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Convergences

« Ni médiation, ni pause » : 200 énergéticiens réunis au Havre pour soutenir les raffineurs de Total

Alors que l’intersyndicale est en train de préparer des discussions avec le gouvernement, proposant de mettre en pause la réforme -et la mobilisation- les salariés des trois centrales nucléaires normandes sont venus apporter leur soutien aux raffineurs, martelant la nécessité de l’extension de la reconductible.

Arthur Nicola

30 mars 2023

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« Ni médiation, ni pause » : 200 énergéticiens réunis au Havre pour soutenir les raffineurs de Total

Crédits photo : Révolution Permanente

Ils ont tenus à faire le déplacement. Ce jeudi, les grévistes des trois centrales nucléaires normandes se sont donnés rendez-vous devant la raffinerie de Normandie pour soutenir les raffineurs de Total. La centrale de Flamanville a beau être à 220km de la raffinerie, pour Maxence François, technicien au service conduite du réacteur 2 de Flamanville, c’était l’endroit où il fallait être : « si c’est pour venir être solidaires avec nos camarades raffineurs, la route, peu importe. Ce qu’il faut c’est être mobiles, se déplacer sur les piquets qui en ont besoin ». Même avis du côté de Sylvain Chevalier, de la centrale de Paluel :« ces actions sont importantes parce que la raffinerie est à l’arrêt depuis un certain temps et ce midi devait être décidée la reconduction pour 3 jours, donc cela nous semblait important de venir soutenir les camarades raffineurs ». Pour beaucoup de salariés de l’énergie, la reconductible dure depuis près de trois semaines, avec des conséquences importantes pour l’entreprise. Selon les syndicats, EDF aurait perdu 650 millions du fait des baisses de production décidées par les grévistes, un chiffre qui dépasse le milliard d’euros avec les pertes dans les entreprises gazières, une information que n’a pas voulu commenter le service presse d’EDF que nous avons contacté.

Au total, c’est près de 200 salariés de l’énergie, d’EDF, Enedis, GRDF ou Storengy, qui sont venus soutenir les salariés de Total. Dans la matinée, les grévistes d’Enedis ont coupé le courant sur la plateforme logistique de Bolloré de la zone industrielle, action acclamée par tous les grévistes présents sur place.

« Ces rassemblements montrent qu’on est pas seuls à se battre. C’est vraiment important qu’on soit ensemble pour être conscients de la force de frappe qu’on a » rappelle Maxence. C’est aussi contre la répression syndicale que les électriciens se sont déplacés : « on est aussi venu suite aux réquisitions, explique Charlotte, technicienne sur la centrale de Penly. On juge que c’est anormal. On a le droit de grève, de quel droit on nous enlève cela ? Ce n’est pas normal ». Une solidarité saluée par les grévistes du site, comme Alexis Antonioli, secrétaire du syndicat CGT de la raffinerie : « C’est important cette solidarité, ce qu’on porte à travers nos fédérations respectives ou le réseau pour la grève générale auquel j’appartiens, c’est qu’on la nécessité de créer la reconductible dans le plus grand nombre de secteurs. C’est ça la solution, c’est ça qui marche, pas les médiations ou les grèves espacées de dix jours. On s’appuie les uns sur les autres pour se donner de la force ».

Ici, tout le monde rejette la politique de l’intersyndicale. « Je suis contre la médiation, contre la pause, il faut continuer. Si on fait une pause, ça sera très dur pour repartir et on aura perdu » témoigne Charlotte. Un avis que rejoint Mathieu Vankeirsbilck, agent dans une unité de maintenance thermique (une unité volante de réparateurs) : « Pour ma part, la médiation et la pause n’ont pas vocation à faire gagner quoi que ce soit. Ce n’est que la revendication du retrait pur et simple et la mobilisation dure jusqu’au bout qui nous permettront de gagner ». Les propositions de médiation et de pauses proposées par l’intersyndicale font soit sourire les grévistes, qui estiment que l’intersyndicale n’a plus rien de bon à proposer, soit les agacent. La nouvelle date de mobilisation, appelée dix jours après, ne convainc personne : « Manifestement, jeudi prochain c’est trop tard. Il aurait fallu la grève tous les jours pour porter l’estocade à Macron. Mais ce qui ne nous convient pas du tout, c’est mettre en pause, vouloir commencer à discuter. Macron est dans la merde, il faut le laisser dans sa merde. Il est dans une situation inextricable qu’il a choisi lui même donc c’est à lui de se démerder. Ce n’est pas à l’intersyndicale de tendre la main, c’est l’inverse », détaille Sylvain Chevalier.

Finalement, beaucoup de grévistes voient que certains secteurs en reconductible commencent à ralentir le mouvement. Un ralentissement qui n’entame pas leur détermination et qui reste, pour Alain, de la centrale de Penly, essentiellement conjoncturel :« le mouvement est peut-être légèrement en baisse, mais ce n’est que pour mieux rebondir, cela va laisser un peu de repos pour les forces vives, et cela va repartir dès la semaine prochaine » explique-t-il confiant. Ici, personne ne pense qu’on est à la veille de la fin du mouvement, tant la colère est forte. La mobilisation nouvelle des étudiants et lycéens est aussi une source de moral importante : « on voit la mobilisation de la jeunesse qui vient soutenir les travailleurs : ça peut donner un second souffle, du baume au coeur » nous confie Mathieu.

Ce qui est certain cependant, c’est que la situation permet, selon Alexis Antonioli, un certain nombre de clarifications : « il y a une prise de conscience du rôle de l’intersyndicale. Le reflux vient de là : quand on a un 49.3, une telle radicalité dans la rue, et que l’intersyndicale annonce des dates à échéances de dix jours, tout le monde voit qu’ils ne sont pas là pour nous faire gagner. L’enjeu est donc d’aller convaincre le plus grand nombre de salariés que la seule bonne méthode, c’est la grève reconductible, ce qu’on est en train de construire ici. Il faut s’organiser à la base, créer des AG interpros où des travailleurs de différents secteurs puissent discuter de comment s’organise la reconductible, c’est ce qu’on pousse avec le réseau pour la grève générale : créer des comités d’actions. L’enjeu c’est de déborder le syndical sur son calendrier, ce qui devient urgent, mais aussi les déborder sur les revendications parce qu’ils faut lier les salaires et les conditions de travail à cette bataille sur les retraites », conclue-t-il.


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Arthur Nicola

Journaliste pour Révolution Permanente.
Suivi des grèves, des luttes contre les licenciements et les plans sociaux et des occupations d’usine.
Twitter : @ArthurNicola_

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