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Politique

Crise sanitaire

Macron impose un confinement made in MEDEF

Comme un aveu d'échec. Alors que l'exécutif comptait à tout prix éviter ce scénario, Emmanuel Macron, pressé par une situation sanitaire incontrôlée, a imposé une nouvelle fois un reconfinement. Mais un reconfinement bien particulier, où nous ne pourrons faire qu'une chose : "sortir pour travailler". Les écoles, collèges et lycées resteront donc ouverts pour permettre aux parents de travailler. L'activité économique est donc mise au centre, et notre vie sociale réduite au maximum. En somme, un confinement made in MEDEF.

mercredi 28 octobre

Crédits photos : Ludovic MARIN / AFP

Pour cette nouvelle allocution Emmanuel Macron a choisi d’aller vite. Moins de fioritures, moins de symboles, moins d’emphase, juste un tableau, très personnel, de la situation et les choix du gouvernement pour y faire face. Pendant les premières minutes de son intervention, le Président de la République a ainsi posé le décor. Celui d’une épidémie qui « circule à une vitesse que même les plus pessimistes n’avaient pas anticipé » et nous « submerge », en dépit d’un gouvernement dont la « stratégie était la bonne. » Un constat que ne partageait pas Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon, qui pointait hier matin sur BFM TV, comme de nombreux soignants, l’impréparation du gouvernement, mais qui s’inscrit dans la tradition macroniste visant à mettre sous le tapis la responsabilité de sa gestion.

Si la gestion du gouvernement n’est pas en cause pour Macron, et si les Français auraient pu « mieux respecter les gestes barrières », il n’en reste pas moins que le virus apparaît plus dangereux que jamais. Avec une deuxième vague plus étendue que la première, et un virus dont on découvre les « séquelles » neurologiques qu’il laisse et sa capacité à frapper jusqu’aux « plus jeunes », l’heure est grave explique le Président. « Si nous ne donnons pas aujourd’hui un coup de frein brutal aux contaminations, nos hôpitaux seront très vite saturés » explique-t-il gravement avant de présenter l’option choisie : un reconfinement.

Une mesure présentée comme le meilleur moyen de répondre aux « objectifs » du gouvernement : « protéger » les soignants, les plus modestes, les plus âgés, les plus jeunes mais surtout… l’économie ! Car si reconfinement il y a, celui-ci est considérablement allégé pour n’empêcher que ce qui n’est pas productif, à savoir la vie sociale. Jusqu’au 1er décembre a minima, la population pourra donc aller à l’école, au collège ou au lycée (garderie du MEDEF oblige, seule les facs passeront en distantiel), mais surtout continuer de travailler ! Lors de la première vague, le MEDEF regrettait que Macron n’ait « pas assez insisté sur la nécessaire continuité de l’activité économique » en annonçant le confinement, cette fois c’est chose faite !

Un confinement light donc, mais dont la « légèreté » colle assez mal avec la gravité de la situation décrite au début de l’allocution et dénoncée par les soignants, dont certains vont jusqu’à demander un « confinement total ». La solution « intermédiaire » que Macron a présenté, en l’opposant à la stratégie irresponsable de « l’immunité collective », apparaît ainsi surtout comme une tentative de concilier, tant bien que mal, la nécessité de mettre « un coup de frein brutal aux contaminations » tout en préservant l’économie au maximum pour ne pas froisser le MEDEF. Une méthode « intermédiaire » qui n’apparaît responsable qu’en niant la réalité, à savoir que les contaminations se font en grande partie sur les lieux de travail et dans les écoles, un constat éclatant dans les chiffres de Santé Publique France mais que le Président préfère mettre sous le tapis tant il ferait tâche dans son discours.

Et par-delà le choix de ce confinement, c’est également la continuité d’une gestion austéritaire qui apparaît dans le discours. Car une fois de plus, aucun moyens supplémentaires pour les hôpitaux ou l’Education Nationale n’ont été annoncés, des moyens pourtant essentiels pour faire face à l’épidémie. Une fois de plus, face à l’irresponsabilité du gouvernement qui donne un nouveau blanc-seing au patronat pour maintenir la production, les travailleurs et travailleuses devront s’organiser pour imposer des mesures sanitaires à la hauteur, obtenir la transparence sur les contaminations ou encore faire fermer les productions non-essentielles.




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