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International

Yvan Colonna toujours entre la vie et la mort

Mobilisations en Corse : l’Etat entre LBD, matraques et promesses de négociations

Plus de dix jours après la tentative de meurtre dont il a fait l’objet, en prison, Yvan Colonna est toujours entre la vie et la mort. En Corse, le mouvement de solidarité ne faiblit pas avec une nouvelle journée de mobilisations, ce dimanche, qui a été émaillée par des affrontements contre les forces de répression, Darmanin promet d’ouvrir des négociations.

lundi 14 mars

Crédits photo : AFP - PASCAL POCHARD-CASABIANCA

Rien d’officiel n’a filtré, encore, au sujet de l’agression brutale, en réalité une tentative de meurtre en bonne et due forme, dont a fait l’objet Yvan Colonna, militant indépendantiste Corse, condamné à perpétuité pour sa participation au commando ayant exécuté le préfet Claude Erignac en 1998. Le 2 mars dernier, alors qu’il s’agit d’un « Détenu particulièrement signalé » faisant par conséquent l’objet d’une surveillance spécifique, un codétenu a essayé de le tuer, par strangulation. Ils étaient tous deux seuls, dans une salle de la prison d’Arles, où Colonna purgeait jusqu’à présent sa peine, malgré les demandes réitérées de la famille de le transférer à la prison de Borgo (Haute-Corse), comme les textes signés par la France en matière de politique carcérale devrait le permettre. Les matons ont « tardé » huit minutes à intervenir, suffisamment en tout cas pour que Colonna soit déjà dans une situation critique au moment de son transfert à l’hôpital.

La nouvelle a suscité une émotion extrêmement vive en Corse, entraînant dans son sillage des manifestations qui se succèdent, sans discontinuer, depuis le 4 mars, avec, les jours de semaines, des mobilisations étudiantes et lycéennes à Corte et dans les principales villes du pays et, en fin de semaine, des cortèges de milliers de personnes qui défilent à Ajaccio, Bastia, Corte ou encore Calvi. La manifestation de ce dimanche, à Bastia, a rassemblé 10.000 personnes malgré la pluie. Appelée pour exiger « ghjiustizia e verità » [« justice et vérité »], elle n’a fini que tard dans la soirée, avec des affrontements contre les forces de répression qui ont commencé dès 16h, devant la préfecture. Au total, près de 60 personnes ont été blessées, parmi lesquelles 38 membres des forces de répression rapporte France Info. Déjà, syndicats lycéens et étudiants appellent à poursuivre la mobilisation, dès aujourd’hui, lundi.

En pleine campagne pour la présidentielle, le gouvernement se retrouve dans une situation délicate. Les promesses de Macron de transformation du statut de l’île sont restées lettre morte, bloquées notamment par le Sénat et les forces ultra-centralisatrices et conservatrices qui recouvrent l’ensemble de l’arc politique hexagonal dès lors que la question coloniale est abordée. La tentative d’homicide dont Colonna a fait l’objet montre par ailleurs combien, par-delà les changements à l’Elysée, l’Etat, à travers ses rouages de la Justice et de l’Intérieur, avec l’administration pénitentiaire et l’envoi de garde-mobiles et de CRS, en nombre, ces derniers jours, continue à être l’ennemi du droit élémentaire du peuple corse à l’auto-détermination.

Darmanin, à qui Macron a délégué le dossier, ces derniers jours, zigzague, avec la matraque dans une main et les promesses de négociations dans l’autre. D’un côté, c’est désormais une sorte de pont aérien qui ne dit pas son nom qui a été mis en place pour renforcer la présence des forces de répression sur l’île. Celui-ci permet de contourner l’obstacle que représentent les marins du Syndicat des Travailleurs Corses, qui avaient bloqué les ferrys entre la France et l’île acheminant des renforts de gendarme le 4 mars dernier.

De l’autre, de manière à tenter de faire baisser la pression, le ministère de la Justice, sur demande de Castex lui-même, a fait lever le statut de DPS pour Colonna, mais également, ce vendredi, pour Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, également prisonniers politiques et condamnés dans le cadre des procès Erignac et ayant purgé, depuis longtemps déjà, la période de sûreté. Une mesure bien tardive, qui n’occulte en rien les conditions d’incarcération ignobles et scandaleuses auxquelles sont contraints les détenus en France, à commencer par les prisonniers politiques corses, basques, bretons, turcs, kurdes et d’extrême gauche.

Enfin, Darmanin a annoncé, ce lundi, qu’il s’apprêtait à se rendre en Corse, mercredi et jeudi, à la fois pour y rencontrer « les élus et les forces vives de l’île » mais également pour aller à la rencontre « des forces de l’ordre » cantonnées sur place et qui participent aux opérations de répression depuis plus de dix jours. Certains autonomistes, qui tiennent aujourd’hui la majorité des institutions de l’île à la suite de succès électoraux incontestables, y verront peut-être l’occasion de reprendre la main par rapport à une situation où c’est la rue et les mobilisations qui donnent le « la » et pour relancer, ainsi, le processus de réformes statutaires qu’ils souhaitent.

Ce serait céder un peu vite à Paris et au gouvernement qui veut éteindre de toute urgence « l’incendie corse » avant de rentrer dans le dur de la campagne et renoncer à ce qui est au cœur des manifestations, ces derniers jours : le respect des droits des prisonniers, la mise en place d’une commission d’enquête parfaitement indépendante pour que toute la lumière soit faite sur la tentative de meurtre contre Yvan, le retrait des forces de répression et, bien entendu, la défense du droit, élémentaire, à l’autodétermination sur l’île. La force et la détermination des manifestantes et manifestants, notamment des plus jeunes, pourraient compliquer les plans de « sortie de crise » de l’Elysée, Matignon et de la Place Beauvau. C’est ce que l’on peut souhaiter.



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