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Politique

A propos de quelques élucubrations d’Adrien Quatennens

Macron à l’Elysée, Mélenchon à Matignon ?

Macron président, Jean-Luc Premier ministre ». Ce n’est pas le titre du prochain roman de science-fiction de la prochaine moisson littéraire l’été. C’est l’hypothèse qu’a défendu le député insoumis Adrien Quatennens, au lendemain du premier tour.

mercredi 13 avril

Au-delà de la politique fiction, cette extrapolation n’a rien d’innocent dans la bouche du bras-droit de Mélenchon. C’est autant une façon de soutenir que pour que leader des Insoumis soit à Matignon, il faudrait que Macron soit à l’Elysée, qu’une façon, également, de continuer à appeler à faire confiance dans les mécanismes électoraux et institutionnels pour défendre une perspective politique pour notre camp social. Et ce alors qu’ils font eau de toute part.

Lorsque la gauche de la France insoumise prétend défendre une « perspective de gauche », elle soutient qu’une prise du pouvoir par les urnes devrait être accompagnée par une mobilisation dans la rue pour imposer des changements. C’est ce que disaient, il y a quelques jours encore, Danièle Obono ou Fred Borras pour appeler à voter Mélenchon au premier tour. L’histoire de notre classe, d’Allende à Tsipras, pour ne parler que des cinquante dernières années, nous enseigne qu’en règle générale, le « gouvernement de gauche » qui arrive au pouvoir par les urnes conduit tout droit dans le mur les « mobilisations dans la rue ». Mais avec ses déclaration d’après premier tour Quatennens en arrive même à renoncer à cette idée de pression à plusieurs niveaux. Pour lui, Mélenchon peut arriver à Matignon si le score de l’Union Populaire aux présidentielles, 22%, se réitère aux législatives.

Le système électoral, uninominal à deux tours et sans aucune proportionnelle a été créé pour conforter les partis du régime. Cette fois encore, il y a fort à parier qu’entre combines et petits arrangements, la macronie va tout faire pour rafler une majorité, plus ou moins composite au Parlement, avec la droite traditionnelle, les partisans d’Edouard Philippe et peut-être même des morceaux du social-libéralisme. C’est en tout cas ce que prétend Macron à travers la constitution, d’un « grand parti unique » du régime autour de sa personne. Mais quand bien même l’hypothèse de Quatennens reposerait sur des éléments de réalité, imaginer qu’un Mélenchon « imposé » à Matignon par les urnes, cohabitant avec Macron aux commandes de l’exécutif, puisse mener une politique en faveur des classes populaires et du monde du travail, c’est faire passer des vessies pour des lanternes.

Après avoir défendu mordicus la perspective d’une VIème République, Mélenchon serait revenu à une perspective plus pragmatique de cohabitation à Matignon ? Cette invention gaullienne et Vème républicaine, typiquement française, est intrinsèquement liée à cette stratégie du coup d’Etat permanent, dénoncée il y a longtemps par François Mitterrand, grande référence de Mélenchon. Fondamentalement, cette distinction entre l’Elysée et Matignon est fonctionnelle à l’existence d’un exécutif à deux têtes qui a pour but d’assurer, dans les moments de crise, l’assise du régime et la domination de la bourgeoisie. Le premier ministre est, en « situation normale », un fusible de sécurité, et donne l’illusion, en cas de cohabitation, de pouvoir mener une politique d’opposition. Le tout, bien entendu, conforte l’idée qu’il serait possible d’infléchir, d’une façon ou d’une autre, la politique de la bourgeoisie en étant à Matignon.

Mélenchon n’a jamais caché qu’à défaut de Palais de l’Elysée, il pourrait bien se contenter de Matignon. C’est ce qu’il défendait, déjà, il y a neuf ans, devant Jean-Claude Bourdin. Alors que Hollande commençait à dévisser dans l’opinion, faisant face à un discrédit sans précédent, Mélenchon, disait regretter que le président ne l’ait contacté pour remplacer, à l’époque, Jean-Marc Ayrault. Si Quatennens suggère que Mélenchon pourrait arriver à Matignon, c’est également une façon pour mettre la pression sur Macron. Ou imaginer mettre la pression. Le président sortant a commencé à faire la tournée des villes où le candidat insoumis est arrivé en tête et dans le Pas-de-Calais, dès lundi matin, alors qu’un journaliste lui demandait s’il n’avait pas songé à Mélenchon à Matignon, Macron s’est contenté de botter en touche, sans répondre. Un « renvoi d’ascenseur » en direction des Insoumis.

Cultiver l’idée que cela pourrait arriver, soit en y contraignant Macron, soit en portant une majorité insoumise au palais Bourbon, c’est une fois encore, en appeler à confier dans les urnes, à s’en remettre aux institutions et à déposer toute sa confiance en un homme providentiel. Une logique personnaliste et démobilisatrice comme la direction de la France Insoumise sait la défendre, là où il faudrait appeler, dès à présent et indépendamment des options défendues par les uns et les autres aux législatives, appeler en commun, au sein du mouvement ouvrier, à la constitution d’un bloc de résistance pour organiser les colères et préparer l’affrontement avec la politique qui sera porté dans les mois à venir. Mais cela, ni Quatennens, ni Mélenchon, ni l’aile gauche des Insoumis, ne le défendent. Avant, il y a les élections. Avant et toujours, en réalité, si l’on suit leur logique.



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