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Grève dans les transports

Les aiguilleurs de Paris Nord envahissent le siège de SNCF Réseau

Ce vendredi les aiguilleurs de la Commande Centralisé du Réseau de St Denis et du Bourget, en grève majoritaire, ont décidé de mener une action commune interpellant la direction sur la question des salaires et des conditions de travail dans le contexte d’un 10 mars de grève contre la réforme des retraites

Adèle Chotsky


et Phil Adrian

11 mars 2023

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Les aiguilleurs de Paris Nord envahissent le siège de SNCF Réseau

Crédits photo : Révolution Permanente

Ce vendredi 10 mars, les aiguilleurs en grève de la Commande Centralisé du Réseau et du Bourget, se sont réunis en Assemblée générale commune et ont décidé de mener une action interpellant la direction sur la question des salaires et des conditions de travail.
Les aiguilleurs du Bourget, qui mènent un mouvement de grève depuis le 21 novembre sur les heures de pointe, et en reconductible par périodes de 24h depuis le 7 mars, avaient reconduit la grève jusqu’à ce vendredi 10 mars, pour des augmentations de salaires et contre la réforme des retraites.
La grande majorité des aiguilleurs de la Commande Centralisée du Réseau (CCR) de Paris Nord, située dans la gare de Saint-Denis, étaient en grève majoritaire ce vendredi 10 mars.

Ce vendredi, les aiguilleurs en grève de ces deux sites se sont retrouvés pour une assemblée générale commune qui a réuni une cinquantaine de grévistes et qui a permis aux agents, syndiqués comme non syndiqués, de se retrouver et de discuter de comment se faire entendre par leur direction commune. Cet échange fait partie des cadres précieux pour les travailleurs, qui font au final le même métier, les uns pour le FRET ferroviaire, les autres pour le transport de passagers de la gare du Nord et sur la ligne B du RER, et qui vivent une organisation qui isole les aiguilleurs entre eux.

A l’AG, Anasse Kazib, gréviste au Bourget et délégué Sud rail a ainsi rappelé : « On travaille ensemble mais vu qu’on est systématiquement dans des postes séparés ça crée une division géographique entre les uns et les autres. Ces grèves c’est le signe qu’on a les mêmes problématiques, on vit la même chose, les mêmes difficultés, même si on ne fait pas circuler les mêmes types de trains ».

C’est dans ce cadre qu’ils ont unanimement décidé de mener une action commune à la Direction Générale de la SNCF Réseau à La Plaine Saint-Denis (DG Ile de France), pour imposer une rencontre avec une direction qui les avait jusque-là ignorés. Comme le dit Laura, gréviste du Bourget : « aujourd’hui on a décidé de monter d’un cran pour montrer que les grévistes sont déterminés, qu’on ne va rien lâcher ».

Face au mépris de la direction, les grévistes ont tenu bon

A peine arrivés devant les grilles de la direction de SNCF Réseau, les aiguilleurs se sont vus refuser l’accès du siège, bloqués par la sécurité du site, puis par la police nationale, appelée par la direction de la SNCF. « On a été bloqués à l’entrée du site alors qu’on est salariés de l’entreprise, c’est inadmissible et ça ne fait que renforcer notre détermination », raconte Laura.

Les grévistes ont alors entamé des discussions pour être reçus et pour poser leurs revendications face à un responsable. Mais au bout de plusieurs dizaines de minutes d’attente, c’est la police qui est arrivée devant le site. Ainsi, pour la direction de la SNCF, la réponse face à des cheminots en grève, c’est d’envoyer des policiers pour repousser les grévistes de l’entrée.

Si un groupe de grévistes a réussi à rentrer malgré les agents de sécurité et les policiers, les grilles ont été refermées, et une partie des aiguilleurs s’est retrouvée bloquée à l’extérieur. Solidaires de leurs collègues, le groupe qui avait pu entrer a refusé d’être reçu tant que tout le monde n’aurait pas pu rentrer. Ils ont aussi déployé une banderole des grévistes du Bourget, de quoi devenir assez visibles pour que la direction réagisse et commence à les contacter.

Ont alors commencé des pour-parler pour faire rentrer le reste des grévistes. C’est au bout de deux heures passées dans le froid et le vent que les grévistes ont obtenu d’entrer, et qu’une délégation d’aiguilleurs votée par les grévistes a pu rencontrer un membre de la direction générale, chose qu’ils n’avaient pour l’instant jamais pu faire malgré des mois de grève. A l’issue de cette rencontre, Alim, aiguilleur à la CCR et Laura racontent : « Ce qu’on est venu faire, c’est montrer qu’on était là, qu’on était présents, de faire une action commune. On est venus ici pacifiquement. La direction face à des grévistes qui revendiquent de meilleures conditions de travail et de salaires, la réponse c’est le mépris, c’est nous envoyer la police. »

Pour une bataille globale pour les salaires et contre la réforme des retraites

L’action commune de ce vendredi des aiguilleurs du Bourget et de la CCR montre des cheminots qui s’unissent à la base, s’auto-organisent et décident ensemble de leurs propres actions. Ainsi, face à la direction, les grévistes ont insisté pour que tout le monde puisse rentrer, et la délégation reçue par la direction a été composée de délégués élus comme de non syndiqués.

Ces deux grèves locales s’inscrivent dans un contexte où la question des salaires revêt une actualité brûlante, et alors que depuis janvier tout le pays est touché par la grève nationale contre la réforme des retraites. La colère contre l’inflation et les salaires qui ne suivent pas est une préoccupation qui traverse tous les secteurs.
Pour durcir la lutte pour les salaires et s’inscrire dans le mouvement des retraites, les aiguilleurs du Bourget avaient ainsi voté mardi la reconduction de la grève jusqu’à ce vendredi, et ont décidé de reconduire ensuite jusqu’au 15 mars.
Ces grèves pour les salaires et les conditions de travail peuvent aussi mettre sur la table ces revendications dans la bataille des retraites, car tous les travailleurs sont aujourd’hui concernés par celles-ci. « Ils sont prêts à sacrifier des millions d’euros plutôt que de nous augmenter » affirmait ainsi Anasse Kazib lors de l’AG. « Leur crainte c’est que si nous on obtient des hausses de salaires, d’autres collègues vont réclamer ».

Ce vendredi, les aiguilleurs ont fait une première démonstration, et ont rappelé qu’ils ne s’arrêteraient pas tant qu’ils ne seraient pas entendus et qu’ils étaient prêts à revenir si aucune négociation n’était ouverte. Cette journée aura aussi montré que face à la direction de la SNCF il a fallu occuper l’entrée et rester des heures pour arracher ne serait-ce qu’une réunion avec un membre de la direction générale.


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