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Gavés d'aides publiques, ils suppriment des emplois

Non à la délocalisation ! Latécoère doit être nationalisée sans indemnités !

Le mois dernier, le sous-traitant aéronautique Latécoère a annoncé la délocalisation d'une partie de son activité et la suppression de 150 emplois. La nouvelle a largement choqué, d'autant plus concernant une entreprise ayant reçu des millions d'argent public, et ayant déjà fait deux plans de licenciements ces dernières années, en 2016 et 2021. Pour mettre fin aux attaques brutales de ce groupe, il n'y a plus de temps pour les solutions timides. Il est possible de lancer une grande campagne de soutien aux grévistes et qui avancent nos propres solutions.

RP Toulouse

10 mars 2023

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Crédit photo : Révolution Permanente

Nous ne paierons pas vos cadeaux aux patrons : Non à la délocalisation !

Le 25 janvier, Latécoère a annoncé son intention de délocaliser l’activité de son « usine du futur » de Montredon inaugurée en 2018, pour la délocaliser dans ses unités de production au Mexique et en République tchèque. Conséquence, près de 150 emplois supprimés à Montredon et à Labège.

Une décision qui a largement choqué d’autant que Latécoère a été continuellement arrosé d’argent public ces dernières années et que l’État et ses collectivités l’ont accompagné dans tous ses plans de casse sociale. L’installation de l’usine automatisée « 4.0 » de Montredon a en effet été accompagnée d’une aide de 5,4 millions d’euros de l’État, d’un appui de 55 millions d’euros par la Banque européenne d’investissement et de 786.000 euros d’aide européenne accordée par la région Occitanie. En 2016, le site de construction de l’usine a été bradé par la métropole de Toulouse (à 35€ le m²), ce dont Latécoère a profité pour réaliser une opération foncière juteuse en revendant le terrain au prix fort à un consortium bancaire.

L’installation de « l’usine du futur » de Montredon avait justement servi de prétexte au plan de licenciement de 2016 : 150 emplois supprimés sur le site de Périole à Toulouse et le site de Tarbes fermé. En 2021, alors que Latécoère venait de se voir servir deux PGE (de 60 et de 130 millions d’euros), l’entreprise a également procédé à un PSE supprimant 246 emplois. Des suppressions d’emploi, avant, pendant et après, voilà le « futur » que dessine Latécoère.

Cette situation vient rouvrir le débat sur les aides publiques fournies aux capitalistes. Chaque année, ce sont entre 157 et plus de 200 milliards d’euros d’argent public qui sont donnés aux capitalistes, sous formes d’aides directes, de baisses d’impôts ou encore d’exonérations. Ces aides incarnent le chantage permanent des capitalistes et des politiciens à leur service : si on ne déroule pas le tapis rouge aux capitalistes, ils partiront, alors il faut les arroser d’argent public, les exonérer d’impôts, baisser les salaires, travailler jusqu’à 64 ans etc.

Mais, le « sauvetage de l’emploi » n’a jamais été qu’un prétexte parmi d’autres (faire face à la concurrence étrangère, relocaliser, décarboner, embaucher des seniors) pour subventionner les profits des capitalistes. Et le cas de Latécoère, comme celui de Bridgestone à Béthune en 2021, rappellent, durement, que les promesses des capitalistes n’engagent que ceux qui y croient. Nous n’avons pas à donner un euro d’argent public pour les profits de quelques-uns, qui s’en font déjà suffisamment comme ça.

Marre de produire pour les profits et les opérations financière ! Latécoère doit être nationalisée sans indemnités et mise sous contrôle des salariés !

Latécoère est un cas d’école de la violence patronale et de la collaboration de l’État pour maximiser les profits des actionnaires. Dans tous les pays où elle déploie son activité, Latécoère exploite à toujours plus à bas coût, et jette les travailleurs comme des kleenex. En 2022, ce sont ainsi 356 travailleuses tunisiennes que l’entreprise avait jeté du jour au lendemain.

Suite à cette nouvelle annonce de délocalisation, c’est le défilé des hypocrites et des impuissants. Rien d’étonnant à ce que ceux qui jouent le plus l’indignation, soient également ceux qui ont le plus donné à Latécoère. Jean-Luc Moudenc « déplore » la délocalisation mais continue de défendre l’entreprise : « Je défends la souveraineté industrielle toulousaine et nationale, mais je ne souhaite pas entrer dans les caricatures et la démagogie face aux difficultés de Latécoère. C’est pourquoi, j’ai tout de suite demandé aux responsables du groupe Latécoére une rencontre pour échanger sur les contours exacts de cette décision de stratégie industrielle et ses conséquences pour Toulouse et sa métropole. ».

Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, a été un soutien financier infaillible de Latécoère. Elle a accompagné tous les PSE de l’entreprise depuis 2016, a maintenu ses aides et inauguré en grande pompe, aux côtés de Moudenc, l’« usine du futur ». Désormais Carole Delga s’insurge contre la délocalisation.

Pourtant le plan de délocalisation ne tombe pas de nulle part. Il a été préparé par la direction, et de fait, financé par de l’argent public. Dès 2018, Florent Coste, délégué syndical CGT, alertait : « cette nouvelle usine censée être la vitrine du groupe est plutôt un paravent, qui masque un plan de délocalisation ».

Pour Archipel Citoyen (liste municipale d’union EELV-LFI), l’origine de la politique des élus de gauche et de droite au service des capitalistes de l’aéronautique est un problème d’expertise industrielle, les « leaders politiques » souffrant « d’un manque de culture industrielle ». Jean-Luc Moudenc et Carole Delga seraient en fait de grands naïfs ? Pour la gauche municipale, les institutions ont été « abusées » par Latécoère. Les institutions étant sacrées pour cette gauche, impossible d’imaginer que leur rôle est précisément de fournir des enveloppes aux capitalistes et de mettre les pouvoirs de l’État à leur service. Archipel Citoyen propose donc de continuer à arroser les capitalistes d’aides publiques, en ajoutant quelques conditions aux subventions aux profits.

A lire : Des aides publiques pour les « bons » patrons : un programme anticapitaliste, vraiment ?

D’autres avancent des mesures qui peuvent apparaître, au premier abord seulement, plus radicales. Ainsi, les députés France Insoumise de Haute-Garonne ont appelé le gouvernement à intervenir en exigeant le « maintien forcé de l’activité de Latécoère en Haute-Garonne » ou par une « nationalisation temporaire ». Ce qu’implique une nationalisation temporaire, c’est bien une re-privatisation permanente à la suite. Finalement, malgré les grands mots, Latécoère reste toujours dans les mains des actionnaires, pas question de toucher plus que temporairement à la propriété capitaliste.

Pourtant, Latécoère, que ce soit sous pavillon actionnarial français ou américain, a prouvé que cette entreprise était prête à tous les désastres sociaux pour renforcer ses profits et qu’elle était incapable de garantir des emplois. Les demi-mesures et les remontrances ont fait leur temps. Latécoère doit être nationalisée, sans indemnité ni rachat aux actionnaires, et placée sous contrôle des salariés.

Dans une période de crise capitaliste, alors que les licenciements, les fermetures de site et les délocalisations vont se renforcer, la nationalisation sous contrôle ouvrier des entreprises est la seule mesure capable d’enrayer la machine à licencier. Le patronat, le gouvernement et les politiciens locaux sont évidemment ouverts à négocier toutes les modalités tant que ce sont les travailleurs qui paient la crise : à quelle sauce voulez-vous que l’on vous mange ? A l’inverse, nous disons que les capitalistes peuvent bien partir s’ils le veulent, mais leurs capitaux, leurs profits, leurs machines et infrastructures seront nationalisées sans rachat. Après les multiples exemples de l’incapacité des capitalistes à produire en cohérence avec les besoins humains et écologiques, les travailleurs peuvent et doivent reprendre le contrôle sur la production et montrer qu’ils feront mieux.

Ils veulent nous faire trimer jusqu’à 64 ans et en même temps ils suppriment nos emplois. Retraite à 60 ans, et 55 ans pour les métiers pénibles !

Nous l’avons écrit plusieurs fois dans ces colonnes, la réforme des retraites de Macron, peut-être encore plus que nous faire travailler plus longtemps, veut réduire massivement les pensions de retraite. Pour beaucoup, il est illusoire de travailler jusqu’à 64 ou 67 ans. Le pari du gouvernement c’est que les gens passent moins de temps à la retraite, plus de temps au chômage, voire n’accèdent jamais à la retraite. La retraite à 64 ans avec 43 annuités, c’est la retraite des morts ou des chômeurs !

Le scandale Latécoère montre encore une fois que s’il n’y a pas d’argent pour nos retraites ou les services publics, il y en a à volonté pour les capitalistes. La colère contre les cadeaux au patronat est un carburant puissant de la mobilisation en cours contre les retraites. Les millions de personnes qui ont pris la rue et fait grève ces dernières semaines se mobilisent contre le recul de l’âge de départ à la retraite mais plus largement contre une société où les travailleurs et les classes populaires sont systématiquement sacrifiés pour les profits de quelques-uns.

Malgré les discours sur la profondeur de la colère dans toutes les interventions des chefs de l’intersyndicale, ceux-ci limitent les revendications du mouvement au simple retrait de la réforme. Début février, Laurent Berger expliquait ainsi : « la CFDT n’a jamais été adepte des mots d’ordre fourre-tout. Si on veut que le gouvernement nous écoute sur l’âge légal, il faut qu’on reste sur cette revendication ». Il ne s’agit pas d’un problème de clarté mais de division des luttes de notre classe !

Très concrètement dans des centaines d’entreprises, des travailleurs calculent précisément les jours de paye qu’ils sont prêts à perdre en grève. Certains hésitent : faut-il en garder pour les grèves sur les salaires dans l’entreprise ou lutter contre la réforme des retraites ? Les prochains mois, l’inflation va exploser. Dans tous les cortèges, sur tous les piquets de grève tout le monde parle des salaires trop bas. Le mouvement en cours, pour exprimer toute sa puissance, doit devenir un mouvement d’ensemble pour les conditions de travail, les salaires, et pour nos retraites.

A lire : Lier bataille des retraites et lutte pour les salaires, une condition pour vaincre contre Macron

De la même manière, face à une dynamique de récession qui s’annonce, ce mouvement doit s’emparer de la problématique des fermetures d’usine et des délocalisations. Au-delà de Latécoère, ce sont également les salariés de Sidel dans le Calvados qui sont menacés. Et la liste pourrait s’allonger dans les mois qui viennent. Les salariés de ces entreprises devraient être mis au premier rang de la lutte en cours et sentir tout le poids et le soutien des travailleurs de ce pays derrière-eux.

Isoler les luttes vitales que sont en train de mener les travailleurs pour remplir le frigo à la fin du mois, pour garder son boulot ou pour avoir une retraite, empêche concrètement d’élargir davantage le mouvement. Plutôt que de remettre ses espoirs dans une demande de rendez-vous à Macron l’intersyndicale doit urgemment élargir ses revendications à l’augmentation générale des salaires et à la lutte contre les licenciements. C’est une des conditions de la victoire et du passage à la contre-offensive.


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