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Politique

Masques Gratuits

Masques artisanaux déconseillés, à quand des masques gratuits pour tous ?

Depuis bientôt un an, le masque est devenu un accessoire essentiel à la vie quotidienne de toutes les personnes vivant en France, car obligatoire dans tous les espaces publics. Pourtant, malgré la crise économique qui met à mal les situations financières des plus précaires, les masques ne sont toujours pas rendus gratuits et les nouvelles recommandations annoncées vont sans doute compliquer la donne.

samedi 23 janvier

Crédits : © AFP - Bertrand GUAY 

Actuellement, la France ne se trouve pas dans la position sanitaire espérée depuis décembre : 20 000 cas positifs au Covid sont détectés chaque jour depuis le début de l’année 2021. Olivier Véran, Ministre de la Santé était l’invité du 20h sur TF1 jeudi soir. C’est durant son interview qu’il a annoncé de nouvelles recommandations sur le port du masque, à un moment où d’autres variants du Covid font surface, notamment en Angleterre et en Afrique du Sud. Ces variants du virus sont d’autant plus dangereux qu’ils signifient une mobilité accrue du virus, donc plus de contaminations et une possibilité de surcharge du système hospitalier public, déjà en surchauffe depuis plusieurs années.

 Là où on encourageait la population à fabriquer ses propres masques- dit “artisanaux” - afin de soulager les fortes demandes, Véran recommande désormais de ne plus utiliser ni ceux-ci , ni les masques industriels en tissu, car moins filtrants. En effet, les masques de catégorie 1 ont une efficacité de filtration supérieure à 90% tandis que les masques de catégorie 2 ont une efficacité de filtration supérieure à 70%. Désormais, ne devront être portés dans l’espace public que les masques chirurgicaux, les FFP2, et les masques en tissu de catégorie 1 (norme Afnor) comme le préconise le HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique).
 
 

Les masques, un des symboles de la gestion erratique du gouvernement de la crise sanitaire

 
Depuis le début de l’épidémie, le gouvernement alterne entre mesures restrictives et allègement de ces mêmes mesures : une stratégie de « stop and » qui a montré l’incompétence du gouvernement pour gérer la crise sanitaire, ouverte il y a maintenant un an. La question des masques a longtemps été au centre des polémiques ; il a d’abord été expliqué qu’il ne fallait pas en porter, avant de les rendre obligatoires. Finalement, après plusieurs mois où nombreux ont été ceux qui portaient des masques artisanaux, ces nouvelles recommandations sont une nouvelles fois l’expression de la gestion catastrophique de la crise sanitaire. 

 
De cette interview, on retient surtout la politique “zigzag” du gouvernement qui ne cesse de se positionner différemment quant à l’utilisation des masques depuis le début de la crise sanitaire. À ce titre, l’Académie de Médecine a répondu au ministre de la Santé ce vendredi, affirmant que "l’abandon des masques en tissu de catégorie 2 et des masques artisanaux au profit de masques plus protecteurs remet en question le principe du masque protégeant l’entourage de celui qui le porte et induit l’exigence supplémentaire de protéger le porteur du masque. Un tel changement des recommandations concernant une pratique avec laquelle l’ensemble de la population avait réussi à se familiariser risque de susciter de l’incompréhension et de raviver les doutes sur le bien-fondé des préconisations officielles. ».Et si les recommandations du HCSP sont justes, essentielles et à respecter dans un contexte de rebond épidémique et quand l’on sait que les transports en commun, bondés à cause de l’instauration du couvre-feu à 18h, ne permettent pas de respecter les gestes barrières, le gouvernement souhaite les faire appliquer sans donner aux plus précaires les moyens pour.

Face au rebond épidémique, exiger des masques gratuits pour tous et toutes

Ainsi, pour ceux qui fabriquaient leurs masques ou pour qui acheter des masques en tissu de catégorie 2 revenaient moins cher, cela représente un coût supplémentaire pour être en capacité de se protéger du virus. En effet, le gouvernement ne donne pas d’autres alternatives aux franges les plus précaires de la société que de payer les frais des mesures sanitaires qu’il impose. La bonne utilisation d’un masque, lavable ou jetable, la nécessité d’en disposer d’un certain nombre - ce qui est loin d’être le cas de tout le monde, non par manque de volonté de se protéger et de protéger les autres mais parce que le masque devient, dans le budget du mois, un concurrent à d’autres besoins essentiels - ne peut se faire, pour une partie de la population, en l’absence de gratuité. La conséquence directe de cette politique est la réutilisation d’un même masque de nombreuses fois, quitte à se mettre au final en danger sanitaire, pour ne pas tomber sous le coup d’une amende.

Dans un contexte de crise sanitaire et de crise économique, cette dernière étant amplifiée par le premier phénomène, la gratuité des masques est une mesure d’urgence, pour que tout le monde puisse être protégé correctement sans que cela impacte leur assiette. Les 45 millions de masques envoyés par la Poste “à quelques sept millions de Français” ne sont donc pas suffisants car souvent trop peu nombreux. Ils ne font pas le poids face aux 9,8 millions de français vivant sous le seuil de pauvreté, selon l’Insee, dans un rapport de 2018, une précarité qui a encore augmenté avec le covid. ». Alors que des milliards sont donnés pour le patronat, il est impossible de rendre les masques gratuits pour le gouvernement. À l’obligation du masque, il faut répondre par sa gratuité.




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