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Les oubliés du Ségur de la santé : diviser les travailleurs pour mieux régner

Les travailleurs de la santé ont vu leurs salaires gelés pendant plus de dix ans : suite à la crise sanitaire, le gouvernement a lâché quelques miettes au travers le Ségur de la santé, mais pas pour tout le monde. Le fossé entre contractuels, précaires et titulaires ne cesse de s’approfondir, ainsi qu’entre catégories de fonctionnaires.

vendredi 7 mai

Crédits photo : MAM / actu Paris Juillet 2020

L’ensemble du personnel des hôpitaux et EHPAD publics auraient, soit-disant, bénéficié d’une hausse salariale dite « socle » de 183 euros, annoncée en juillet dernier après la signature de la première phase du Ségur de la santé. A compter du 1er octobre 2021 plus de 500 000 agents de la fonction publique hospitalière vont bénéficier d’une revalorisation des grilles salariales. Mais voyons cela de plus près…

Les directions syndicales et une partie de la presse n’ont pas tari d’éloges les montants débloqués, détaillés par Capital : « En 2021, le montant global de ces revalorisations dépassera 200 millions d’euros. En année pleine, c’est-à-dire dès 2022, il s’élèvera à 740 millions d’euros. L’objectif de ces revalorisations des grilles salariales est double : donner de meilleures perspectives de carrière aux personnels travaillant déjà dans le système de santé, mais aussi attirer de nouveaux talents.  »

Pourtant, la réalité de cette revalorisation est tout autre, surtout pour les autres métiers de l’accompagnement médico-social qui en seraient exclus et dont la revalorisation serait remise à plus tard, sous conditions d’un rapprochement conventionnel effectif hypothétique et de négociations futures au niveau de la branche.

Le fossé entre catégories de la fonction publique s’accentue

Même le journal patronal Capital souligne ces disparités : « concrètement, les diététiciens, les techniciens de laboratoire et les préparateurs en pharmacie hospitalière sont en catégorie B de la fonction publique aujourd’hui. Pour revaloriser leurs salaires, il faudrait les faire monter en catégorie A, mieux rémunérée. Mais pour être en catégorie A, il faut un diplôme de niveau bac+3 (licence, licence professionnelle...) au moins. Or actuellement, les formations reconnues officiellement pour faire ces trois métiers sont de niveau bac+2 (DEUG, BTS…), ce qui correspond à la catégorie B de la fonction publique. Avant de revaloriser les salaires de ces métiers, le ministère de la Santé veut donc procéder à ce qu’il appelle la “réingénierie” de leurs diplômes, pour les faire passer au niveau licence. Du coup, ils ne seront pas concernés par les revalorisations salariales dès le 1er octobre. »

Une “réingénierie” que les travailleurs de la santé attendent depuis des dizaines d’années. D’autres secteurs professionnels sont exclus de ces revalorisations, comme le personnel administratif et des services généraux et techniques, mais aussi l’ensemble des travailleurs des secteurs du social, de la protection de l’enfance, des aide aux familles et adultes. C’est le cas du personnel soignant des IME (Institut Médico-éducatif), qui témoignent de leur détresse dans un article de Rue89 Bordeaux :

«  Si le personnel soignant du champ du handicap a entre-temps pu bénéficier d’une augmentation salariale au 13 avril dernier, là encore, les professionnels estiment qu’une fracture se crée au sein des mêmes structures entre personnels médicaux bénéficiant des apports du Ségur et accompagnateurs, relevant du champ social.  » En effet, en guise d’exemple une aide soignante et une aide médico-psychologique auront un salaire inégal en faisant partie de la même équipe et malgré le fait de soigner les mêmes personnes.

Mais aussi entre les titulaires et contractuels

Si le fossé se creuse entre catégories de la fonction publique, c’est-à-dire le personnel titulaire, dans les cas des contractuels, la différenciation est encore plus criante puisqu’ils n’ont pas accès aux primes de services, et voient leurs possibilités d’évolution de carrière réduites à néant. Une inégalité que l’on retrouve également au niveau de la mutuelle, qui ne dépendra plus de celle de la fonction publique mais plutôt d’une mutuelle privée.

Derrière cette mascarade qu’est le Ségur de la santé se cache la volonté du gouvernement de continuer à avancer vers la privatisation de la santé publique et l’externalisation complète des catégories C du fonctionnariat de la santé, dites « métiers techniques ». Un pas de plus dans la précarisation et l’exacerbation des mauvaises conditions de travail d’une grosse partie des métiers de la Santé publique comme les ambulanciers, les ASH, la maintenance, les buandiers, entre autres.

Pour s’opposer à cette tendance, nous devons exiger de la part des directions syndicales un plan de bataille à la hauteur, en mettant à bas les limites corporatistes de chaque service, et en développant la plus large auto organisation des travailleurs à la base, aux côtés des usagers dans des assemblées afin que ceux-ci puissent décider par eux-mêmes et pour eux-mêmes des conditions de travail et de prise en charge des patients les plus favorables.




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