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Du Pain et des Roses

Féminisme

Notre cri de ralliement le 8 mars : l’État est responsable !

Les violences et l'impunité policière, la complicité de la justice patriarcale, les affaires de viols et d'agression qui concernent jusqu'aux plus hautes sphères du gouvernement, la précarité grandissante, sont venues démontrer que l’État, farouchement au service des patrons, n'est pas notre allié dans la lutte pour l'émancipation des femmes. Au contraire : l’État est responsable !

jeudi 25 février

Dessin : Jessica Flores

« Qui nous protège de la police ? » est un slogan qui a fleuri dans les manifestations pour dénoncer les violences policières. « Ça crève les yeux » répondent en chœur les manifestants depuis le mouvement des gilets jaunes. Si les forces de police « crèvent les yeux », ce sont aussi elles qui ont réprimé la manifestation féministe du 7 mars 2020 à l’occasion de la journée internationale pour la lutte des droits des femmes. « On se lève et on se casse » criaient les féministes dans la rue galvanisées par l’acte d’Adèle Haenel contre la nomination de Roman Polanski.

Cette année les féministes se mobilisent afin d’obtenir « Justice pour Julie », une jeune femme aujourd’hui âgée de 25 ans qui a été violée par 22 pompiers entre ses 13 ans et ses 15 ans. Cette affaire symbolise de bout en bout la violence patriarcale des institutions judiciaires et policières. Le policier de la brigade des mineurs demande à Julie, âgée de 15 ans, lors de sa première audition : « Pourquoi tu ne lui as pas dit non ? ». L’expert psychiatrique, Paul Bensussan, déclare lui de son côté que : « Le concept d’état de stress post-traumatique est né de la psychiatrie de guerre et des victimes de catastrophes : il semble donc assez mal adapté à la notion exacte d’acte sexuel imposé par un individu jusqu’ici familier, alors qu’on pourrait l’observer dans le cas d’un viol par un inconnu ». Cet expert psychiatrique qui nie donc les conséquences psychotraumatiques d’un viol a été nommé par le procureur de la République.

La nomination au gouvernement de Dupont-Moretti, connu pour avoir notamment été l’avocat de George Tron, ancien secrétaire d’État poursuivi pour viol et agressions sexuelles, ainsi que celle de Gérarld Darmanin poursuivi devant la justice pour viol, sont venues réveiller une nouvelle fois la colère des féministes courant 2020. « Un violeur à l’intérieur, un complice à la justice » ont ainsi résumé les manifestantes.

Dans le même temps, c’est ce même État qui favorise l’accès au vaccin à certains privilégiés qui hier dirigeaient le pays tandis que des soignants ou des personnels de l’éducation n’y ont toujours pas accès. Le même État qui côtoie l’association « le Siècle » réunissant hauts fonctionnaires et grands patrons, mise en lumière par l’affaire Olivier Duhamel, ex-président de l’association en question, accusé d’inceste.

Tous ces faits politiques mis bout à bout prouvent que le problème de l’État ne réside pas dans son incapacité ou son inaction face aux violences faites aux femmes, mais révèle plutôt qu’il défend et soutient certains intérêts. En réalité, au quotidien, l’État capitaliste et patriarcal cherche à s’accorder le monopole de la résolution des violences sexistes et sexuelles, en y étant parfaitement incapable. Il s’appuie ainsi sur les institutions judiciaires, policières, politiques pour défendre et maintenir les intérêts d’une poignée de privilégiés, de la bourgeoisie et du patronat. Dans le même sens, le, fémonationalisme, c’est à dire l’instrumentalisation des questions féministes à des fins racistes, permet au gouvernement d’avancer sur son propre agenda raciste et sécuritaire qui cible les personnes musulmanes ou assimilées comme tel.

La violence contre les femmes, les LGBTI et les enfants est la norme dans cette société

La répression des luttes de ces dernières années ou encore le mouvement contre les violences policières et les crimes racistes sont venus questionner le rôle de la police dans la société. Cela a dévoilé que, contrairement à la communication à outrance du duo Darmanin-Schiappa, la tâche principale de la police n’est pas de protéger la population des vols à l’arrachée. Leur tâche principale est de défendre la propriété privée des entreprises et des usines comme Total ou des chaînes hôtelières comme Ibis, contre celles et ceux qui sont privés de toute propriété, n’ont que leur force de travail pour gagner leur vie, et qui, dans les crises économiques comme celle que nous traversons, sont poussés à se mettre en grève, bloquer leur usine, pour défendre leur existence et celle de leurs familles.

Si la « violence contre la propriété privée », les grèves, les occupations d’usine apparaissent comme une anomalie et une violation de l’ordre social, la violence contre les femmes est un élément constitutif de ce même ordre. Il s’agit d’une violence naturalisée, banalisée et intégrée dans les normes socioculturelles qui établissent comment les femmes et les hommes doivent être et se comporter (et quelle serait la « juste punition » pour celles et ceux qui osent défier ces stéréotypes).

Pour cette raison, les féminicides qui provoquent l’indignation de la grande majorité de la société sont le dernier maillon mortel d’une longue chaîne de violences moins remarquées, parce qu’elles font partie de ce qui est normalisé, quotidien, invisible et qui inclut le fait de ridiculiser et dévaluer les femmes, leurs propos, le contrôle de leurs comportements, l’intimidation, la condamnation de leur sexualité et des comportements qui ne sont pas conformes à l’hétéro-normativité, la dévalorisation des corps qui ne correspondent pas aux modèles de beauté, etc. Des violences aux milles visages qui commencent à s’exercer dès l’enfance et au sein même de la famille comme l’a révélé le hashtag #MetooInceste. Ces violences se poursuivent ensuite tout au long de la vie et sont aussi les inégalités légales et juridiques, les inégalités de salaire, de travail et d’éducation, la féminisation croissante de la pauvreté, l’énorme augmentation de la précarité du travail et de la vie quotidienne des femmes, etc.

Le même État qui est responsable de ne pas répondre aux dénonciations des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes dans tous les aspects de leur vie, est responsable de ne pas réquisitionner des logements vides pour assurer des abris sûrs pour les victimes de violences, de ne pas mettre en place toutes les mesures nécessaires pour la protection des victimes et leur garantir une vie digne. Au contraire, l’État re-victimise et inflige des violences supplémentaires aux femmes avec des parcours et des décisions judiciaires entachées de préjugés patriarcaux. De la même manière, en plongeant l’immense majorité des femmes dans la précarité et la pauvreté, il légitime, garantit, reproduit l’inégalité des femmes face à la vie.

Plus encore, ce même État qui a renfloué les capitalistes pour les aider à surmonter la crise sanitaire et économique, est responsable du fait que les plus grands efforts pour subvenir aux besoins des enfants et à leurs familles incombent aux femmes travailleuses. Il est responsable d’avoir précarisé et isolé la majorité des femmes et des jeunes femmes, des personnes LGBTI, confrontées à la baisse ou la perte de leur revenu, ou encore à l’augmentation du coût du panier alimentaire. A ce titre, parmi les deux millions de bénéficiaires de l’aide alimentaire en plus depuis le début de l’année 2021, 70% sont des femmes. 

Un État qui nous demande également de « prendre soin de nous » pour éviter les contagions, dans des villes, des quartiers, où les habitats sont précaires, où les transports sont surchargés, tout en envoyant des infirmières et des enseignantes travailler sans les conditions adéquates, ni vaccination assurée.

Notre cri de ralliement : l’État est responsable !

A chaque scandale qui éclate, comme sur les violence sexistes ou sexuelle, ou bien la crise de l’hôpital public ou de l’éducation nationale, les initiatives du gouvernement sont d’organiser des grenelles, de mettre en place plus de mesures répressives, policières, ou encore de passer en force des projets de lois sécuritaires, réactionnaires et islamophobes.

Du côté des violences sexistes et incestueuses, la réponse du gouvernement ne s’est faite que sur le terrain judiciaire et répressif, de promesses sur la formation des agents judiciaires et policiers, tout en développant des discours et des lois islamophobes, mais aucune mention n’a été faite à la mise en place de mesures que nous avons mentionnées tels que la question des logements ou de fonds d’urgence, qui permettraient de prévenir une grande partie des féminicides que nous regrettons chaque jour. En réalité, il n’est pas question pour ce gouvernement d’avancer vers de telles mesures quand leur boussole est d’avancer sur la mise en place de la réforme des retraites, la privatisation des services publics, la casse du droit social et de la protection des salariés.
 
C’est pourquoi notre féminisme est celui qui se bat pour des mesures d’urgence pour la prise en charge des victimes des violences de genre, pour une éducation féministe, mais il se bat avec la force et l’organisation des femmes travailleuses, de celles qui luttent pour leur emploi, leur dignité, un logement, celle des jeunes femmes et des étudiantes en situation précaire, contre l’État capitaliste, patriarcal et impérialiste aux politiques islamophobes, et son régime social d’exploitation et d’oppression. Notre féminisme est celui des femmes qui se mettent en grève, s’opposent à cet État et aux patrons qui nous plongent chaque jour un peu plus dans la précarité, terreau où se développent de multiples violences.

De l’autre côté de l’Atlantique, le patriarcat n’est pas tombé avec l’approbation de la loi pour l’avortement pour laquelle les femmes se mobilisent depuis plus de dix ans en Argentine. Il ne tombera pas non plus par la simple volonté d’un président ou même d’une présidente ici ou ailleurs.

Car le patriarcat ne va pas tomber de lui même, mais nous devons le renverser avec notre force organisée dans une lutte totale contre l’État capitaliste et ce régime social qui ne nous réserve que misère, souffrances et inégalités.
 
C’est pourquoi nous nous organisons et nous nous mobilisons le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Parce que nous voulons du pain, mais aussi des roses.




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