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Politique

Crise sanitaire

Omicron. Les États capitalistes nous mènent dans le mur, la nécessité d’une stratégie décidée par en bas

Alors que le variant Omicron se propage à vitesse grand V dans toute l’Europe, le gouvernement persiste dans sa gestion erratique de la crise. Il faut un programme sanitaire d’urgence, un programme qui soit porté par les travailleurs à la base !

mercredi 22 décembre 2021

À travers toute l’Europe, c’est le même constat : le variant Omicron se propage à vitesse grand V, supplantant rapidement le variant Delta, et ce à l’approche des fêtes de fin d’année. Le variant Omicron est présent dans 89 pays, et représentait 73,2% des nouvelles infections aux États-Unis la semaine dernière. Au Royaume-Uni, l’épidémie pourrait entraîner 6000 morts et plus de deux millions de cas par jour avant janvier. Et pour cause : le variant Omicron est beaucoup plus contagieux que le variant Delta, qui était déjà 80% plus contagieux que le variant Alpha : selon Santé Publique France, le nombre de cas d’Omicron doublerait ainsi en 3,4 jours contre 5 jours pour le variant Delta et 16 jours pour la souche originelle du Covid.

Face à cette propagation sans précédent, les gouvernements européens adoptent des stratégies différentiées. Certains réenclenchent des mesures de restriction de liberté remettant au gout du jour confinement et couvre-feu, les combinant à un renforcement de l’autoritarisme sanitaire. En Catalogne, le couvre-feu est de retour, quand en Italie, le pass sanitaire est obligatoire même au travail. En Autriche, le confinement qui était de mise entre le 22 novembre et le 12 décembre se poursuit pour les non-vaccinés et en Allemagne, le gouvernement durcit les restrictions à partir du 29 décembre. Au Pays-Bas, le gouvernement a instauré un confinement pour la période des fêtes et en République tchèque, seules les personnes vaccinées ou guéries du Covid ont accès aux restaurants, aux hôtels etc.

En France, la situation s’empire quotidiennement pour une moyenne de 52 904 cas et 149 morts en moyenne chaque jour. Ce mercredi, Gabriel Attal annonçait à la sortie du conseil des ministres : « plus d’une personne sur 200 est désormais contaminée chaque semaine » en France quand le matin même, Olivier Véran expliquait sur RMC : « on atteindra les 100 000 contaminations par jour d’ici à la fin du mois de décembre ». Plus inquiétant encore, Gabriel Attal indiquait ce mardi soir que le variant Omicron représentait 20% des cas en France. Interrogé par FranceInfo, Guillaume Rozier, l’ingénieur fondateur du site CovidTracker expliquait qu’« il est probable qu’Omicron soit déjà majoritaire en Île-de-France, notamment à Paris ».

La politique du MEDEF nous mène droit au mur

Alors que la courbe des contaminations de la 5ème vague semblait arriver sur un plateau, l’arrivée du variant Omicron et la possibilité qu’il remplace le variant Delta menacent ainsi de relancer l’évolution du taux d’incidence. Mais pour le gouvernement, hors de question d’adopter une stratégie à la hauteur de la situation ; l’heure est plutôt à la stigmatisation des non-vaccinés. Ainsi, la transformation du pass sanitaire en pass vaccinal annoncée par le gouvernement s’inscrit parfaitement dans la gestion autoritaire de la crise sanitaire par le gouvernement, qui - sans que cela étonne outre-mesure - cherche à imposer la vaccination par la contrainte plutôt que par la pédagogie.

Dans le même temps, Blanquer continue d’écarter systématiquement tout report de la rentrée scolaire et fait tout pour les maintenir ouvertes afin d’assurer leur rôle de garderie du MEDEF. Le gouvernement persiste et refuse de rendre gratuits les tests, et ce même à l’approche des fêtes, alors que les brassages vont être à leur plus haut point. Et ne parlons même pas de distributions de masques FFP2 gratuits ou d’installation de capteurs de CO2 dans les lieux publics fermés. En définitive, le gouvernement bien qu’il se voit obligé de prendre acte de l’évolution extrêmement préoccupante de l’épidémie maintient sa stratégie : faire le pari que sa campagne de rappel vaccinal sera plus rapide que l’évolution de l’épidémie.

Cette stratégie fait le pari que l’on pourra éviter d’user de mesures de restrictions des libertés extrêmement impopulaires à quelques mois de la présidentielle, tout en maintenant à tout prix l’activité économique dans le pays ainsi que la reprise fragile. Dans le même temps, il s’agit aussi de maintenir à un niveau acceptable la tension sur le système hospitalier et le nombre de morts journalier à un niveau suffisamment acceptable, à savoir éviter un débordement des hôpitaux qui lui serait largement préjudiciable politiquement.

Cette stratégie a pour corollaire une situation "sur le fil" au niveau des hôpitaux, qui se retrouvent au bord de la saturation. Jean-François Timsit, chef du service de réanimation médicale et infectieuse de l’hôpital Bichat à Paris, expliquait ainsi sur Europe 1 : « le nombre de lits disponibles, c’est zéro ou un, avec environ un tiers de patients atteints du Covid et deux tiers à d’autres maladies ». En Corse, où l’hôpital d’Ajaccio manque de volontaires pour les heures supplémentaires, Marie-Antoinette Bruni, représentante CFDT, témoigne sur Corsematin : « si nous manquons de volontaires pour les heures supplémentaires, et ce, malgré leur majoration, c’est tout simplement parce que les soignants n’en peuvent plus. Le personnel hospitalier a besoin de repos. » Avec la vague Omicron, cette situation ne risque pas de s’améliorer, et le directeur de l’APHP, Martin Hirsch, ancien soutien de Macron, expliquait ainsi ce mercredi sur Franceinfo : « avec l’arrivée d’Omicron, nos voisins européens ont une augmentation de près de 25% des arrêts maladie » parmi le personnel hospitalier. Face à la propagation terrifiante d’Omicron, la tension va s’accroître sur le système hospitalier, mettant à nu les failles de l’hôpital public déjà visibles depuis le début de la crise.

Pour un programme sanitaire qui mette l’auto-organisation au coeur de sa stratégie

De fait, la situation actuelle est la conséquence de décennies de politiques néolibérales de casse du service public. La logique générale du fonctionnement du capitaliste, son intolérance au stock et le privilège qu’il accorde aux flux, accordés avec une austérité imposée à l’hôpital public, ont fait apparaître les énormes fragilités de la société.

C’est pour cette raison que nous n’avons rien à attendre du gouvernement et de ses politiques qui placent les profits du MEDEF avant nos vies. Il s’agit tout d’abord de continuer à avancer des revendications d’urgence, telles que la gratuité des tests et des masques, une mesure essentielle pour appliquer une stratégie de prévention à la hauteur. Mais alors que le variant Omicron actualise la possibilité de millions de morts à l’échelle mondiale, il s’agit de mettre un plan sanitaire bien plus à la hauteur des enjeux.

Un plan sanitaire qui place l’auto-organisation en son coeur et porte des revendications par le bas et de ne rien attendre de ceux qui nous ont condamné à la situation actuelle, le gouvernement et le MEDEF. Le début du premier confinement avait été l’occasion, dans certaines usines, d’avancer des revendications ouvrières consistant à réorienter la production vers les matériels nécessaires au secteur de la santé. En Argentine, des usines sous contrôle ouvrier avaient ainsi pu produire du gel hydro-alcoolique et des masques. Aujourd’hui, ces revendications de solidarité doivent revenir à l’ordre du jour : il s’agit de construire des comités à la base dans les entreprises, dans les usines, dans les écoles et sur tous les lieux de travail pour mettre en oeuvre des protocoles sanitaires pensés à la base pour répondre à l’urgence. De tels cadres permettraient de remettre au coeur ceux qui sont les seuls à même de pouvoir répondre à cette situation d’urgence, les travailleurs en lien avec les personnels hospitaliers, ceux qui sont en première et deuxième lignes de la crise.

Pour mettre en oeuvre un tel plan, il s’agit pour les organisations syndicales de s’en emparer et d’organiser le travail de manière rationnelle en mettant la gestion de la crise sanitaire sous contrôle des travailleurs et des travailleuses de la santé, de l’éducation et des transports, qui, seuls, savent les mesures à prendre pour endiguer la pandémie. Un tel plan nécessiterait de remettre sur la table le nécessaire dialogue vis à vis de la population pour convaincre et ne surtout pas contraindre de la vaccination. Il pourrait également porter la nécessité de gestes barrières ou du télétravail, mais en en décidant de leurs nécessités à la base, quand cela devient urgent. Nous n’avons rien à attendre du gouvernement et avec l’arrivée d’Omicron, il est temps de reprendre nos affaires en main si l’on veut que la crise s’arrête un jour.



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