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Jeunesse

Discipline républicaine

Mise au pas. Le secrétariat d’État à la Jeunesse placé sous la cotutelle du ministère des Armées

La nomination de Sarah El Haïry au poste de secrétaire d’État à la Jeunesse et au Service National Universel, annoncée ce lundi lors du remaniement ministériel, s'est accompagnée d'une nouveauté : son secrétariat est sous la double tutelle des ministères de l’Éducation Nationale et … des Armées. Une décision révélatrice de l'approfondissement de l’offensive idéologique contre la jeunesse et d'une militarisation croissante.

mardi 5 juillet

Crédits photo : Huffpost

La composition du gouvernement Borne II a été dévoilée ce lundi. Sarah El Haïry fait partie des personnalités qui ont rejoint le gouvernement, en tant que secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et du Service National Universel. Un poste qu’elle a déjà occupé, puisqu’elle était secrétaire d’État à la Jeunesse et à l’Engagement sous Jean-Michel Blanquer, mais son poste est aujourd’hui rattaché au ministère de l’Éducation Nationale… et à celui des Armées.

Une nouveauté de taille qui approfondit la politique de mise au pas de la jeunesse, déjà bien entamée avec l’instauration du Service National Universel (SNU), un service militaire qui ne dit pas son nom destiné à embrigader la jeunesse. Une véritable propagande nationaliste assortie d’une mise au pas visant à répondre à la politisation croissante de la jeunesse, notamment sur le terrain de la lutte contre les oppressions. Face à cette jeunesse politisée, le gouvernement répond ainsi par la répression physique, à l’image de la répression des lycéens mobilisés de Brequigny, mais aussi par une offensive idéologique réactionnaire, tentant de s’assurer que la jeunesse ne prendra pas part aux explosions sociales futures.

Juste après sa nomination, Sarah El Haïry s’est d’ailleurs réjouie d’annoncer sur Twitter son objectif premier de généraliser le SNU. Celui-ci a pour vocation de remplacer l’actuelle Journée Défense et Citoyenneté (la JDC) et donc à le rendre obligatoire. Les jeunes de 15 à 17 ans passeront donc obligatoirement par un séjour de deux semaines au cours duquel leur seront inculquées les « valeurs républicaines » et la « cohésion nationale », suivi d’une mission d’intérêt générale qui peut prendre la forme d’accompagnement des personnes, de tutorat mais aussi et surtout de défense et sécurité, c’est-à-dire d’engagement dans les armées ou la police par exemple.

Ce passage du secrétariat d’État à la jeunesse sous la cotutelle du ministère des Armées est d’autant plus inquiétant qu’il intervient dans un contexte de militarisation croissante de l’Europe. Dans le cadre de la militarisation de la France, réaffirmée par Macron dans son allocution de campagne lorsqu’il a annoncé vouloir « intensifier » les investissements, le gouvernement a exprimé vouloir s’appuyer sur la jeunesse, en profitant de la précarité qui touche les étudiant.es pour les pousser à devenir réservistes en leur offrant en contrepartie 2 500€ par ans pendant 5 ans et en leur finançant le permis de conduire à une hauteur de 1000€.

Cette offensive réactionnaire répressive contre la jeunesse est le corollaire de l’offensive idéologique du gouvernement, dont Sarah El Haïry a déjà été une figure de proue durant le précédent quinquennat.
 
Porte-parole du MoDem, elle s’est attaquée au « wokisme » dans la jeunesse aux côtés de l’ex-ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, et de Frédérique Vidal, alors ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Dans un entretien sur France Culture en janvier 2022, elle dénonçait une génération portant un discours victimaire, affirmant que « wokisme et communautarisme fragmentent tous les deux la société », niant de toute force le racisme d’État et le racisme systémique contre lequel la jeunesse s’était mobilisée pendant le mouvement Black Lives Matter et à l’occasion de nombreuses marches contre les violences policières qui ont rassemblé des milliers de personnes dans les rues. « Moi très sincèrement aujourd’hui, les discours intersectionnels ou sur la cancel culture (ceux qui souhaitent changer les noms des films, déboulonner des statues) c’est l’opposé de ma pensée politique », affirmait-elle.
 
Sarah El Haïry fait aussi partie des personnalités politiques qui ont défendu la loi séparatisme – loi liberticide et profondément islamophobe, qui s’attaque directement aux libertés des populations musulmanes et particulièrement des femmes, et limite les libertés associatives (c’est sur ce texte que s’est appuyé Darmanin pour demander la dissolution du collectif Palestine Vaincra) – menant ainsi de front l’offensive islamophobe du gouvernement.
 
Enfin, c’est aussi elle qui, à la suite d’un débat organisé avec des jeunes à Poitiers sur la question des religions dans la société, avait tenté de lancer la Marseillaise en réponse à leurs interpellations sur la question des discriminations subies au nom de la laïcité. Quelques mois plus tard, dans une vidéo de promotion du Service National Universel, on pouvait pourtant la voir dans une classe, un crucifix accroché au mur sans que cela ne semble la déranger, elle qui dans son discours se dit profondément attachée à la laïcité. Une laïcité à géométrie variable donc.
 
La nomination de Sarah El Haïry au secrétariat d’État à la Jeunesse, elle qui s’inscrit si clairement dans la continuité de l’offensive islamophobe et réactionnaire menée par Jean-Michel Blanquer dans l’Éducation nationale, montre à quel point la nomination de Pap N’diaye ne sert qu’à arborer une façade faussement progressiste et se situe en réalité dans la droite lignée des politiques menées jusqu’alors.

Le rattachement de son secrétariat au ministère des Armées montre l’offensive conjointe à laquelle on peut s’attendre de la part de ces deux ministères : la combinaison d’une offensive idéologique décomplexée, à l’image du colloque de Blanquer contre le « wokisme » à la Sorbonne, et d’une répression syndicale et policière, au service d’un embrigadement visant à une jeunesse marche au pas, au nom des idées républicaines via le SNU.

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