’était pas de son ressort et que les directives venaient du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Enseignement supérieur.

Le 13 avril, la présidence de l’université d’Aix-Marseille prenait pourtant position pour l’inscription de tous les étudiants sans distinction de nationalité, suite à un article paru sur Révolution permanente qui dénonçait le tri des demandes d’inscriptions organisé par l’Université. Le 14 avril, près de 600 personnes se sont réunies au Panthéon en solidarité avec les étudiant.e.s réfugié.e.s d’Ukraine, dénonçant le tri raciste opéré aux portes des universités. Le lendemain, nos camarades du Poing Levé de l’université Paris-Cité proposaient une motion au Conseil d’Administration pour l’inscription de tou.te.s les réfugié.e.s sans condition de nationalité, qui fut acceptée. Une semaine plus tard, l’université Paris Sorbonne cédait également et acceptait d’inscrire sans condition de nationalité une quinzaine d’étudiant.e.s réfugié.e.s. À l’université Bordeaux Montaigne, grâce à la mobilisation du Poing Levé, la présidence a également ouvert entre 100 et 150 inscriptions administratives.

Pourtant, à Paris 8, la présidence a continué de faire la sourde oreille et est passée à l’offensive, allant même jusqu’à accuser en CFVU les étudiants du Poing Levé « d’instrumentaliser trois réfugiés trouvés dans le couloir » et refusant à nouveau de voter une motion s’engageant à les inscrire. Idem en Conseil d’Administration : alors même qu’un étudiant réfugié a pu prendre la parole pour expliquer la situation des réfugié.e.s, les élu.e.s présent.e.s ont majoritairement refusé de prendre position pour leur inscription.

Ce n’est que cette semaine que nous avons appris par l’intermédiaire de réfugié.e.s que l’université avait ouvert quelques dizaines d’inscriptions pour les étudiant.e.s réfugié.e.s. Or, alors même que c’est Le Poing Levé qui a organisé la mobilisation depuis le début et accompagné les étudiant.e.s réfugié.e.s dans leurs démarches, la présidence a visiblement oublié de nous informer de la mise en place de ce dispositif d’inscription, de ses modalités et critères, et refuse de nous accorder tout rendez-vous. Une attitude scandaleuse.

Nous exigeons donc de la présidence qu’elle fasse la transparence sur les critères d’admission pour les étudiant.e.s réfugié.e.s dans ce dispositif. En outre, nous exigeons davantage d’inscriptions. À Bordeaux-Montaigne, ce sont entre 100 et 150 étudiant.e.s qui vont être inscrit.e.s, et à Aix-Marseille, plus d’une centaine également. Dans ces deux Universités, Le Poing Levé et les syndicats mobilisés ont été associés et ont un droit de regard sur l’évolution de la situation des étudiants. À Paris 8, la présidence espère peut-être produire un effet amnésique avec cette gestion opaque. Peut-être espère elle faire croire que la mobilisation n’a rien à voir avec sa décision.



Mots-clés

Guerre en Ukraine   /    Etudiants étrangers   /    Etudiants    /    Paris 8   /    Ukraine   /    Université   /    Réfugiés   /    Jeunesse