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« On se bat pour éviter un scénario AZF » : grève massive à la raffinerie de Normandie

Depuis l’annonce mardi 14 septembre par Total de la cession d’une unité de production d’hydrogène de la raffinerie de Normandie à l’entreprise Air Liquide, les raffineurs du Havre sont en grève massive. Ils dénoncent les dégradations à venir de leurs conditions et travail et des risques industriels supplémentaires en raison d’atteinte aux protocoles de sécurité. Si la grève est interrompue cette semaine, les raffineurs sont prêts à durcir le mouvement à partir de vendredi.

lundi 20 septembre

Les travailleurs de la Raffinerie de Normandie, plus grosse raffinerie française exploitée par Total, ont entamé depuis mardi 14 septembre une grève massive avec un taux de grévistes de 80% sur l’ensemble de l’installation et de 88% chez les raffineurs. Ils s’opposent à la vente par Total d’une unité de production d’hydrogène de la raffinerie à l’entreprise Air Liquide. Cette vente se fait sous le prétexte de l’installation par Air Liquide d’un système de capture du CO2 émis par l’unité de production.

« On se bat pour éviter un scénario type AZF ! »

Si les raffineurs sont tout à fait favorables à l’installation de technologies de capture de CO2 permettant de réduire l’impact environnemental de l’installation, cette vente représente une atteinte importante à la sécurité des travailleurs et des riverains. « Le sujet de fond c’est l’exploitation du SMR [unité de production d’hydrogène] par Air Liquide dans des conditions de sécurité aujourd’hui qui nous laissent entendre qu’il va y avoir une dégradation. » explique Alexis Antonioli, secrétaire CGT sur la raffinerie. Alors que l’installation est aujourd’hui surveillée en 3x8 par une équipe de travailleurs formés et expérimentés, le projet prévoit qu’elle ne sera plus visitée qu’une fois par jours lors d’une tournée d’une heure trente.

Air Liquide prévoit en effet d’optimiser ses coûts en automatisant au maximum l’installation et en la surveillant à distance, au détriment de la rapidité et de la qualité d’intervention en cas de problème., preuve que la sécurité n’est absolument pas sa priorité. De plus, l’accord avec Air Liquide ne prévoit aucun engagement de l’entreprise sur le sujet de la maintenance de l’installation.

Les salariés en grève pointent également les baisses d’effectifs qu’ils subissent continuellement. Alors que le site, composé de deux unités de production, compte au total 1530 travailleurs aujourd’hui, il en comptait 1800 il y a vingt ans. Ces baisses d’effectifs, réalisées dans la même logique que celle de l’opération en cours, ont conduit à une détérioration des conditions de travail et une augmentation inévitable des risques. Un raffineur affirmait ainsi « On se bat pour éviter un scénario type AZF ! »

Réunis en AG lundi 20 septembre, les travailleurs ont décidé de lever la grève en attendant les résultats des négociations du CSE qui auront lieu vendredi. Loin d’être un signe d’essoufflement du mouvement (les grévistes étaient toujours aussi nombreux lundi), cette stratégie est, selon Alexis Antonioli une manière de « ne pas donner l’opportunité à Total de laisser pourrir le mouvement. » Mais ils sont prêts à durcir le mouvement s’ils restent sans réponse claire de la part de leur direction vendredi. Ils exigent l’abandon de l’accord de cession de l’installation à Air Liquide tout en réclamant la mise en place d’appareils de capture de CO2 sur le site.

Les travailleurs dénoncent le hold-up et le greenwashing d’Air Liquide

Outre la politique de Total, les travailleurs dénoncent par ailleurs le « hold up » d’Air Liquide, qui cherche à obtenir un monopole sur la production d’hydrogène avec un parc de quelques 200 unités de productions et une politique agressive de rachat se faisant systématiquement aux dépens des conditions de travail. Présenté par les capitalistes comme l’avenir de l’énergie propre, l’hydrogène est un marché en pleine expansion qui permet également aux entreprises de se parer d’un vernis écolo.

Comme à Grandpuits, les entreprises se cachent derrière le greenwashing pour s’attaquer toujours plus aux conditions de travail et aux emplois, augmentant la pénibilité et les risques pour les travailleurs, mais également les risques de catastrophes industrielles menaçant les riverains et l’environnement. En refusant ces dégradations, les raffineurs du Havre se mobilisent non seulement pour leurs propres conditions de travail mais également pour la sécurité des installations et la protection de l’environnement et des populations locales. Solidarité avec les raffineurs de Normandie !




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