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Politique

#AnasseKazib2022 à Chambéry

Maude Vadot : « Un service public, pour les classes dominantes, c’est un marché en moins. Notre programme, c’est la renationalisation de tous ces secteurs sous contrôle des travailleurs ! »

Nous reproduisons ici l'intervention de Maude Vadot, enseignante-chercheuse à l'université Savoie Mont Blanc, co-secrétaire du SNESUP-USMB et militante à Révolution Permanente, lors de la réunion publique de lancement de la campagne Anasse Kazib 2022 à Chambéry.

mercredi 9 février

Crédit photo : AFP

Je voudrais commencer par dire à quel point je suis enthousiaste de nous voir réuni‧es dans cette salle ce soir à Chambéry. Et un peu fière aussi, parce qu’il faut que vous le sachiez : il y a quelques mois, dans la région, Révolution permanente c’était une seule personne, moi. Et ce soir, grâce à l’énergie, aux convictions et au travail acharné de nouveaux et de nouvelles camarades, des étudiant‧es et des travailleurs déterminé‧es et plein‧es de qualités, pour notre toute première réunion publique dans la région, on peut se retrouver nombreux ici, salle Jean-Baptiste Carron, et commencer à réunir des forces à Grenoble !
J’avais envie de le dire haut et fort parce que je crois que ça envoie un signal important pour notre camp social, dans une période où même dans nos rangs, on a tendance à entendre un discours assez défaitiste, qui voudrait faire croire que les travailleurs, les travailleuses, la jeunesse, les classes populaires ne s’intéressent plus à la politique, ne se mobilisent plus, que les discours de droite et d’extrême-droite dominent partout et que l’extrême-gauche n’a aucune chance de se faire entendre. Je crois que ce soir, nous sommes la preuve que ce n’est pas vrai, et que si on y met des forces, si on unit ces forces, on peut faire émerger autre chose que l’alternative qu’on nous propose entre Macron d’un côté, l’extrême-droite de Zemmour ou de Le Pen d’un autre côté, et enfin la gauche institutionnelle qui a accumulé les trahisons et cède toujours plus de terrain au nationalisme et aux exigences des patrons.

Comme Laura l’a dit, je suis enseignante-chercheuse à l’université Savoie Mont Blanc, sur le campus de Jacob, juste au-dessus d’ici. Il y a dix ans, j’ai fait le choix de travailler pour le service public parce que ça me semblait avoir du sens. Dans un monde capitaliste, on se représente volontiers les services publics comme des espaces protégés, échappant à la loi du profit – où on pourrait par exemple se faire soigner, étudier, se former sans avoir à débourser des sommes faramineuses, parce que les coûts sont partagés, financés par les impôts, donc assumés à la hauteur des moyens de chacun et de chacune.

Retrouvez ici une synthèse du meeting.

Mais ce n’est pas un secret : depuis des décennies, les services publics sont attaqués de toutes parts par les classes dominantes – en France comme ailleurs dans le monde. On l’a vu avec les autoroutes, avec le secteur de l’énergie, celui des communications ou encore des transports. Le prétexte des classes dominantes, c’est que « ça coûte trop cher » ; mais leur objectif, c’est surtout de supprimer des espaces qui leur échappent. Un service public, pour les classes dominantes, c’est un marché en moins, c’est-à-dire un endroit de moins où ils peuvent faire des profits. L’offensive des capitalistes, c’est donc de privatiser tout ce qui, dans les services publics, peut être rentable – tout en laissant bien soigneusement à l’Etat tout ce qui ne peut pas être rentable, comme la gestion des réseaux d’énergie ou de chemins de fer par exemple.

Vous avez sans doute entendu parler d’Orpéa, ces établissements qui logent et sont censés prendre soin de personnes âgées dépendantes. Le scandale d’Orpéa il témoigne aussi de ça : pour le dire avec leur cynisme, le vieillissement de la population offre aux classes dominantes un gigantesque « marché du grand âge et de la dépendance ». En France, 606.400 personnes résident en Ehpad, or les structures publiques n’offrent des places que pour la moitié de ces personnes. Et comme la rapacité des classes dominantes n’a pas de limite, face à des personnes âgées vulnérables et à des familles désemparées, ça donne ça : exiger entre 6500 et 12000€ par mois par personne, et fournir en échange des soins d’hygiène et des repas rationnés, des prises en charge médicales dégradées, tout en faisant appel à des salariés extrêmement précarisés et mis sous pression.

Après deux ans de covid, je crois qu’il reste peu de monde pour affirmer que tout va bien dans nos hôpitaux. Même les reportages des médias mainstream s’y sont intéressés : la crise du covid a mis en lumière le fait le système hospitalier est à bout de souffle. Or en 4 ans, dont 2 de pandémie, 18.000 lits ont fermé dans les hôpitaux – en 16 ans, on monte à 75.000 lits fermés, alors que la population vieillit et a donc des besoins en soins croissants. J’ai dit « ont fermé », mais en fait je devrais dire « ont été fermés » : c’est une politique délibérée, là encore pour offrir un marché aux établissements privés.

Une conséquence, tout près de nous, c’est qu’à la mi-novembre, les urgences de Voiron ont annoncé devoir fermer la nuit sauf cas d’urgence vitale, parce qu’elles n’avaient plus le personnel suffisant. Les patients devaient donc aller jusqu’à Grenoble. Elles ont rouvert 10 jours plus tard, fermé de nouveau le 3 décembre, puis rouvert du 10 au 14, refermé du 14 au 20 décembre, rouvert jusqu’au 29 mais pas pour les nuits de Noël...

C’est facile pour le gouvernement de se cacher derrière le covid pour justifier la situation ; mais les travailleurs et travailleuses de l’hôpital étaient justement en lutte à l’arrivée du covid, parce qu’ils n’en pouvaient déjà plus, parce que ça fait des années que ça dure. Ils et elles étaient en lutte pour leurs conditions de travail, pour leurs salaires et contre un management de plus en plus agressif, mais aussi pour nos conditions d’accueil et de soins.
Parce que moins de personnel, ça veut dire des soins et un accueil de moins bonne qualité : à Grenoble encore, il y a un an, un patient présentant des troubles psychiatriques a été installé dans un box dédié à la chirurgie de la main, et s’est mortellement blessé à l’aide du matériel de chirurgie1. S’il avait été placé là, c’est par manque de place ailleurs ; s’il a été laissé seul sans surveillance, c’est par manque de personnel.

Cette situation n’est évidemment pas seulement locale, on en a des témoignages partout en France : il y a désormais des déserts médicaux un peu partout, les travailleurs et travailleuses hospitaliers sont en grande souffrance et les patients sont donc laissés pour compte.

Pour Olivier Véran, ministre de la santé, la solution c’est de calmer un peu les soignant‧es en leur donnant 180€ de prime (et encore, pas à tous), de fliquer la population avec le pass vaccinal, et de faire la promotion de bornes de téléconsultation à installer dans les déserts médicaux, pour pouvoir dire qu’on a quand même accès à des soins.

Nous, ce qu’on porte avec la campagne d’Anasse Kazib, c’est que l’accès aux soins et à la santé doit être un droit universel, gratuit, financé intégralement par les cotisations patronales. Notre perspective, c’est la nationalisation, sans indemnité ni rachat, de tout le secteur de la santé et de l’industrie pharmaceutique, pour les mettre sous contrôle des travailleurs et travailleuses qui sont les seuls, avec les usagers, à connaitre la réalité des besoins.
C’est aussi la levée des brevets sur les vaccins et les traitements contre le covid.
C’est enfin la nationalisation de toutes les mutuelles et leur intégration à une sécurité sociale gérée par les professionnels du secteur et par les usagers, qui garantissent un remboursement intégral des soins pour toutes celles et tous ceux qui résident sur le territoire.
Un autre secteur des services publics qui a été à la fois mis à mal et mis en lumière par la pandémie, c’est évidemment celui de l’éducation.
Ces dernières semaines, la gestion absolument catastrophique de la crise par le gouvernement est devenue particulièrement visible aux yeux de tous. Honnêtement je ne sais pas ce qui est pire de la part de Blanquer, entre son protocole totalement désastreux, ses consignes publiées dans un article payant la veille de la rentrée, et ses annonces faites depuis Ibiza. Les trois montrent en tout cas le mépris total du gouvernement pour les équipes pédagogiques, pour les parents et pour les élèves. A un moment où le virus circule autant, il était absolument évident qu’il serait impossible de tester au rythme préconisé par Blanquer. Il était évident qu’en laissant les établissements ouverts dans ces conditions, sans fournir ni gel, ni masque, ni capteurs de CO2, ni système d’aération, les personnel‧les et les élèves seraient contaminé‧es à vitesse grand V. Il était évident qu’il serait impossible d’enseigner et d’apprendre sereinement dans ces conditions.

Face à ça, jeudi 13 janvier, les équipes pédagogiques se sont mobilisées massivement, soutenues par les parents. Les annonces que Blanquer a faites le soir même témoignent de la crainte des classes dominantes lorsqu’en bas, on est en colère et qu’on se met en grève ; mais elles ne règlent rien. Embaucher 8000 personnels précaires, non seulement c’est non peu, mais c’est aussi faire croire que le problème n’est que ponctuel. En réalité, les besoins sont structurels : il faut des embauches pérennes pour qu’il y ait moins d’élèves par classe, pour que les personnel‧les soient remplacés lorsqu’ils sont malades ou en formation, pour que les élèves en situation de handicap soient accompagnés correctement, pour qu’un suivi médical correct des élèves et des équipes soit assuré etc. En bref, il faut des embauches et des moyens à la hauteur des besoins, pour assurer un véritable service public de l’éducation.
Mais ce que montre aussi cette toute récente mobilisation dans l’Education nationale, c’est que pour gagner vraiment, on a besoin d’un plan de bataille à la hauteur. Or après la journée massive du 13 janvier, où on avait vu des taux de grévistes inégalés depuis 2003, on ne peut pas dire que les directions syndicales de l’Education ont été très réactives : elles se sont contentées de saluer les quelques miettes consenties et d’acter le cadre de réunion proposé par le gouvernement. Au lieu de capitaliser sur la forte mobilisation pour faire monter la pression, leur appel à se mobiliser le 20 a été extrêmement timide, et s’est fait en ordre dispersé puisque les AED n’ont pas été appelés à se mobiliser ce jour là.

Je voudrais conclure en disant quelques mots du secteur dans lequel je travaille, celui des universités. Comme vous vous en doutez, ce n’est pas plus reluisant.
Depuis plus de 10 ans, l’objectif des classes dominantes est d’aller vers l’ « autonomie » des universités – c’est-à-dire de réduire les budgets pérennes qui leur sont alloués, et de les inciter à se tourner vers des financements privés ou des appels d’offre publics. Un exemple : en 10 ans, rien que pour les concours de recrutement des enseignants-chercheurs, on a vu les postes être divisés par deux. Une partie, mais une partie seulement, de ces emplois est remplacée par des personnels contractuels ou vacataire.
Une première conséquence, c’est que le taux d’encadrement, c’est-à-dire le nombre de personnels pour 100 étudiants, est en baisse constante depuis 2013. Une deuxième conséquence, c’est que désormais, quasiment la moitié des heures de cours dispensées dans les universités françaises sont soit des heures supplémentaires, soit des heures assurées par des collègues précaires : vacataires ou contractuel‧les. Le scandale supplémentaire c’est que pour une bonne partie, ces heures sont rémunérées en dessous du smic.
Face à ça, le projet de Macron et des classes dominantes, c’est d’augmenter les frais d’inscription. Avec la campagne Anasse, on pense au contraire que non seulement qu’accéder aux études supérieures est un droit, mais aussi que ça doit se faire dans de bonnes conditions, avec des personnels qui ne sont pas en permanence au bord de l’épuisement professionnel, et avec des enseignants-chercheurs qui ont le temps de faire de la recherche de qualité.

Il y aurait encore beaucoup à dire : les services publics, c’est aussi les services d’aide sociale ; ça devrait être l’énergie, les transports, les communications, l’eau, la gestion des déchets, tous les besoins primaires. Notre programme, c’est la renationalisation de tous ces secteurs sous contrôle des travailleurs, c’est la gratuité des transports sur tout le territoire, c’est le gel des tarifs des énergies et la gratuité pour les foyers les plus modestes...
Mais tout ça ne se fera pas en mettant un bulletin dans une urne, ou en se contentant de journées de grève isolées. Tout ça ne pourra se faire qu’à condition de construire un rapport de forces à la hauteur des enjeux, en se dotant d’un programme susceptible d’unifier tous ces secteurs qui ont un ennemi commun. En l’occurrence, nous sommes toutes et tous travailleurs ou usagers de ces services publics : nous avons donc toutes et tous intérêt à unir nos forces et nos idées pour élaborer un plan de bataille, depuis la base, depuis en bas, et en s’emparant des outils qui sont les nôtres.
C’est ce qu’on veut porter avec la campagne Anasse, et c’est pour ça que je vous invite à nous rejoindre !



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