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Macron t’es foutu !

Manifs spontanées, AGs à 1000, blocus : il faut coordonner et organiser la colère de la jeunesse

Le 49.3 a réveillé une colère profonde dans la jeunesse, qui s’est massivement mobilisée depuis le passage en force de Macron. Manifestations spontanées, assemblées générales avec des milliers de jeunes à Toulouse, Paris ou encore Montpellier : la jeunesse est entrée dans le mouvement et compte y rester.

Alberta Nur


et Erell Bleuen

27 mars 2023

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Manifs spontanées, AGs à 1000, blocus : il faut coordonner et organiser la colère de la jeunesse

80 facs bloquées, plusieurs centaines de lycées mobilisés : la jeunesse est dans la rue

Ce jeudi 23 mars, personne n’a raté l’arrivée massive de la jeunesse dans les manifestations. Dès le matin, plus de 80 universités et écoles étaient bloquées, ainsi qu’une centaine de lycées dans tout le pays. A comparaison avec le 7 mars, où seuls 40 établissements étaient bloqués, la mobilisation a connu un véritable saut. C’est donc une mobilisation très importante dans toutes les villes du pays, de Paris à Marseille en passant par Tours, Angers, Caen, Grenoble, Toulouse, Albi, Nice, Chambéry, Rennes ou encore Lille et partout, les cortèges de la jeunesse ont réuni des centaines, voire plusieurs milliers de jeunes.

La profondeur du mouvement s’est encore manifestée cette semaine avec une mobilisation qui dépasse le cadre des universités ou des écoles traditionnellement mobilisées. Les étudiants de l’université de droit Panthéon-Assas à Paris ont bloqué leur établissement, rebaptisé « Assas la rouge » pour l’occasion. Une première depuis 53 ans. A l’image d’Assas, d’autres universités rarement ou jamais mobilisé comme Lyon 3, ou encore l’université du Capitole à Toulouse. Du jamais vu non plus, les écoles d’ingénieurs ont rejoint le mouvement. C’est le cas de L’INSA à Toulouse, où plus de 150 personnes se sont réunies en Assemblée Générale cette semaine et occupent une partie de l’école, mais également de l’ENTPE à Paris. Dans les cortèges, beaucoup de primo-manifestants expliquent que le 49.3, c’est la goutte de trop : pour Cécile, 22 ans, interrogée par le Huffington Post, «  le 49.3, c’est une manière de faire qui ne passe plus, de même que les violences policières ».

Commentée par de nombreux médias, l’entrée de la jeunesse dans la bataille marque un nouveau tournant dans la situation. Pour Stéphane Sirot, historien, sociologue et spécialiste des mouvements sociaux la mobilisation de la jeunesse dépasse largement de la question des retraites : « Depuis l’adoption du 49.3 par le gouvernement, la question démocratique les taraude » explique-il.

L’entrée de la jeunesse sur la scène noircit un tableau déjà bien sombre pour Macron, d’autant plus qu’elle se cristallise contre sa figure et l’autoritarisme de la Vème République qu’il incarne. Selon l’institut de sondage Ifop, jamais la côte de popularité de Macron n’avaient été aussi faible chez les 18-25 ans. Les vidéos Mcfly et Carlito et les coups de com’ ne suffisent plus à faire taire toute une génération qui a payé le prix fort des politiques austéritaires du gouvernement : baisse des APL, suppression des repas à 1 euro, gestion désastreuse de la crise sanitaire. Le gouvernement a multiplié les promesses non tenues, attaque les budgets des écoles d’art et d’architecture, mais également des universités, refuse d’augmenter les bourses ou les minimas sociaux. C’est toute cette colère accumulée, de la génération « sacrifiée » lors du COVID qui vient s’exprimer aujourd’hui dans la rue. Jusqu’ici, cette détresse avait connu des formes d’expression morbides, l’expression par la mobilisation et l’organisation collective de ces difficultés de la jeunesse est déjà une victoire pour les milliers de jeunes qui ont relevé la tête.

L’entrée massive des jeunes dans la mobilisation, s’explique également par un sentiment général que « c’est le moment d’y aller » car si le 49.3 est un passage en force autoritaire, il est aussi le signe d’un gouvernement plus affaibli que jamais. Alors que les reconductibles se maintiennent dans les raffineries, l’énergie, ou encore les transports, la perspective d’une victoire contre le gouvernement apparaît comme plausible pour des milliers de jeunes. C’est cette détermination à gagner qui s’est incarnée dans les manifestations spontanées qui ont émergé à Paris, Montpellier, Lyon ou encore Bordeaux, mais également dans des assemblées générales, blocages et occupations d’universités qui se multiplient ces derniers jours.

« Macron démission » : la jeunesse rejette la macronie et sa répression brutale

Depuis le passage en force du gouvernement, la mobilisation contre la réforme des retraites a connu un tournant majeur. Signe d’un gouvernement fébrile, le 49.3 est venu jeter de l’huile sur le feu. Désormais, c’est une lutte contre tout le projet de Macron pour les classes populaires et la jeunesse qui s’exprime dans les rues.

La profondeur de la mobilisation actuelle et les établissements qui se mobilisent de manière inédite posent les bases pour dépasser les records du dernier mouvement étudiant, en 2018. Ce sont des éléments qui pourraient annoncer un mouvement d’une ampleur comparable à la lutte contre le CPE en 2006. Une différence importante avec le mouvement d’alors réside dans le sentiment anticapitaliste aujourd’hui largement partagé, quand la mobilisation de 2006 était empreinte d’une pensée plus modestement anti-libérale.

Dans le contexte d’une large remise en cause de la légitimité de Macron dans la population, et plus généralement des institutions politiques, le gouvernement risque d’avoir des difficultés à ranger dans le giron institutionnel les aspirations de la jeunesse, et n’a pour l’instant pas d’autres voies que celle de la répression brutale. Depuis l’annonce du 49.3, on décompte des milliers de manifestants arrêtés, interpellés, dont de nombreux jeunes. La répression policière sévit également dans les blocages d’universités comme à Strasbourg et à Lille, ou encore sur les lycées.

Animé par la peur d’une jonction entre la colère des jeunes et le monde du travail, le gouvernement cherche à tuer la mobilisation étudiante dans l’œuf. Pour Abel, chargé de TD à Paris 8 : « Ils essaient de casser cette spontanéité de la jeunesse pour éviter que cela ne prenne de l’ampleur, que les travailleurs s’en saisissent pour y puiser du courage ».C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la répression brutale de la manifestation organisée par l’Inter-facs parisienne au départ de Tolbiac pour aller soutenir les éboueurs en grève sur leur piquet, où cinq étudiants ont été interpellés.

Mais manque de chance pour Macron, les violences policières radicalisent les primo-manifestants qui voient le lien direct entre l’autoritarisme du 49.3 et la répression, ce d’autant plus qu’à l’intérieur des universités, les présidences cherchent elles aussi à empêcher la mobilisation de se structurer, en imposant les fermetures administratives et de passage en distanciel.

Pour réussir à amplifier le mouvement et pouvoir se défendre face à la répression de la police et des présidences de facs, l’auto-organisation constitue notre principal atout. Les cours en distanciel resteront lettre morte si des Assemblées Générales massives se constituent dans l’ensemble des universités fermées administrativement, de la même manière qu’elles peuvent permettre de mobiliser des centaines d’étudiants devant les commissariats et sur les piquets de grève, et mettre ainsi en échec les forces de répression comme ça a été le cas à la raffinerie de Normandie vendredi dernier.

Construire et coordonner un mouvement étudiant massif pour en finir avec Macron et son monde

Aujourd’hui, il est clair que la jeunesse joue un rôle dans le caractère plus radical et spontané des mobilisations. Mais au-delà des jeunes mobilisés, ce sont des milliers de travailleurs qui, à l’annonce du 49.3 ont fait le choix de durcir le ton. Grève sauvage à Châtillon, manifestations spontanées, arrêt des expéditions en Normandie : les bases sont posées pour un mouvement politique contre Macron, la Vème République et le système tout entier qu’il incarne.

Dans ce contexte, la spontanéité et la radicalité d’un mouvement étudiant pourraient jouer un rôle pour contraindre l’Intersyndicale, qui maintient sa stratégie de pression institutionnelle, en agitant désormais un recours au conseil constitutionnel ou le référendum d’initiative partagée et persiste dans l’organisation de journées de grève isolées, alors que les reconductibles se durcissent dans plusieurs secteurs du monde du travail. Une stratégie de la défaite également défendue par Louis Boyard, qui déclarait au micro de BFMTV qu’il fallait une « sortie de crise par les urnes ». Pire encore, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger se montre désormais prêt à liquider la revendication du retrait de la réforme et à trahir le mouvement en proposant au gouvernement de « marquer une pause » pour trouver « un compromis ».

Pour dépasser toutes ces impasses, qui ne correspondent en rien à l’ambition des secteurs en grève et des jeunes dans la rue qui veulent dégager Macron et sa réforme, le mouvement étudiant doit rompre avec les stratégies de la défaite et œuvrer à construire, aux côtés des secteurs du monde du travail, la généralisation de la grève. En effet, si la radicalité de la rue ne suffira pas en elle-même à construire la victoire, sa jonction avec l’élargissement de la grève pour bloquer toute l’économie, au-delà des secteurs déjà mobilisés, est une tâche centrale du mouvement qu’il est possible de réaliser, à condition de construire un mouvement étudiant de masse qui se batte aux côtés du monde du travail. Dans ce sens, la défense des grèves reconductibles en cours face à la répression, comme l’ont fait les jeunes mobilisés à Paris en allant soutenir les éboueurs devant les TIRU contre les réquisitions, constitue un exemple de solidarité qu’il est crucial d’étendre à l’ensemble des secteurs réprimés.

Pour permettre au mouvement étudiant de jouer un rôle dans la séquence, il est nécessaire de construire et élargir la prochaine coordination nationale étudiante qui se tiendra à Paris le weekend du 1er Avril. Tous les jeunes mobilisés dans le pays, doivent se doter d’un organe démocratique pour discuter et coordonner la mobilisation, sans attendre les directives de l’intersyndicale. La construction, par le bas de cette coordination, dans chaque assemblée générale et université mobilisée du pays est un enjeu central pour le mouvement. A l’heure où l’intersyndicale cherche à éteindre la mobilisation et cherche un compromis avec le gouvernement, la jeunesse doit œuvrer à durcir le mouvement, aux côtés des travailleurs. En 2016, c’est suite à l’appel de la coordination nationale étudiante que l’intersyndicale avait été en partie contrainte à appeler à la mobilisation le 9 mars 2016. La construction d’une coordination nationale étudiante qui représente l’ensemble des écoles et université mobilisés peut jouer un rôle clé dans la construction d’un autre calendrier de lutte sans compromis avec le gouvernement.

Dans les facs, alors que les présidences ferment les campus pour empêcher que l’organisation des étudiants se structure, il faut continuer de construire les assemblées générales, pour faire des universités des endroits ouverts, au service de la mobilisation. C’est un premier pas pour lutter pour un autre type d’universités, ouverte à tous et à tous, où les savoirs sont au service de la majorité de la population et non pas des profits capitalistes.

En effet, dans ce combat qui dépasse désormais la réforme des retraites, il est possible d’obtenir la retraite à 60 ans à taux plein, l’indexation des salaires sur l’inflation ou encore la mise en place d’un revenu étudiant financé par le patronat. Alors que les lycéens sont en train de faire face à Parcoursup et que Trouve ton Master a ouvert il y a quelques jours, il faut exiger la fin de la sélection à l’université et des moyens pour accueillir tout le monde dans la filière de son choix.Mais face à la Vème République profondément antidémocratique, il est également essentiel de défendre l’abolition du Sénat et de l’Assemblée Nationale, pour œuvrer à la construction d’une assemblée unique et révocable, des travailleurs et des classes populaires.

C’est toutes ces revendications qu’il s’agit d’arracher, en œuvrant à la construction d’un mouvement étudiant massif aux côtés des travailleurs. Construisons un avril rouge pour lutter contre l’avenir de misère et de crise écologique que défend Macron et sa police ! Dégageons Macron et son monde !


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Erell Bleuen

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