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Mouvement des femmes en Algérie : s’unir pour ne plus subir

Nous relayons cet article de Fadou Nour, militante du PST Algérien, à propos du mouvement des femmes à l'intérieur du mouvement contre le régime.

jeudi 18 avril

Depuis que Bouteflika a démissionné poussé par la rue, les pratiques répressives d’un régime en panique refont surface, avec notamment l’interdiction et la répression des rassemblements et des manifestations à Alger, à l’image des manifestations étudiantes, des rassemblements de syndicalistes devant le siège de l’UGTA, et des rassemblements devant la Grande Poste organisés par des associations et partis politiques de gauche chaque jour à 17H pour débattre sur la crise du régime et perspectives. Ainsi de nombreuses arrestations et intimidations envers les manifestants ne cessent de se produire, des attaques médiatiques ciblent les militantes et les forces de répression tentent de dissuader les femmes de descendre dans les rues, alors qu’elles sont en première ligne dans la mobilisation. Lors du rassemblement du 13 avril, des militants et militantes du Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) et du Mouvement Démocratique et Social (MDS) ont été arrêtés par la police et emmenés au commissariat de Beraki, à 24km d’Alger-centre. D’après le témoignage de l’une d’entre elles, Hania Chabane militante au MDS, une fois au commissariat les quatre militantes ont été obligées de se dénuder devant une policière soi-disant pour être fouillées, alors que cette procédure n’est censé s’appliquer qu’aux affaires de drogue et de terrorisme, et que les militants hommes n’y ont pas été contraint.

Avant même le hirak, les militantes pour les droits des femmes subissaient déjà des agressions, parfois même sous les yeux de la police qui se gardait bien d’intervenir, cautionnant et encourageant la répression contre les militantes qui luttaient pour l’égalité entre hommes et femmes et notamment pour l’abrogation du Code de la Famille. Pour rappel, ce texte de loi fût promulgué au début des années 1980 par un parlement à majorité masculine, et instituait ainsi la domination patriarcale au service d’un Etat réactionnaire et des réformes libérales qu’il s’apprêtait à mettre en place. En effet, ce Code revendiqué par les islamistes, répondait parfaitement aux besoins de la politique de l’infitah (« ouverture ») menée par les gouvernements de l’ancien président Chadli Bendjedid. Celle-ci consistait en la mise en place de réformes précarisant davantage les masses populaires et donc en premier lieu les femmes, ce que le Code de la Famille complétait en restreignant leurs droits à devenir salariées, tout en invisibilisant le travail domestique, et en les subordonnant économiquement eet juridiquement à leurs maris. Ces derniers n’étaient pour autant pas en reste, puisque c’est sur eux que reposait désormais la pression pour subvenir aux besoins de la famille, les forçant à accepter à travailler plus quitte à gagner moins.

Alors que les femmes sont aujourd’hui en première ligne de la mobilisation qui a débuté le 22 février – mobilisation sans précédent de par le nombre impressionnant de manifestants qui descendent dans les rues semaines après semaines – à l’image des travailleuses du textile de l’entreprise AlCost à Béjaïa, en grève depuis le début du hirak, mais aussi de toutes ces femmes qui descendent massivement dans les rues semaines après semaines pour exprimer leur rage contre ce système qui les opprime, les grands médias au service des classes dominantes mènent des attaques en règle contre celles qui osent revendiquer publiquement qu’avec le régime, ce sont également ses institutions patriarcales et toutes les oppressions qu’il véhicule – en particulier l’oppression contre les femmes – qui doivent dégager. Ces militantes sont la cible d’attaques médiatiques qui tentent de tourner en ridicule leur revendications légitimes pour la dignité des femmes algériennes, quitte à salir leur réputation. Une manière d’intimider et de pousser les autres femmes à se retirer du mouvement populaire.

Mais si les femmes algériennes ont toujours participé aux mobilisations sociales au côté des hommes, et en premier lieu à la guerre d’indépendance, il reste encore des « démocrates » qui estiment que les revendications pour l’égalité des droits entre les genres, ou encore pour l’abrogation du code de la famille divisent le peuple. Il faut donc rappler que ce ne sont pas les femmes qui luttent pour leurs droits qui divisent le peuple, mais bien la précarité et le statut de citoyenne de seconde zone qui les subordonne au mari, au père ou au frère. Ainsi le hirak actuel ne saurait aboutir à une Algérie qui corresponde aux aspirations des masses populaires, sans mettre à bas l’oppression patriarcale qui touche la moitié d’entre elles.

Depuis le début du mouvement, des collectifs de femmes ne cessent de naître dans différentes régions. A Alger, Bejaïa, Bouira, Tizi-Ouzou, et ailleurs, des travailleuses, chômeuses, étudiantes et femmes au foyer s’organisent afin de discuter de leurs conditions de vie, de débattre de leurs aspirations et des moyens pour y parvenir, et de se doter de leur propre tribune d’expression. Il est impératif que le mouvement des femmes en Algérie s’unifie vers une plateforme revendicative qui réponde aux aspirations de la majorité des femmes, afin de dégager l’ancien régime et toutes ses institutions, de contrôler le processus démocratique à la base et d’aller vers l’élection d’une assemblée constituante révolutionnaire souveraine représentative des intérêts sociaux et politiques des masses populaires.




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