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Politique

Le Conseil d’Etat empêche les journalistes de couvrir les expulsions des camps de migrants

Ce mercredi le juge des référés a acté, suite à la décision du Conseil d’Etat, l'écartement de la presse à l’extérieur des périmètres d’interventions de la police pour l’expulsion des camps de migrants, une nouvelle attaque à la liberté de la presse de l'État Français.

vendredi 5 février

Crédit photo : Bernard Barron / AFP

C’est sur une requête de deux journalistes auprès d’un juge des référés au tribunal administratif de Lille que le Conseil d’Etat devait trancher sur l’autorisation d’accès des journalistes aux périmètres de sécurité des forces de l’ordre en interventions dans les camps de migrants. Après avoir à plusieurs reprises été tenus à l’écart les deux photoreporter avaient engagé une procédure judiciaire, jugé dénué d’urgence par le tribunal administratif le recours a été rejeté le 5 janvier, ils avaient finalement saisi le conseil d’Etat en tant qu’instance administrative la plus haute.

Si il y a avait peu à attendre de la part de cette institution d’Etat la décision prise le confirme : les périmètres de sécurité lors des expulsions des camps de migrants sont interdits d’accès aux journalistes. Les deux requérants, Louis Witter et son confrère Simon Hamy, dénonçaient leur écartement à 4 reprises de ses périmètres lors d’expulsions à Calais et Dunkerque les 29 et 30 décembre dans un froid glacial. Cependant donnant raison à ces attaques aux libertés de la presse, le Conseil d’Etat continue de nier « que ces mesures » de police « aient jusqu’à présent excédé ce qui était nécessaire pour assurer la sécurité des opérations et aient porté une atteinte grave et manifestement illégale à l’exercice par les journalistes de leur profession »

D’après le ministère de l’intérieur « ces mesures d’éloignement visent à faciliter l’exécution matérielle de leur mission par les forces de l’ordre, à assurer le respect de la dignité due aux personnes évacuées et à prévenir les atteintes aux tiers que de telles opérations pourraient engendrer ». En réalité c’est justement parce que les journalistes et photographes qui se rendent sur place dénoncent les violences de ces expulsions par l’Etat français que celui-ci cherche à éviter des images qui feraient scandale.

Une décision prise dans le sillage des mesures à l’encontre de la liberté de la presse comme la loi sécurité globale qui vise à interdire de filmer les violences policières en manifestation et qui avait déclenché une large contestation en novembre dernier. En effet Louis Witter lui-même dénonçait sur twitter les actions de la police française contre les migrants déjà abandonnées à des conditions de survies scandaleuses. Il publiait alors des photos devenues virales montrant à Grande-Synthe (Nord) une personne en combinaison de protection lacérant une tente. Pour Vincent Brengarth, avocat du Syndicat national des journalistes (SNJ) « La protection de l’ordre public l’a emporté sur la liberté d’informer ». « C’est d’autant plus choquant qu’on sait qu’il y a des violations répétées des droits humains » dans ces campements « et que le droit à l’information devrait donc y être renforcé », ajoute-t-il au sujet de véritables chasses à l’homme racistes et xénophobe. 

Un millier de migrants actuellement entre Calais et Grande-Synthe, et des milliers d’entre eux partout en France, sont abandonnés à la rue et exposés à des expulsions quasi quotidiennes de leurs campements de fortune. Bien que d’après les autorités ces opérations cherchent à offrir une mise à l’abri des migrants et une aide administrative ces expulsions ordonnés par l’appareil judiciaire français repoussent des familles entières par la matraque sans aucune alternative si ce n’est la misère et la mort, mais ailleurs, plus loin. Pourtant pas moins de 3 millions de logements vides en France pourraient être réquisitionnés pour offrir un toit à tous ; une solution qui, pour le gouvernement et ses institutions trop attachés à la propriété privée d’une minorité, n’en est pas. 

Avec cette annonce, il s’agit donc pour l’Etat d’une part de réduire encore plus les libertés de la presse. Celle-ci est systématiquement empêchée de révéler le traitement qu’est promis à ces familles entières, de même qu’elle est tenue à l’écart par les matraques de couvrir les différentes contestations contre Macron et son monde à l’instar des récentes mobilisations lycéennes ou la nasse de 70 journalistes lors d’une manifestation en novembre contre la loi sécurité globale et son lot de violences policières. 

Et surtout de poursuivre sa chasse aux migrants et sans papiers. Nous dénonçons donc ces expulsions et ces interventions policières, ainsi que la répression des journalistes sur le terrain. Mais au-delà nous devons exiger la régularisation de tous les sans-papiers ainsi que la réquisition des logements vides afin de leur promettre des conditions de vies dignes.




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