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Les profits au détriment des vies : Pfizer et BioNTech refusent de suspendre les brevets des vaccins Covid-19

Alors que la plupart des gouvernements se disent favorables à la levée des brevets sur les vaccins, les grands groupes pharmaceutiques, qui ont déjà dégagé des milliards de profits avec la crise, ont exprimé leur refus catégorique de céder à la demande.

vendredi 7 mai

Crédits photos : El Universal

Article initialement publié sur La Izquierda Diario et traduit de l’espagnol par Youri Merad

Après que Katherine Tai, la représentante américaine au commerce, a annoncé mercredi que les États-Unis soutenaient la levée des brevets pour les vaccins COVID-19, le refus catégorique de la part des laboratoires Pfizer et BioNTech, ainsi que de l’Allemagne (à laquelle appartiennent partiellement BioNTech et Pfizer) ne s’est pas fait attendre.

Le PDG du laboratoire germano-américain Pfizer, Albert Bourla, a déclaré dans une interview accordée à l’AFP que son entreprise n’était «  pas du tout  » d’accord avec la proposition de suspension des brevets. Il a fait valoir que cette mesure «  n’augmentera pas  » la production mondiale «  ni l’offre à court terme  ».

Pour sa part, la société pharmaceutique allemande BioNTech a déclaré que «  la protection des brevets sur les vaccins anti-covid-19 ne limite pas la production et n’explique pas les ratés de l’approvisionnement dans le monde  ». Elle ajoute que «  si aucune des exigences n’est respectée, la qualité, la sécurité et l’efficacité du vaccin ne peuvent être garanties par le fabricant ou l’inventeur. Et cela peut mettre en danger la santé des personnes vaccinées  ».

Du côté allemand, un fonctionnaire du gouvernement d’Angela Merkel a déclaré que «  la mesure proposée par les États-Unis de lever les brevets pour les vaccins COVID-19 a des conséquences importantes pour la production de vaccins dans son ensemble  ». Le même fonctionnaire a ajouté que «  la protection de la propriété intellectuelle est une source d’innovation et doit le rester à l’avenir  ».

En effet, l’opposition des grands laboratoires et de certains pouvoirs centraux à une éventuelle libération des brevets était prévisible. Le monopole de la production des vaccins est une mine d’or pour les laboratoires pharmaceutiques. On apprenait la semaine dernière que le PDG d’AstraZeneca avait dégagé plus d’1,5 milliard de dollars de bénéfices depuis la mise en vente de son vaccin en janvier. Pfizer de leur côté annonçait une marge de 4 milliards de dollars sur leur vaccin.

Et les annonces tardives du gouvernement de Biden, faisant suite à une demande formulée à l’OMS par l’Inde et l’Afrique du Sud en octobre 2020, et réclamée par les épidémiologistes depuis le début de la pandémie, s’expliquent d’abords par le fait que les laboratoires qui produisent le vaccin sur le sol américain ont eu le temps de dégager la plupart des milliards dollars disponibles sur ce marché juteux.

D’autre part, elle intervient à un moment où la situation et l’avenir de la pandémie sont plus préoccupants, avec de nouvelles vagues dans différents pays du monde où se sont formés de nouveaux variants du virus plus mortels et contagieux, à l’image de l’Inde et du Brésil où les niveaux de contagion alarmants génèrent les conditions pour l’émergence de nouvelles souches et une perte d’efficacité des vaccins existants.

Ce mépris des dirigeants des grands groupes pharmaceutiques pour la santé de milliards d’êtres humains réaffirme la nécessité pour les travailleurs de ces groupes d’exercer un contrôle sur la production du vaccin. Sans cette condition, la levée des brevets ne permettra pas une gestion raisonnée de la crise sanitaire, qui sera toujours entre les mains des patrons et des gouvernements qui ne se posent que la question de la préservation du système capitaliste et des profits. Plus largement, il ne suffit pas de se cantonner à la demande d’ouverture des brevets, mais d’exiger la levée de l’ensemble du savoir faire et de la recette pour construire les vaccins, qui sont également brevetés.




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