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Politique

Pas d'argent magique !

McKinsey, cabinet de conseil préféré de Macron, n’a pas payé d’impôts en France depuis 10 ans

Nouveau scandale pour McKinsey : alors que le gouvernement a sollicité à plusieurs reprises le cabinets de conseil, le Sénat vient de révélé dans un rapport de commission, le processus d'optimisation fiscale du groupe qui lui a permis de ne pas payer d'impôts depuis 10 ans en France.

mercredi 23 mars

Crédits photo : AFP

Le 17 mars, le Sénat a publié un rapport d’une commission d’enquête sur l’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques. Ce rapport relate des positions de différents cabinets mais celui de McKinsey sort quelque peu du lot puisqu’une sous-partie entière du rapport est dédiée à sa situation fiscale. En effet, la commission affirme que “McKinsey n’a pas payé d’impôt sur les sociétés en France depuis au moins 10 ans” et ce malgré les propos de Karim Tadjeddine, responsable du pôle “secteur publique” du cabinet de conseil lors d’une audition le 18 janvier dernier “Je le dis très nettement : nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France ”.

Ce n’est pas une omission de la part du groupe mais bel et bien de l’optimisation fiscale. Comme l’explique le rapport : “Les entités françaises de McKinsey - qui sont des « établissements stables » au sens fiscal - versent des « prix de transfert » à la société mère - basée au Delaware - pour compenser des dépenses mutualisées au sein du groupe : frais d’administration générale, usage de la marque, assistance interne au sein du réseau, mise à disposition de personnels, etc. Or, ces « prix de transfert » ne sont pas neutres pour le calcul de l’impôt sur les sociétés en France : ils constituent une charge pour les entreprises, qui conduit à minorer leur résultat fiscal et, par suite, le montant de leur imposition. En l’espèce, les « prix de transfert » que les entités françaises de McKinsey versent à la société américaine sont d’un montant tel qu’ils participent à rendre le résultat fiscal en France nul ou négatif, depuis au moins 10 ans.

Il faut noter que McKinsey a vu lors des 5 dernières années son chiffre d’affaires monter en flèche : 329 millions d’euros en 2020, dont environ 5% dans le secteur public selon ce même rapport. Ces chiffres d’affaires ont été réalisés à partir de commandes faites par le gouvernement pour consulter et être conseillés dans leur politique. C’est également ce que met en avant ce rapport.

En effet, le cabinet a beaucoup accompagné le gouvernement Macron ces dernières années qui a plusieurs reprise à eu recours à leurs conseil pour mener leur politique. Déjà en 2020, près de 500.000€ ont été versés à McKinsey pour un séminaire sur le métier d’enseignant. Le rapport détaille que : “Son livrable principal se résume à une compilation, certes conséquente, de travaux scientifiques et de graphiques conçus à partir de données publiques. Seuls quelques graphiques de McKinsey seront repris pour un second colloque, organisé le 1er décembre 2020 au Collège de France.”. Par la suite, le ministère de l’Education a demandé au cabinet de travailler sur “ la rémunération au mérite des professeurs et la gouvernance des établissements scolaires.”, soit au privé de travailler sur des services publiques qui se voient se dégrader jour après jour.

Il a également reçu quatre commandes de la part du gouvernement pour réformer les APL pour un total de 3,88 millions d’euros - pour une réforme qui a contribué à précariser toujours plus les jeunes et les plus précaires dans un contexte de crise économique - entre le 1er janvier 2019 et le 1er janvier 2021. Il a également joué un rôle logistique dans la création d’une campagne de vaccination pour 13.000 dollars par jour pour pallier à l’impréparation du gouvernement face à la pandémie.

Une interconnexion facilité par la présence d’énarque passant des hautes administrations aux entreprises publiques, comme Maël de Calan, « associate partner » chez McKinsey France, ancien membre du bureau politique de l’UMP, et conseiller d’Alain Juppé. Des connexions montrant à quel point la classe dominante a toujours su combiné ses responsabilités politiques et ses intérêts économiques, n’hésitant pas à utiliser des cabinets indépendants dont les membres sont issus de ses rangs.

Ainsi si Bruno Lemaire a annoncé que le cabinet McKinsey "paiera ce qu’il doit", voulant blanchir le gouvernement, le recours récurant aux cabinets indépendants, promoteurs du néolibéralisme tel que McKinsey, démontre la volonté du gouvernement : défendre les intérêts de la bourgeoisie en faisant payer la crise aux travailleurs.



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