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Médine traité de « rappeur islamiste » : quand la Macronie fait du Le Pen

Dans le cadre de la campagne du gouvernement contre "l'islamo-gauchisme" la députée LREM Aurore Bergé s'en est prise au rappeur Médine en réactivant pour l'occasion une polémique de 2018, initiée par la droite et l'extrême-droite.

mercredi 24 février

Aurore Bergé s’en prend au rappeur Médine

Jeudi 10 février dernier, Aurore Bergé, députée et porte-parole LREM, était invité à LCI face à Jean-Michel apathie. Au cours de l’entretien, alors qu’elle semble en difficulté pour justifier la campagne contre « l’islamo-gauchisme » de la ministre de l’enseignement supérieur Frédéric Vidal, elle prend pour exemple l’invitation en 2017 du rappeur havrais Médine dans le séminaire La Plume & Le Bitume organisé à l’ENS.

Dans le cadre de ce séminaire, organisé par Benoît Dufau et Emmanuelle Carinos, plusieurs rappeurs comme Casey, Lino ou Médine avaient en effet été invités avec l’objectif de parler du rap autrement, notamment par l’analyse littéraire de leurs textes. Une invitation qui semble avoir déplu à la porte-parole de la majorité gouvernementale, qui n’a pas hésité à y voir un nouvel exemple du prétendu « islamo-gauchisme », accusant Médine d’être un rappeur islamiste qui ferait des appels au meurtre, interprétant des extraits de ses morceaux de façon complètement décontextualisée pour justifier ses propos.

Quand LREM reprend une polémique de l’extrême-droite contre Médine

De fait, les éléments de polémique sur laquelle s’appuie Aurore Bergé sont loin d’être nouveau. Les paroles du rappeur que celle-ci utilise, celles du morceau « Don’t Laïk » sorti en janvier 2015, avaient en effet déjà été utilisé en 2018 dans une autre controverse, à l’initiative d’élus de droite et d’extrême droite dont Marine Le Pen.
Elle avait été fortement relayée sur Twitter par des figures de l’extrême-droite comme Damien Rieu, l’un des fondateurs de Génération Identitaire.

L’arc politique réuni entendait alors faire annuler une série de concerts de l’artiste programmé au Bataclan en instrumentalisant les attentats de 2015 et en qualifiant Médine de fondamentaliste islamiste, sur la base des paroles de « Don’t Laïk » et de la religion de l’artiste. Une campagne islamophobe d’envergure avait alors enflammé la presse pendant plusieurs semaines. Un déferlement de haine qui aurait pu être évité selon l’artiste. : « Il aurait suffi que les médias vérifient leurs informations et épaississent un peu le sujet pour comprendre qu’il n’y avait pas lieu de récupérer la rhétorique de l’extrême droite et des groupuscules identitaires » confiait-t-il ainsi dans une interview écrite à 20 Minutes en 2019.

Expliquant le morceau, le rappeur décrivait son texte comme « un hymne à la laïcité, qui lui redonne ses lettres de noblesse, et qui pointe un dysfonctionnement. » Avant de préciser : « Plus personne ne sait ce qu’est la laïcité. Mon rôle d’artiste est de dire que, là, il y a peut-être un problème. J’ai fait un truc que je ne faisais pas d’habitude, du « ton sur ton » avec le clip. J’ai produit un texte provocateur, mais aussi un clip provocateur et ça a créé une incompréhension générale. J’ai joué avec des symboles, des substances explosives et ça m’a pété au visage. Ce morceau n’a pas été compris comme moi je l’avais écrit et pensé. Là j’ai eu l’impression d’être pris pour un poseur de bombe alors que j’étais un démineur. » L’artiste mettra d’ailleurs un point à la polémique avec son clip « Bataclan », tourné dans cette salle culte, comme un pied de nez à ses détracteurs.

Dans la continuité de la campagne islamophobe du gouvernement d’Emmanuel Macron, LREM continue ainsi à faire feu de tout bois en réactivant de vieilles polémiques d’extrême-droite pour donner corps à ses propos sur « l’islamo-gauchisme » et pointer du doigt une personnalité musulmane. Des déclarations qui ne sont que peu étonnantes dans ce contexte où Médine, rappeur musulman engagé, notamment dans la défense de la liberté d’expression et contre les violences policières, fait une nouvelle fois office de cible facile pour un agenda politique raciste et réactionnaire.

Face à cette nouvelle attaque le rappeur a décidé ce 23 février de porter plainte pour diffamation contre la porte-parole de la majorité et de répondre publiquement. Dans Mediapart le rappeur explique : « J’assiste au revirement médiatique de cette frange du gouvernement qui est en train de se radicaliser en adoptant un discours plus à droite, voire à l’extrême droite. J’ai l’impression que le temps du dialogue est révolu. Toutes ces personnes ne prennent pas le temps de lire notre travail […] Elle me colle une idéologie qui n’est, bien sûr, pas la mienne. »




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