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375 morts du covid en 24h

« Les plans blancs se succèdent, les déprogrammations aussi ». Fabien, infirmier à St-Nazaire

Alors que le gouvernement et la presse bourgeoise s’enorgueillissent d’une décélération de la courbe épidémique du Covid-19 tout en tenant pour responsable les non-vaccinés de la tension dans les hôpitaux, 375 personnes sont mortes du Covid ce mardi tandis que la barre des 465 000 cas a été franchie en 24 heures. Fabien, infirmier à Saint-Nazaire et membre du collectif des Inter-Urgences, confirme que les hôpitaux sont toujours débordés et les soignants toujours méprisés.

mardi 18 janvier

Crédit photo : AFP

Révolution Permanente : Après avoir fait des non-vaccinés les responsables des tensions à l’hôpital, ces derniers jours le gouvernement et la presse bourgeoise parlent déjà d’une décrue concernant la 5e vague. Par exemple, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet affirmait hier au micro de France Inter que « le pire s’éloigne ». Quelle est réellement la situation dans les hôpitaux ?

Je ne peux pas vraiment parler de la situation dans tous les hôpitaux mais en tout cas à Saint-Nazaire on a encore beaucoup d’hospitalisations dues à la Covid-19 même si en soin critique la tendance est effectivement à la baisse. Si dans les chiffres et les statistiques Arnaud Fontanet dit qu’il y a une baisse, sur le terrain on ne le ressent pas tout de suite et il faut voir si on a vraiment atteint le pic ou si cela se transforme en plateau et pour l’instant cela n’est pas clair. Mais ce qui est sûr et que l’on constate dans tous les hôpitaux, c’est que le plan blanc a été déclenché et il est maintenant devenu le fonctionnement normal de l’hôpital pour faire face à cette épidémie. En 2 ans et demi de Covid, il n’y a toujours pas eu de véritables moyens mis pour s’adapter à la situation de crise sanitaire que nous vivons, les plans blancs se succèdent et les déprogrammations également.

Pour moi, il est faux de dire qu’il y a une tension à l’hôpital. En vérité, c’est juste que l’hôpital n’est plus adapté pour soigner la population. Il n’y a pas de tension mais bien une pénurie de lits parce qu’il y a une volonté politique de réduire drastiquement les lits même en pleine 5e vague.

RP : Près de 25 000 personnes hospitalisées pour cause de Covid-19 dans le pays dont 3895 en soins critiques, un gouvernement qui propose de réduire la durée des hospitalisations au JDD, quelle sont les conséquences de cette saturation des services orchestrée par la gestion sanitaire criminelle du gouvernement sur les soignant.es et les malades après 2 ans de crise sanitaire ?

Pour moi, cette proposition du gouvernement de réduire la durée des hospitalisations montre une libéralisation de la médecine et cache la destruction de l’hôpital public. Cela ne fait que reporter la charge de soin sur les proches et les familles et cela entraîne des conséquences dramatiques pour les malades. Pendant la 1ère vague, certaines personnes qu’on a renvoyé à domicile avec de l’oxygène revenaient mourantes à l’hôpital. Laisser les gens rentrer chez eux c’est risquer qu’ils s’aggravent rapidement et en plus il faut qu’ils aient des proches pour s’occuper d’eux, des proches qui ne travaillent pas, ou n’aient pas d’enfants.

Du côté des soignants, la possibilité même de travailler quand on a la Covid pour pallier au manque de personnel est une aberration sanitaire. Je ne comprends pas et cet avis est partagé par le Collectif, que cela soit possible quand on sait qu’il y a un risque élevé de contaminer des personnes fragiles même lorsque l’on est asymptomatiques ou que l’on a peu de symptômes. Il y a quelques années cela ne serait venu à l’idée de personne de venir au travail avec la grippe. Au début de l’épidémie on nous a accusé d’être des pourfendeurs d’épidémie mais aujourd’hui on nous autorise à venir travailler tout en étant malade alors que l’intérêt collectif voudrait que nous restions isolés.

RP : Comment est perçu ce « black-out » médiatique sur la situation réelle des hôpitaux par les soignant.es ?

Crée en mars 2019, le Collectif Inter-Urgences mettait déjà au cœur de ses dénonciations ce black-out médiatique, entretenu par les directions des hôpitaux sur la situation réelle du service public hospitalier. Finalement la Covid n’a été qu’un accélérateur de tous ça et chez les collègues il y a un sentiment d’être totalement délaissés. On nous entend mais il y a une volonté politique de ne pas répondre à nos demandes. Le Ségur de la santé qui a eu lieu en juillet 2020 représentait un espoir pour beaucoup de soignants mais a été vécu comme une énième trahison du gouvernement et un retour de bâton qui a fait mal après les applaudissements du premier confinement.

A la suite de ce Ségur il y a eu des revalorisations de salaire certes mais pas d’amélioration des conditions de travail des soignants, alors que cela faisait partie des revendications, ce qui fait que l’on continue à chasser les soignants par des conditions de travail dégradées. Par exemple, on nous rappelle sur des jours de repos, on manque d’accès à la formation continue et aussi l’aspect émotionnel avec la pression qu’exercent les managers sur les collègues pour qu’ils reviennent travailler. L’hôpital public est en sous-effectif chronique et le Covid n’a fait qu’accélérer cette situation.

En tant que soignant, on demande juste à pouvoir exercer notre métier dignement, avec le matériel et le personnel nécessaire, ce ne sont pas des caprices de star.

RP : De manière plus large, un « retour à la normale » est-il possible après 2 ans de crise sanitaire et des années de casse de l’hôpital public ?

Il n’y aura pas de retour à la normale, avant le Covid la situation de l’hôpital public était déjà catastrophique. Les gouvernements de ces trois dernières décennies ont détruit l’hôpital public à coup de restrictions budgétaires. Pour moi, le retour à la normale ce serait un retour à un service public de qualité. Le sous-financement contribue à détricoter le système de santé et à le détruire.

RP : Quelles perspectives de mobilisation après les manifestations de mardi 11 janvier, les minutes de silence initiées dans plusieurs CHU et en préparation de la journée du 27 janvier qui s’annonce comme une grève interprofessionnelle ?Quel lien avec le secteur de l’éducation qui a mené une grève historique le 13 janvier ?

La minute de silence est à l’initiative du collectif inter-hôpitaux avec qui nous sommes en lien et nous soutenons cette initiative. Pour autant, je pense que l’idée de se réunir pour faire une minute de silence et retourner tête basse travailler ne fera pas de bruit, avec le collectif inter-urgences nous pensons qu’il faut quelque chose de plus marquant. Pour ma part, je participerai à la journée du 27 janvier pour défendre le service public et la revalorisation des salaires et avec le collectif, nous sommes en train de réfléchir à une date pour la santé pour s’organiser. Concernant l’éducation, je soutiens les profs et les personnels de l’Education Nationale car finalement tous ces combats se rejoignent. Nous voulons que tout le monde ait le même accès à l’éducation, au soin à la justice.



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Covid-19   /    Crise sanitaire   /    Inter-Urgences   /    Casse de l’hôpital