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Bataille des retraites

Le Havre. Les salariés de la zone industrielle s’unissent pour préparer la reconductible à partir du 7 mars

Depuis plusieurs jours, des assemblées générales de sous-traitants ont lieu sur la zone industrielle havraise dans l’optique de préparer la grève du 7 mars. De la plateforme Total Normandie à l’usine Chevron, chaque jour entre cinquante et quatre-vingt travailleurs se réunissent pour discuter de la réforme des retraites, mais aussi des salaires et des conditions de travail.

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Crédits photo : Révolution Permanente

Une cinquantaine de personnes étaient réunies ce mercredi matin à l’entrée de la porte ouest de la plateforme Total Normandie. Salariés de différentes entreprises comme la SPIE, Foure Lagadec, Le Floch, Endel, ADF… ils partagent les mêmes constats et la même colère.

La mobilisation contre la reforme des retraites comme bataille pour l’unité des travailleurs

« Sur les deux plateformes on doit représenter au bas mots 5 000 personnes dans toutes les entreprises » nous explique Fredéric Bichot, secrétaire général CGT SPIE Haute-Normandie, qui cherche à construire la mobilisation contre la reforme des retraites chez les sous-traitants. «  On travaille dans la maintenance, la métallurgie, le BTP, les TP ou le nettoyage et malgré le fait qu’on soit sur le même site on a tous des conventions collectives différentes. Moi je travaille pour la SPIE chez Lubrizol et notre convention collective ne prend pas en compte le risque dû aux produits chimiques par exemple. On travaille dans le même environnement industriel que ceux qui sont embauchés au statut mais on ne bénéficie de rien dans la sous-traitance ! Les sous-traitants on a bien compris que pour nous il n’y a pas de pénibilité, il y a que dalle ! Et nous dans nos boites que ce soit SPIE, Foure Lagadec, Endel, Actenium, Vinci il n’y a pas de retraites anticipées. Quand tu arrives à 57 ou 58 ans et que tu commences à être cassé et en incapacité, il n’y a pas de retraite, tu es licencié et c’est terminé. Je suis représentant syndical au CSE et je le vois tous les jours ».

A l’assemblée générale de ce mercredi, les raffineurs sont également présents aux portes d’entrées et s’organisent avec les plus précaires de le plateforme pétrolière. Ces derniers se sont retrouvés côte à côte sur les récents piquets de grèves ou en manifestation et ils ont décidé de construire la suite de la mobilisation dans l’unité. C’est ce qu’explique Alexis Antonioli de la CGT Total lors de sa prise de parole :« Il faut qu’on lutte collectivement ensemble ! Aujourd’hui je vois qu’il y a des bleus Foure Lagadec, qu’il y a des bleus Ponticelli, qu’il y a des bleus Le Floch et nous ce qu’on porte c’est que vous qui travaillez à 100 % du temps sur notre outil de travail et ce n’est pas un bleu comme ça que vous devriez avoir ! C’est un bleu Total ! Et aujourd’hui le patronat a organisé la division du travail pour que vous les plus précaires vous soyez les plus exposés à nos produits chimiques. Et ça Total s’en lave les mains ! C’est pas son problème vous êtes pas ses employés. Il faut aussi remettre en cause cette division du travail où vous êtes ici autant que nous et vous devriez avoir un bleu Total. Et si on revient 40 ans en arrière vous auriez tous eu des bleus Total ». Une recherche de l’unité dans les rangs des travailleurs de la zone industrielle qui témoigne d’une colère générale que la lutte contre la réforme des retraites vient cristalliser.

Contre la reforme des retraites et pour l’augmentation des salaires

Si ces assemblées générales ont émergé dans le cadre de la mobilisation contre la réforme des retaites, Frédéric Bichot insiste sur l’origine profonde du mécontentement : « Ce qui marque beaucoup ces travailleurs c’est évidemment la réforme des retraites mais c’est aussi tout ce qu’il y a à côté : le prix de l’électricité, le prix de l’alimentation, ça devient une catastrophe et tout le monde se rend bien compte qu’il y a un problème ! » Une question qui revient beaucoup dans les discussions avec des salariés qui pointent l’augmentation des denrées alimentaires de 15 %, le prix de l’essence et les crédits qui asphyxient. « Moi je suis énervé contre ce système de merde déjà depuis longtemps alors les revendications elles sont claires, c’est que je disais aux gars : oui il y a la réforme des retraites et celle-là c’est clair qu’il ne faut pas quelle passe. Mais le problème des prix de l’alimentation et de l’énergie, le fait qu’on subisse cette politique gouvernementale de merde c’est ça qui préoccupe ! Tout le monde fait ses courses, tout le monde le voit ! Ça devient incroyable ! Et nous qui n’avons pas des salaires mirobolants, on se le prend en pleine tête  » résume le syndicaliste de la SPIE.

La question des salaires est aussi une revendication que veulent porter les raffineurs dans la mobilisation : «  Nos revendications doivent se mêler, on doit profiter de cette mobilisation massive pour relever la tête et élargir les mots d’ordre, pour aller lutter le plus largement possible ! Ce qu’on pense c’est qu’il faut aller construire les revendications à la base, porter les mots d’ordre comme sur les salaires, on peut pas faire l’impasse la dessus ! Surtout quand on voit que vous avez rien eu comme augmentation alors que l’ensemble de vos tauliers font du fric et qu’il y a du fric à prendre et ils le redistribuent pas ! On pense que ce mot d’ordre d’indexation des salaires sur l’inflation doit faire partie des revendications ».

Préparer la reconductible et généraliser la grève pour gagner contre Macron

A partir des assemblées générales, les travailleurs de la plateforme ont également cherché à convaincre d’autres secteurs de participer à la mobilisation contre la réforme des retraites. Ainsi, la semaine a été ponctuée de diffusions de tracts devant des entreprises ou des établissements scolaires. Sur les ronds points, on pouvait également retrouver chaque matin, des portuaires, dockers et enseignants distribuant l’appel à la manifestation de mardi prochain.

Une préparation de la mobilisation qui se construit « à la base » comme le décris Alexis. Pour ce dernier, « tout le monde doit construire le mouvement ! On pense que le mouvement doit s’organiser par le bas, par l’action de grève des salariés et ça passe justement par ces moments où on a des AG de grève ensemble et où on décide ensemble de ce que l’on fait ». A la veille d’un départ en reconductible d’un certains nombre de secteurs, le fait que la « grève appartienne aux grévistes » devient un enjeu central. « Aujourd’hui avec un réseau de grévistes que l’on cherche à constituer, on se met en relation avec les énergéticiens, avec les cheminots, avec les dockers, tout un tas de corps de métier qui sont prêt à rentrer dans la lutte ensemble en même temps pour généraliser la grève mais aussi pour préparer la reconductible  »

Les modalités de luttes sont aussi en discussion entre les salariés de la plateforme pétrolière. La question de l’arrêt des installations se pose tout autant que le blocage de la zone industrielle. Des modalités d’actions qui devraient se concrétiser en assemblée générale la semaine prochaine avec des salariés qui ont conscience de leur force : « A la sous-traitance on a aussi la main sur l’outil de travail, c’est nous qui gérons les boutiques, si ça fonctionne pour une grosse partie c’est grâce à nous ! Toute la sous-traitance devrait se soulever contre la reforme des retraites et contre tout le reste. Il faut durcir le mouvement  » rappelle Frédéric.

La mobilisation se construit donc dans l’unité entre les salariés des différentes entreprises de la zone industrielle Havraise qui prépare le durcissement du mouvement. Dans ces coordonnées, les travailleurs sous-traitants qui sont plus précaires soulignent l’importance du développement d’une caisse de grève pour « tenir dans la durée ». Frédéric affirme dans ce sens avoir « mis en place une cagnotte pour les sous-traitants vu les bas salaires et c’est vraiment une priorité de la remplir pour eux ! ». Une caisse de grève que vous pouvez retrouver ici.

Plus largement, les salariés de la zone industrielle Havraise montrent la voie à suivre pour construire au mieux la grève. L’organisation des grèvistes en assemblée générale, dans l’unité entre les différentes entreprises et avec la volonté d’élargir les revendications aux salaires, sont tout autant d’éléments qui permettent d’envisager une grève reconductible qui se généralise à l’ensemble du monde du travail. C’est par cette perspective qu’il devient envisageable de faire reculer Macron sur son projet de réforme, mais aussi d’arracher des revendications telles que l’augmentation générale de 400 euros des salaires et leur indexation sur l’inflation.


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