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Culture

Liberté d'expression ?

Le nouveau livre de Guillaume Meurice censuré par Vincent Bolloré

Alors que l'humoriste et chroniqueur Guillaume Meurice devait publier son nouveau livre le 29 septembre prochain, Vincent Bolloré l'a fait censurer. Le milliardaire d’extrême-droite n'en est pas à son coup d'essai.

mercredi 14 septembre

Crédit photo : LIONEL BONAVENTURE / AFP

Le 29 septembre prochain devait sortir, aux éditions Le Robert (celles qui publient les dictionnaires), Le Fin Mot de l’histoire de France en 200 expressions. Un dictionnaire humoristique écrit par Guillaume Meurice, chroniqueur sur France Inter et humoriste, et Nathalie Gendrot, metteuse en scène et autrice. Mais, premier problème, Le Robert appartient à un géant de l’édition, le groupe Editis. Second problème, ce groupe est entre les mains du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré.

Explication officielle : « sept passages » du livres seraient « susceptibles de donner lieu à contentieux » selon les explications du directeur des éditions Le Robert, Charles Bimbenet, à Guillaume Meurice. Parmi les passages « litigieux », un premier concerne directement Vincent Bolloré, cité dans la définition de « Faire long feu : Expression remplacée aujourd’hui par : révéler sur Canal+ les malversations de Vincent Bolloré », un autre s’en rapproche : « Être talon rouge : Aujourd’hui, les Louboutin jouent le même rôle : bien montrer aux autres qu’on est capable de porter un smic à chaque pied ». Ces derniers jours, cinq autres expressions ont brusquement posé problème. Soudainement incriminées, les phrases : « De la chair à canon : Exemple : un livreur Deliveroo dans l’actuelle guerre économique. » Ou : « Faire l’école buissonnière : A ne pas confondre avec faire le ministère buissonnier qui est le fait de laisser l’école se dégrader et les profs devenir “influenceur Lexomil.” » finissent par justifier pour Michèle Benbunan, la directrice générale d’Editis, la suspension définitive de la parution.

Cette affaire est avant tout la démonstration de l’influence d’un milliardaire d’extrême droite sur le monde de l’édition et la presse en France. Lorsque Vincent Bolloré achète Havas, Canal+, C8, Cnews, Europe 1, le JDD, Paris-Match, Gala, Voici, Télé-Loisir, Géo… il sait qu’il achète un pouvoir d’influence sur l’opinion publique, sur la classe politique, sur la société toute entière. Il sait aussi que c’est un investissement rentable pour cette raison. Celui qui déclarait lui-même à L’OBS faire de ses médias, la tribune d’un « combat civilisationnel » ne s’en est jamais d’ailleurs caché. Avec lui « l’information » est au service de la cause exclusive de l’extrême-droite. Notamment pour le candidat Eric Zemmour pendant la campagne présidentielle.

Face à la « bolorisation » et à la concentration des médias dans un nombre de mains toujours plus réduit, il est plus que jamais nécessaire de soutenir les oppositions créatives, littéraires ou musicales. Ce n’est pas aux grands patrons déconnectés de la réalité des millions de travailleurs et de jeunes de dicter leur agenda politique au travers des médias ou maisons d’éditions. Voilà donc la liberté d’expression chère aux libéraux et aux capitalistes : une hypocrisie totale



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