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Les luttes des travailleurs en Allemagne (partie II)

Peter Robe En Allemagne vient de se dérouler une succession de luttes : lorsque l'une se terminait, une autre commençait. On perçoit une prédisposition à la lutte plus grande des travailleurs, même si le contrôle de la bureaucratie syndicale continue et constitue une limite importante.

lundi 29 juin 2015

« Plus pour nous, c’est plus pour tous »

Telle est la devise d’une autre grève importante qui se développe à la Charité, le plus grand hôpital universitaire d’Europe. Comme signe d’avertissement, le personnel de l’hôpital s’est mis en grève à deux reprises en avril, et le lundi 22 juin une grève illimitée a démarré. Contre les conditions de travail misérable qui mettent les patients en danger, les travailleurs exigent plus de personnel pour pouvoir améliorer les conditions des soins.

La directrice de l’hôpital a qualifié la grève d’illégale et les revendications d’impossibles à satisfaire, alors même que l’hôpital est très rentable. Au même moment, la ville de Berlin dépense des millions d’euros par mois afin de garder le nouvel aéroport... fermé.

Il y a quatre ans, la grève des travailleurs du nettoyage a déjà mis en lumière les conditions de précarisation auxquelles l’État soumet les travailleurs et les patients de l’hôpital.

« La lutte d’Amazon continue »

Entretemps, les travailleurs d’Amazon restent debout, soutenant d’autres grèves et recevant la solidarité des étudiants et des consommateurs qui rejettent les contrats intérimaires avec lesquels l’entreprise fait chanter les travailleurs.

La lutte à Amazon est en cours depuis plus de 3 ans et se caractérise par un plus grand processus d’organisation et de politisation que les autres grèves, étant devenu la référence pour des pans entiers de l’avant-garde de la classe ouvrière.

Dans les « bastions » de la lutte que sont les centres de Bad Hersfeld et de Leipzig, plusieurs grèves pour les « brazos caidos » (indemnités de départ ?) ont eu lieu, ce qui démontre une initiative de la part des travailleurs d’augmenter la pression.

Au centre logistique de Brieselang, près de Berlin, la lutte judiciaire de 5 délégués de la commission interne contre leur licenciement et pour pouvoir terminer leur mandat démocratique de 4 ans à la commission se poursuit. Et cela dans un contexte de nouveaux licenciements, permis par les contrats intérimaires.

Diverses actions à l’extérieur de l’usine et en ville, comme des discours regroupant plus de 100 spectateurs, ont été quelques-unes des initiatives d’un comité de solidarité avec les travailleurs d’Amazon, formé par ces derniers et d’autres travailleurs, étudiants et consommateurs.

Le 24 juin, une nouvelle séance du tribunal du travail a donné lieu à un rassemblement devant le tribunal.

« Au travail égal, salaire égal »

Également dans le secteur commercial, une autre lutte importante commence à se développer, avec une grève d’avertissement menée le 12 juin dans la capitale et le land de Brandenburg.

Les travailleurs luttent contre la différence de salaire (l’équivalent de 300 à 400 euros par mois) qui existe toujours entre l’ouest et l’est de l’Allemagne.

En 2013, une grève énorme a eu lieu dans ce secteur à laquelle plus de 2 millions de travailleurs ont participé (même si le syndicat en organisait à peine 10 %). Celle-ci a réussi à contre l’offensive patronale, mais a laissé de côté les revendications des travailleurs de l’Allemagne de l’Est.

Nouvel esprit de lutte, vieille conciliation de classes

Toutes ces luttes ont beaucoup de potentialités, mais aussi d’importantes limites, soit à cause de leur caractère défensif (comme c’est le cas à la Poste), soit à cause du contrôle de la bureaucratie syndicale et du manque d’une alternative combative de classe. Mais elles sont l’expression d’un nouvel esprit de lutte au sein de la classe ouvrière. Il s’agit de luttes potentiellement politiques qui mettent en question la précarisation (sous-traitance, contrats intérimaires, bas salaires, flexibilité...), qui a été mise en place au début des années 2000 avec l’Agenda 2010 du social-démocrate Schröder. Mais les bureaucraties syndicales empêchent ces luttes de se développer sous une forme ouvertement politique qui s’attaque au modèle même de la précarisation.

De plus, elles rendent compte d’un fait très révélateur. La stratégie de conciliation de classes (Sozialpartnerschaft en allemand) consistant, pour les bureaucraties syndicales, à choisir la négociation en période de mobilisation, est à l’agonie, agonie due notamment à l’offensive toujours plus brutale du capital. Il y a une offensive pour détruire l’emploi stable et les structures syndicales, même si la bureaucratie continue à faire appel aux avantages d’« améliorer l’entreprise », « pour le bien des travailleurs et des travailleuses ».

Cette stratégie se révèle de moins en moins efficace au moment où les revendications des travailleurs, et avant tous les plus précaires, sont satisfaites.

Les luttes actuelles sont l’expression du début d’un processus de développement de la subjectivité de la classe ouvrière allemande. La tâche consistant à construire une alternative de classe, combative, antibureaucratique et de base au sein du mouvement ouvrier allemand, à même de mettre en échec les bureaucraties pourries, est à l’ordre du jour.

Pour en savoir plus : http://www.laizquierdadiario.com/spip.php?page=movil-nota&id_article=18949#sthash.mPqarCl7.dpuf




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