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Tragique

Le bilan de l’Europe forteresse s’alourdit : 43 morts dans le naufrage d’une embarcation en Méditerranée

L’ONU a rapporté un énième naufrage d’une embarcation de migrant.e.s au large des côtes libyennes, faisant 43 morts. Une conséquence tragique des politiques européennes et françaises répressives envers les migrant.e.s.

jeudi 21 janvier

Crédits photos : AFP

Le 20 janvier, l’ONU a rapporté un énième naufrage d’une embarcation de migrant.e.s au large des côtes libyennes. L’organisme décompte 43 morts et 10 personnes secourues. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ces dix personnes ont été ramenées sur terre par les gardes-côtes à Zouwahra. Ces migrant.e.s étaient principalement issu.e.s d’Afrique de l’Ouest.

Ce drame s’ajoute à une longue liste de naufrages similaires. Le 17 août 2020, 45 migrant.e.s ont également trouvé la mort aux larges des côtes lybiennes. En novembre 2020, une pirogue qui transportait 200 personnes a fait naufrage près des côtes sénégalaises. On a enregistré 140 disparu.e.s. Ce naufrage a été enregistré comme le plus mortel de l’année 2020. Au total, plus de 1 200 migrant.e.s ont péri en 2020 en Méditerranée, dont la grande majorité sur cette route centrale.

Ces tragédies sont la conséquence de conditions de voyage inhumaines dues à une politique européenne de dégradation des moyens de sauvetage et d’aides. La responsable opérationnelle de MSF Anne-Marie Loof, dénonçait en 2019 : « La réponse des gouvernements européens à la crise humanitaire en Méditerranée et en Libye n’a fait que se dégrader. […] Il y a un an, nous avons imploré les gouvernements européens de faire passer la vie des personnes avant la politique. Pourtant, un an plus tard, la réponse européenne a atteint un niveau des plus déplorables ». Actuellement, il n’y a plus que le bateau humanitaire Ocean Viking en mer. Cette absence est le résultat de manœuvres étatiques répressives.

En septembre 2020, les autorités italiennes ont bloqué le départ du Sea-Watch 4 qui devait aller secourir des migrant.e.s en Méditerranée. Les arguments de cette interdiction qui concernait le système de mesures sanitaire et la capacité d’accueil du navire, ont été qualifiés de fallacieux par les ONG. Philipp Hahn, le chef de mission sur le Sea-Watch 4 le dénonçait : « Cette justification faiblarde montre encore une fois que l’inspection était non pas destinée à s’assurer de la sécurité du navire, mais une manœuvre systématique pour empêcher les opérations de secours dans la Méditerranée centrale. […] Bien que les autorités nous aient demandé d’aider aux opérations de secours, elles bloquent maintenant encore un autre navire ». Ce cas là n’est qu’un exemple parmi d’autre au sein d’un continuum de décisions qui visent à mettre des obstacles aux ONG. Cette situation dramatique s’est aggravée depuis le début de la pandémie. Les frontières italiennes et maltaises sont fermées pour des raisons sanitaires – politique qui ne peut cependant pas être déliée des fins xénophobes.

Les conditions d’arrivée dans un pays d’accueil sont générées et multipliées par des États européens qui, malgré leur image démocratique, endiguent au maximum les flux d’arrivée de migrant.e.s sur leur territoire. Quand cela arrive malgré tout, le quotidien des réfugié.e.s continue d’être un périple. En novembre 2020, plus de 2500 personnes ont été expulsées du camp de migrant.e.s de Porte de Paris à Saint-Denis. Suite à cela, plus de 500 d’entre elles et eux ont décidé d’occuper la place de la République à Paris pour dénoncer la répression.

Une réalité qui se traduit par des traques policières permanentes et des conditions de logement plus que précaires. La réponse du gouvernement a été la matraque, la lacrymo ainsi que la lacération des tentes des victimes. Cette expulsion a eu un fort écho médiatique en raison de sa violence. Mais la démesure de celle-ci n’est que l’expression du racisme latent en France. Celui-ci se met en partie en place par une concentration de lois répressives comme la Loi asile-immigration votée en 2018. Cette loi affiche un équilibre de façade propre à la macronie mais continue d’augmenter la répression. En effet, elle « propose notamment d’étendre de 45 à 90 jours la durée maximale de rétention administrative, soit l’incarcération des réfugiés en situation irrégulière, pour faciliter les expulsions des réfugiés par les autorités. Mais aussi la réduction des délais de dépôt de demande d’asile – de 120 à 90 jours – et de recours en cas de rejet – de 1 mois à 15 jours. »

Certain.e.s militant.e.s ont tenté de s’opposer à cette politique de répression des migrants, à l’instar de Cédric Herrou. Il a finalement été condamné en 2017 à 4 mois de prison avec sursis pour avoir « facilité la circulation et le séjour » de migrant.e.s et les avoir aidé à passer la frontière franco-italienne.

Les législations racistes et la répression décomplexée ne s’articulent et ne se polarisent pas qu’en France. L’Hexagone est partie-prenante d’une UE qui use des mêmes dynamiques. En septembre, l’UE a remplacé les accords de Dublin par un nouveau pacte qui permet d’augmenter le taux d’expulsions et d’accélérer les procédures d’examen des dossiers de demande d’asile.

Le drame survenu cette semaine n’a presque pas été mentionné par la presse, taisant les victimes d’un gouvernement qui laisse mourir les plus précaires. Les migrant.e.s font pourtant partie des plus touché.e.s par la crise sanitaire.

La marche des sans-papiers a été l’esquisse d’une mobilisation pour que des vécus invisibilisés prennent l’espace public. Nous revendiquons le respect de la dignité humaine de chacun.e par l’ouverture des frontières, la mise en place d’aides pour les personnes qui prennent la mer ainsi que de soins et de logements dans les pays d’accueil.




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